D’un tweet, Donald Trump plante le G7

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Donald Trump a sabordé le sommet du G7 au Canada en un tweet rageur comme il en a l’habitude. Après avoir donné son aval au communiqué final, le président américain a brusquement fait volte-face.

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Donald Trump continue d’imposer son tempo, son imprévisibilité et ses insultes à la face du monde. Alors que les dirigeants des pays du G7 (États-Unis, France, Royaume-Uni, Allemagne, Italie, Canada, Japon), réunis les vendredi 8 et samedi 9 juin dans la petite ville de La Malbaie, au Québec, avaient réussi à se mettre d’accord sur une déclaration finale commune malgré les fractures et les tensions, le président américain a tout planté en moins de deux tweets rageurs. Comme à son habitude, Donald Trump a choisi le réseau social Twitter avec lequel il entretient un rapport compulsif et irrationnel pour prendre de court tout le monde et communiquer sa rage quelques heures après la publication du communiqué.

Dans un premier tweet, il a expliqué qu’il retirait sa signature du compromis entre les sept pays « en raison des fausses déclarations de Justin [Trudeau, premier ministre canadien – ndlr] à sa conférence de presse, et du fait que le Canada impose des taxes massives à nos fermiers, nos ouvriers et nos entreprises américaines, j’ai demandé à nos représentants américains de retirer le soutien au communiqué, tandis que nous envisageons des tarifs douaniers sur les automobiles qui inondent le marché américain ! ». Dans un second tweet, il a qualifié l’hôte de l’événement Justin Trudeau de « très malhonnête et faible ». Tout cela à bord de son Air Force One, chemin faisant vers Singapour pour sa rencontre historique promise à des rebondissements avec le leader nord-coréen Kim Jung-un, mardi 12 juin.

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Trump, qui a abordé ce G7 très isolé sur fond de guerre commerciale et en engageant un bras de fer sur plusieurs sujets brûlants (commerce, accord sur le nucléaire iranien, environnement), n’a pas apprécié que Trudeau critique les mesures douanières prises une semaine plus tôt par les États-Unis sur les importations d’acier et d’aluminium et qu’il annonce à son tour, comme l’Union européenne, des « représailles » à compter du 1er juillet. Par sa volte-face tonitruante, il ridiculise le front uni européen, le Canada et le Japon et transforme deux jours de débats et tractations en un fiasco multilatéral total alors même qu’il s’était félicité de « débats extrêmement productifs » et que Justin Trudeau, lors de la clôture, avait parlé d’un « succès ».

Samedi soir, le président français Emmanuel Macron applaudissait encore l'accord trouvé, estimant que le G7 avait été « plus favorable qu'on ne pouvait s'y attendre ». « La déclaration n'est pas un point d'aboutissement mais évite des divergences supplémentaires », prévenait-il, croyant aller « vers l’apaisement ». Dimanche matin, après le revirement de Trump, l’Élysée appelait à être « sérieux et dignes de nos peuples » : « La coopération internationale ne peut dépendre des colères ou de petits mots (...). Nous avons passé deux jours à avoir un texte et des engagements. Nous y tenons. Et quiconque les quitterait le dos retourné montre son incohérence et son inconsistance. »

Le nouveau coup de théâtre diplomatique de Donald Trump a suscité aux États-Unis mêmes une avalanche de réactions, à l’instar du sénateur républicain John McCain, assurant les pays alliés « qu'une majorité d'Américains restent favorables au libre-échange et aux alliances fondées sur 70 ans de valeurs partagées, même si ce n'est pas le cas de notre président ».

Mais peut-on parler de surprise au vu de la personnalité et des diverses décisions du président américain ces derniers mois, qui ne cesse d’en faire qu’à sa tête et de se désolidariser des alliés traditionnels des États-Unis, du désengagement de l’accord de partenariat transpacifique (TPP) à la sortie de l’accord nucléaire iranien ? N'est-ce pas là plutôt un coup d'éclat savamment orchestré pour apparaître seul et fort contre tous avant son sommet coréen ?

Fatigué d’être la « “piggy bank” [la tirelire] que tout le monde pille », le milliardaire de 71 ans a passé le sommet à se plaindre : « On profite des États-Unis depuis des dizaines et des dizaines d’années, cela ne peut pas continuer ainsi. » À traîner les pieds : il a brillé par son retard comme lors d’une session de travail consacrée à l’égalité entre les sexes, et par son absence lors d’une autre consacrée au climat. Fidèle à lui-même, il a soufflé le chaud et le froid, menaçant très sérieusement ses partenaires de tarifs douaniers sur les voitures européennes et étrangères importées aux États-Unis ou les prenant de court comme avec cette proposition radicale : faire du G7 une zone de libre-échange total, sans tarifs douaniers, sans barrières d'aucune sorte, et sans subventions à l'exportation.

Accouché dans la douleur, le texte final – huit pages et 28 points – avait beaucoup de valeur pour les diplomates, même s’il n’était pas contraignant. Une partie était consacrée au commerce. Malgré les différends sur les taxes douanières entre les États-Unis et leurs alliés, il dénonçait le « protectionnisme », soulignant « le rôle crucial d'un système commercial international fondé sur des règles » et s’engageant « à moderniser l'OMC [Organisation mondiale du commerce – ndlr] afin de la rendre plus juste dès que possible » et à « réduire les barrières tarifaires, les barrières non-tarifaires et les subventions ».

En revanche, aucun consensus n'avait été trouvé sur le climat, ce qui était prévisible, Trump, grand climatosceptique, pour qui la protection de l’environnement est l’ennemie de l’Amérique, ayant fait sortir les États-Unis de l'accord de Paris censé contenir le réchauffement planétaire.

Les États-Unis, rejoints par le Japon, ont refusé de signer « une charte du plastique », soit un engagement sur la lutte contre la prolifération des plastiques dans les océans, l’un des plus grands fléaux de notre ère, afin d'aller vers des plastiques à 100 % recyclables à horizon 2030.

Autre sujet de discorde : le G7 – qui s’est engagé à empêcher l'Iran de se doter de l'arme nucléaire – a rejeté la proposition de Donald Trump de réintégrer dans le club la Russie, exclue en 2014 en raison de l'annexion de la Crimée, appelant Moscou à cesser de « saper les systèmes démocratiques ».

Le prochain sommet du G7 aura lieu à Biarritz, dans le sud-ouest de la France, « à la fin de l'été 2019 ». Ce sera au tour de la France de présider le G7, à partir du 1er janvier, avec la tâche d'organiser des réunions mensuelles des diplomates des pays membres puis le sommet des chefs d'État et de gouvernement lui-même.

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