A la frontière entre la Bulgarie et la Serbie, la rumeur accompagne les réfugiés

Par Philippe Bertinchamps Et Dalibor Danilovic (photos)

Depuis que la Hongrie a annoncé son projet de clôture à la frontière avec la Serbie, les tabloïds belgradois et des élus locaux jouent sur la peur. Il y aurait parmi les migrants des « terroristes » de l’État islamique, ou des porteurs du virus de la fièvre Ebola… Reportage à Zajecar, en Serbie orientale, où « 40 000 migrants » étaient attendus. Dans le cadre du projet Ouvrez l'Europe #OpenEurope, Mediapart poursuit sa tournée des frontières des Balkans.

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Zajecar (Serbie), envoyés spéciaux. - Le 13 juillet, l’agence de presse serbe Tanjug publiait une dépêche alarmiste : la ville de Zajecar (63 000 habitants), en Serbie orientale, à un quart d’heure en voiture de la frontière bulgare, s’apprête à proclamer l’état d’exception en prévision d’une catastrophe humanitaire – l’afflux soudain et extraordinaire de 40 000 migrants de Syrie, d’Afghanistan, d’Irak et du Pakistan. « Une situation hors de contrôle », a déclaré le président du conseil municipal, Sasa Mirkovic, manager dans le show-business et propriétaire de la chaîne de télévision locale TV Best. Le lendemain, une rencontre sportive pour une centaine d’enfants a été annulée à la dernière minute à cause de la « crainte fondée » d’une infiltration terroriste de l’État islamique (EI). Sasa Vojinovic, le directeur de l’école primaire Djura Jaksic, n’en revient toujours pas : « Tout était prêt pour les enfants. »