Notre dossier: Mali, guerre et crises

Mali : un dispositif militaire français très important

Le ministère de la défense annonce que 2 500 soldats français seront déployés au Mali. Sans compter l'aviation et des dizaines de blindés. On est loin des 200 soldats-instructeurs annoncés il y a encore quelques semaines.

Thomas Cantaloube

15 janvier 2013 à 18h33

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Il y a moins d’un mois, un très haut diplomate français expliquait le plan qui avait été développé en haut lieu, et en coopération avec l’Union européenne, pour régler la crise malienne : « Nous sommes en mesure d’envoyer 150 à 200 soldats instructeurs pour les troupes maliennes. La France sera la nation cadre et nous faisons le tour des pays européens pour obtenir des contributions. Cette force européenne (de formation) viendra compléter la force africaine qui sera une force d’interposition, et ce sont les Maliens eux-mêmes qui reconquerront leur pays quand ils seront prêts. » À la même époque, plusieurs de ses collègues employaient tous un néologisme, qui fleurait bon l'élément de langage, pour évoquer le rôle de la France : « La France aura un rôle de facilitateur » pour sortir de l’impasse au Mali.

Comment réconcilier ces déclarations, qui ne sont pas si anciennes, avec la soudaineté et l’ampleur de l’intervention française au Mali depuis plusieurs jours ? C’est une des interrogations auxquelles ni l’Élysée ni Matignon n’ont encore apporté de réponse satisfaisante et qui devrait, si les élus font correctement leur travail, figurer parmi les questions lors du débat devant l’Assemblée nationale et le Sénat mercredi 16 janvier. Car, aujourd’hui, l’importance des moyens militaires français déployés, et de ceux qui sont prévus, dépasse clairement les ambitions auparavant affichées.

Arrivée mardi 15 janvier à Bamako des soldats français basés en Côte d'Ivoire © EMA

Selon un communiqué du ministère de la défense mardi 15 janvier, « ce sont désormais près de 800 militaires français qui sont déployés sur le sol malien et près de 1 700 au total qui participent à l’opération Serval au Mali à partir des bases françaises prépositionnées en Afrique ». Parmi ces 800 soldats, un quart sont arrivés de Côte d’Ivoire où ils étaient basés, avec une soixantaine de blindés. D’autres blindés sont arrivés de France, acheminés par des avions gros porteurs, dont deux C17 de la Royal Air Force britannique. D’abord destinés à Bamako, ces véhicules pourraient être ensuite déployés plus au Nord. Le gouvernement français a annoncé que 2 500 soldats seraient déployés au final (soit le même nombre que lors de la première phase de l’opération Licorne en Cote d’Ivoire en 2002, chiffre qui était ensuite passé à 4 000).

Selon Le Parisien, il y aurait désormais huit avions de combat, des Mirage F1CR et 2000D habituellement basés à N’Djamena au Tchad, qui auraient rallié Bamako. Quatre Rafale effectuent également des rotations depuis la France et depuis N’Djamena pour bombarder des cibles au Mali. Il faut ajouter à ces moyens aériens des hélicoptères de combat (Tigre et Gazelle) et de transport de soldats (Caracal). Une partie d’entre eux accompagnent la centaine de soldats des forces spéciales qui ont pris possession de l’aéroport de Sévaré, au centre du Mali, non loin de la ligne de partition. Ces Forces spéciales proviennent des détachements que la France a mis en place depuis plusieurs années (et en secret) dans les pays voisins pour la lutte contre le terrorisme dans le Sahel (Burkina Faso, Niger et Mauritanie).

La France sera-t-elle seule longtemps ?

Du côté des troupes africaines prévues par la résolution de l’ONU, le Nigeria a annoncé que 900 soldats (au lieu des 600 prévus) seraient envoyés au Mali dans les 24 heures. Mais pas de nouvelles pour les troupes attendues des autres pays : Niger (500), Burkina Faso (500), Togo (500), Sénégal (500), Guinée (300) et Bénin (300). François Hollande a déclaré que « cela prendra une bonne semaine ». Mais ce calendrier précipité semble assez optimiste car, initialement, le déploiement de ces quelque 3 000 soldats africains devait s’échelonner d’ici à septembre en raison des difficultés logistiques et financières.

Des Mirage 2000 basés à N'Djamena partent effectuer un bombardement au-dessus du Mali le 12 janvier 2013. © EMA

Du côté des pays européens ou alliés de la France, les contributions sont infimes : la Grande-Bretagne a fourni deux avions de transport, les Danois et les Canadiens un chacun. Quant aux États-Unis, ils ont promis un appui en termes de logistique et de renseignement, tout en assurant, selon le secrétaire à la défense Leon Panetta : « Nous n'envisageons pas de mettre un pied américain sur le terrain. » Les États-Unis ont pourtant déployé dans la région depuis plusieurs années des centaines de soldats, essentiellement des forces spéciales, pour surveiller et contrecarrer les djihadistes sahéliens. Mais l’administration américaine reste pour l’instant sceptique par rapport à l’intervention française. Selon le très haut diplomate français cité plus haut, « les Américains sont inquiets depuis le départ, notamment sur le coût financier de la mission. Ils étaient favorables à l’utilisation ponctuelle de drones et de forces spéciales, mais sans vouloir s’en charger pour autant ». Sur le versant financier, François Hollande a évoqué une conférence des donateurs qui pourrait se tenir fin janvier à Addis Abeba.

La France est donc pour l’instant seule dans cette opération et elle risque de le rester encore longtemps. Concernant son (ou plutôt ses) adversaire(s), les opinions divergent. Voilà quelques semaines, un spécialiste français des renseignements expliquait : « Nous avons affaire à plusieurs centaines d’éléments armés, mais les déloger ne sera pas la campagne de Russie ! » Une position qui n’était pas partagée par le premier ministre d’un pays voisin du Mali, interrogé à Paris : « Les groupes qui occupent le Nord-Mali ont des forces, de l’armement, des soldats, des camps d’entraînement et du recrutement sur place. Ce ne sera pas de l’amusement ! » Il semblerait toutefois que les premiers contacts entre forces françaises et groupes armés aient révélé que ces derniers étaient mieux armés que prévu, comme l’a concédé le ministre de la défense Jean-Yves Le Drian.

Thomas Cantaloube


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