Nucléaire: deux EPR contestés en Grande-Bretagne

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Le gouvernement britannique et EDF ont signé un accord provisoire pour la livraison de deux réacteurs EPR à la centrale de Hinkley Point. Son coût faramineux de 19,9 milliards d’euros déchaîne un torrent de réactions outre-Manche, en pleine polémique sur la hausse des prix de l’énergie.

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C’est la nouvelle que l’industrie nucléaire attendait : le gouvernement britannique et EDF ont signé un accord pour la livraison de deux réacteurs nucléaires EPR à la centrale de Hinkley Point C, à l’ouest de l’Angleterre, dans le Somerset. Montant total du contrat : 18,9 milliards d’euros (16 milliards de livres), soit près de 9,5 milliards par réacteur, au-dessus de l’estimation actuelle du coût de l’EPR en construction à Flamanville (8,5 milliards d’euros).

EDF Energy Hinkley Point C CGI Fly-through © EDF Energy

 

C’est la première fois depuis la catastrophe de Fukushima, au printemps 2011, qu’un État européen commande une nouvelle installation nucléaire. Au Royaume-Uni, le dernier raccordement d’un réacteur atomique au réseau remonte à 1995 (la centrale de Sizewell B). Les EPR de Hinkley Point doivent démarrer en 2023. Ils produiront l’équivalent de 7 % de la consommation électrique nationale. « C’est un très grand jour pour notre pays, a déclaré le premier ministre David Cameron, c’est la première fois depuis très longtemps que nous construisons une nouvelle centrale nucléaire. » Cet accord va créer « des milliers d’emplois, et nous fournir à l’avenir et pour longtemps une électricité sûre et stable », a-t-il ajouté (retrouver ici le communiqué complet du gouvernement britannique).

EDF Energy, la filiale britannique d’EDF, est loin d’être une inconnue outre-Manche : elle y produit un cinquième de l’électricité et exploite ses huit centrales nucléaires. Son chiffre d’affaires atteignait 9,7 milliards d’euros en 2012 (voir ici ses résultats).

L’électricien a créé une filiale dédiée au développement des EPR de Hinkley Point, NNB Generation company (NNBG). Mais c’est seulement grâce à l’apport décisif en capital de deux sociétés chinoises, China General Nuclear Power Group et China National Nuclear Corporation, qui posséderont entre 30 % et 40 % du capital de l’installation, que le plan de financement a pu se boucler.


Pour l’instant, Londres n’a signé qu’un accord provisoire pour les deux EPR de Hinkley Point, comme l’indique le communiqué officiel du gouvernement, qui annonce un accord « initial », « non contraignant juridiquement », et destiné à « établir les paramètres d’une négociation à suivre concernant la proposition de contrat d’investissement ».

Au final, « un contrat d’investissement ne sera offert à NNBG que si le gouvernement considère qu’il est financièrement équilibré et cohérent avec notre objectif de ne soutenir de nouveaux moyens de production nucléaire que si les mêmes moyens sont accordés à d’autres sources d’énergie ». Avant qu’elle n’accède au pouvoir, l’une des promesses de campagne de la coalition conservateurs-libdem était de ne pas subventionner l’énergie atomique. Dans le cadre du projet de loi sur l’énergie, elle s’est transformée en engagement à servir autant les renouvelables que l’atome. Jusqu’à leur congrès de septembre dernier, les libéraux démocrates étaient officiellement opposés à l’énergie nucléaire. 

Par ailleurs, l’accord entre Londres et EDF doit encore franchir les fourches Caudines de la Commission européenne, qui doit juger s’il s’agit ou non d’une aide d’État. Le gouvernement britannique devrait déposer sa demande auprès de Bruxelles dès cette semaine (voir ici)Mais selon le quotidien The Independent, l’étude du dossier pourrait prendre de neuf à douze mois (à lire en cliquant ici). La délégation britannique à Bruxelles semble craindre en particulier des blocages de la part des Autrichiens et des Allemands. Une fois cette étape passée, il faudra encore soumettre l’accord définitif au vote du Parlement.

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