Europe: pour une sortie de crise « modeste »?

Par

Oubliez le grand big bang fédéraliste, faites une croix sur le repli souverainiste : plusieurs contributions au débat sur l'Europe, ancrées à gauche, plaident pour des solutions « modestes », sans changement de traités ni fracas. Suffisant ?

La lecture des articles est réservée aux abonnés.

En réponse à la crise, faut-il plaider pour davantage d'Europe (le « bond en avant » cher aux fédéralistes) ou en revenir, pour un temps au moins, à l'échelon de l'État-nation (un « détour national », faute de mieux) ? Dans l'avalanche d'essais sur les malheurs de l'Union attendus d'ici aux élections européennes de mai, plusieurs contributions tentent de sortir de cette alternative, qui ne cesse de diviser la gauche. Leur point commun : plaider pour des solutions européennes « modestes », au nom d'un certain réalisme, sans s'interdire la rupture, à terme, avec les politiques néolibérales en cours. À les croire, il serait possible de faire pencher à gauche la machine bruxelloise – sans passer par la case du big bang institutionnel.

« "L'Europe" n'est plus un projet, un avenir, un horizon, souhaitable ou redoutable : c'est une réalité, un déjà-là, étonnamment endurant quand on a en tête l'Histoire du continent européen », lit-on dans un long texte collectif publié dans le dernier numéro de la revue Vacarme. Et les dix auteurs de proposer de « politiser les politiques européennes », « traiter l'UE comme un des plans de l'action et du jugement politiques, ni plus ni moins », produire des clivages, identifier des alliés et des ennemis, y investir des ressources et de l'énergie. « Y faire en somme, ici aussi, pas forcément plus mais pas moins qu'ailleurs, de la politique, tout simplement » (lire l'intégralité du texte ici).  

La revue affirme haut et fort sa détestation des politiques d'austérité et d'immigration menées par l'UE, ou encore des négociations pour un traité de libre-échange avec les États-Unis. Mais « ce n'est pas parce qu'elles démontrent la défaillance du projet européen, mais en elles-mêmes, que les politiques européennes pourries sont des politiques pourries, et qu'il faut les vomir ». En clair, il est possible de soutenir ou rejeter des politiques européennes, sans à chaque fois remettre en jeu l'intégralité de la construction européenne.

Quoi qu'en pensent bon nombre d'eurosceptiques, il y aurait donc des batailles de gauche à mener, et à remporter, à Bruxelles, et l'UE ne serait pas « génétiquement » odieuse, par la seule force de ses traités. Le principal problème de l'Union, aujourd'hui, ne résiderait pas dans ses textes de loi, mais bien dans les rapports de force politiques qui la structurent – massivement à droite. En résumé : « Arrêter d'être pour ou contre l'Europe, mais lutter contre les politiques européennes de droite. » Si le parlement européen a attendu trois années pour enfin lancer une enquête sur l'action de la Troïka (BCE, commission, FMI) dans les pays sous assistance, ou s'il est couché si vite (en trois mois, c'était plié) dans la bataille sur le budget d'austérité de l'UE, ce serait avant tout parce que le parlement est le bastion d'élus conservateurs.