Venezuela: comment le chaviste Maduro a patiemment bâti le «madurisme»

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La campagne présidentielle a officiellement démarré dimanche au Venezuela. La crise économique met à genoux les Vénézuéliens, d’importantes manifestations ont secoué le pays l’an passé mais malgré son impopularité, Nicolas Maduro peut remporter le scrutin. Le président, au pouvoir depuis 2013, possède une capacité certaine à la résilience, et à la répression de toute contestation.

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« Du 22 avril au 20 mai, nous écrirons la nouvelle histoire et le 20 mai nous aurons la grande victoire qui surprendra le monde. » Voilà ce qu’a déclaré, sûr de lui, le président Nicolas Maduro lors d’un direct sur Facebook mercredi. Malgré son impopularité, il pourrait en effet remporter l’élection présidentielle dont la campagne débute officiellement ce dimanche 22 avril. Les Vénézuéliens désigneront aussi les conseils législatifs des États qui composent le Venezuela et les conseils municipaux. Nicolas Maduro arrive à se sortir des situations les plus périlleuses et les plus rocambolesques. L’organisation même de cette élection le prouve.

Après l’échec des négociations entre le gouvernement et des partis de l’opposition, la coalition antichaviste Mesa de la Unidad Democrática (Table de l’unité démocratique, MUD) a décidé de boycotter le scrutin, jetant un peu plus de discrédit sur cette élection qui se déroule généralement en décembre, et qui a été avancée au 22 avril avant d’être fixée le 20 mai.

Pour la MUD, les conditions ne sont pas réunies pour organiser des élections propres. Elle demande, entre autres, un rééquilibrage des forces au sein du Conseil national électoral (CNE), un égal accès aux médias privés et publics ou encore de revenir sur l’interdiction faite aux partis Voluntad Popular et Primero Justicia de présenter des candidats.

Mais quatre autres candidats sont en lice, dont l’ancien gouverneur de l’État de Lara, Henri Falcón, qui était pourtant membre de la MUD. Les Maduristes peuvent ainsi mettre en avant la multiplicité des postulants, contredire la communication des opposants et revêtir les habits de démocrates : il y aurait le choix entre des hommes souvent inconnus du grand public, parfois d’anciens chavistes, et le président en exercice. 

Sur le papier, Falcón est le candidat parfait pour Maduro. Il est une figure assez importante sur la scène politique nationale pour être pris au sérieux sans pour autant avoir les moyens de lui faire de l’ombre. Son ancrage est surtout régional et il ne possède pas assez de ressources militantes pour rivaliser avec la machine électoraliste maduriste.

Henri Falcon. © Reuters Henri Falcon. © Reuters

Cet ancien chaviste, fondateur du parti Avanzada Progresista, animait l’aile gauche de la MUD. Falcón n’est ni apprécié par l’électorat chaviste, qui voit en lui un traître, ni par leurs adversaires, qui dénoncent son opportunisme. Lui espère opérer la jonction entre les adversaires de la « révolution bolivarienne », fatigués de la MUD, et les chavistes « critiques ». L’impasse politique et économique dans laquelle se trouvent les Vénézuéliens pourrait finalement jouer en sa faveur. Un sondage de Datanálisis, réalisé le 19 et 20 mars et dévoilé par Falcón lui-même, le donne gagnant.

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