Berlusconi a passé un sale conseil européen

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Les dirigeants européens ont repoussé à mercredi le moment des décisions. Mais «les travaux avancent bien», a affirmé Nicolas Sarkozy, qui a capitulé face à Angela Merkel sur les contours du Fonds de stabilité. Surtout, la pression des Européens sur Silvio Berlusconi est encore montée d'un cran.

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De notre envoyé spécial à Bruxelles
Les Européens sont pris de réunionnite aiguë pour sauver l'euro. Rassemblés dimanche à Bruxelles, les chefs d'Etat de l'Union ont convenu... de se revoir au plus vite. Ils ont à nouveau bousculé le calendrier, déjà amendé jeudi dernier, quitte à compliquer encore un peu plus les choses, et malmener le peu de crédibilité qui leur reste. Au moins trois réunions, «cruciales» forcément, sont désormais annoncées pour la seule journée de mercredi. Et cette fois, veulent-ils croire, sera la bonne.
La présidence polonaise de l'Union, qui offrait aux participants du conseil de dimanche un immense parapluie aux couleurs du pays, l'a bien compris: de violentes perturbations sur la zone euro sont encore à prévoir dans les jours à venir. Officiellement, les trois dossiers chauds, qui cristallisent les désaccords entre Paris et Berlin, avancent (lire sous l'onglet Prolonger le détail des mesures). Mais les nuages à l'horizon sont légion. Et l'Italie en fait plus que jamais partie.
Le grand humilié de la journée se nomme, en effet, Silvio Berlusconi. Le président du conseil italien a passé un conseil européen exécrable, montré du doigt par la plupart de ses homologues. En tout début de matinée, il a enchaîné deux rendez-vous, l'un avec Herman Van Rompuy, le président du Conseil, l'autre avec Angela Merkel et Nicolas Sarkozy, pour, à chaque fois, se faire taper sur les doigts. «Nous avons dit à Silvio Berlusconi que l'Italie doit tout faire pour être à la hauteur de ses responsabilités», a expliqué la chancelière allemande. C'est-à-dire renforcer ses plans d'austérité.
A la sortie, Berlusconi a esquivé, une fois de plus, affirmant aux journalistes n'«avoir jamais été recalé de (sa) vie». En fin d'après-midi, lors de leur conférence de presse conjointe (censée prouver aux mauvaises langues que l'entente franco-allemande règne), le président français et la chancelière allemande en ont remis une couche. Interrogés sur l'Italie, les deux élus se sont regardés, dans un sourire crispé, hésitant, l'un comme l'autre, pendant plusieurs secondes, à prendre la parole en premier.
Finalement, Angela Merkel a répondu la première, évoquant les «discussions entre amis» de la matinée. Le président français s'est fait plus catégorique: «Il n'est pas question de faire appel à la solidarité des partenaires si on ne fait pas les efforts nécessaires.» Et de rappeler, au passage, les bons élèves de l'Europe, que seraient, par contraste, l'Irlande («en train de sortir de la crise», selon le président français), le Portugal (où «les choses vont dans la bonne direction») et l'Espagne (qui «n'est plus en première ligne»).

L'effet dévastateur d'un défaut italien

Depuis le début du mois d'août, l'Italie, qui traîne une dette de 120% environ de son Produit intérieur brut (au deuxième rang de la zone euro après la Grèce), est devenue l'une des cibles principales des marchés. Et les observateurs sont convaincus que la troisième économie de la zone euro ne retrouvera pas sa crédibilité, aux yeux des mêmes marchés, tant que Silvio Berlusconi restera en place.

Sauf que le Cavaliere n'a pas l'intention de lâcher son fauteuil d'ici aux élections de 2013. Mais Berlusconi se trouve dans une situation politique extrêmement délicate, mis en difficulté sur presque chaque texte qu'il tente de faire adopter par les députés. On voit mal, du coup, comment il pourrait réussir à entreprendre les réformes structurelles attendues par ses partenaires européens. «La politique italienne est tellement fragile, que la plus grande nouvelle qui nous soit parvenue du Parlement depuis des mois, c'est que le gouvernement a survécu», ironise cette semaine The Economist.

La Banque centrale européenne, en août, avait volé au secours de l'Italie, en rachetant des milliards d'euros de dettes publiques accumulées sur les marchés. Avec pour effet de freiner, pour un temps, la spéculation. Dans la foulée, Berlusconi s'est cru autorisé à prendre ses libertés avec le plan d'austérité qu'il avait adopté en juillet, au grand dam de ses partenaires européens. Surtout, il peine à relancer l'activité de la péninsule, marquée par une croissance anémique, quasi nulle, en moyenne, tout au long des années 2000. L'austérité, sur ce plan, n'arrange rien.

A défaut de véritables décisions sur l'avenir de l'euro, le Conseil européen de dimanche a donc clairement mis en garde Rome. Car rien ne sert de s'épuiser à maintenir la Grèce dans la zone euro, si l'Italie, quelques mois plus tard, oblige à tout reprendre à zéro... L'effet d'un défaut italien serait dévastateur. Pour rappel, l'exposition des grandes banques françaises à la dette italienne est considérable. Elle tournait, fin 2010, à 24 milliards d'euros pour la seule BNP Paribas, et à plus de dix milliards pour le Crédit agricole.

La menace d'une crise italienne explique pourquoi les négociations sur la force de frappe (le «leveraging») du Fonds européen de stabilité financière (FESF) sont décisives: il s'agit bien sûr de venir en aide, à court terme, à la Grèce, mais aussi, pourquoi pas, préparer le terrain à l'Italie...