Réfugiés syriens: la France et l'Europe aident le Liban avec parcimonie

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Plus d'un million de Syriens ont fui vers le Liban. Ils forment désormais le quart de la population du pays. Il a fallu attendre l'afflux de réfugiés en Europe pour que l'Union européenne réagisse. Mais il n'est pas sûr que cette aide sera suffisante.

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De notre correspondante à Beyrouth (Liban). - Dans le petit appartement de Maria Karkourian, les tissus roses qui ornent les placards de la cuisine et la peluche qui trône sur son lit sont autant de tentatives pour se créer un chez-soi, quand bien même celui-ci aurait disparu à jamais. « C'est fini, on n'a plus de maison », soupire cette Syrienne d'Alep d'origine arménienne, ancienne joueuse professionnelle de basket. Situé dans le quartier kurde de Sheikh Maksoud, son logement a été soufflé dans un bombardement en 2012, alors que les rebelles essayaient d'en prendre le contrôle.

Un an plus tard, après avoir vivoté de maisons d'amis en appartements de proches, la famille Karkourian s'est résignée à prendre la route de l'exil : « Une deuxième fois, pour nous qui sommes arméniens », soupire-t-elle. Depuis, Maria vit tant bien que mal au Liban, en banlieue de Beyrouth, avec son mari et Virginie, sa fille de 13 ans, autiste. Une situation délicate : « Virginie a besoin d'une routine mais entre la guerre en Syrie, les déménagements successifs et l'arrivée au Liban, elle fait beaucoup de crises de colère difficilement contrôlables. » La solidarité de la communauté arménienne du Liban a permis à Maria d'inscrire sa fille dans une institution privée, mais sans l'assurance que ce geste soit reconduit dans les années à venir.

C'est l'infirmité de Virginie, ajoutée à la situation financière très précaire dans laquelle la famille se trouve au Liban, qui a rendu les Karkourian éligibles à l'opération de protection humanitaire menée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (Ofpra). Fin octobre, l'Ofpra s'est rendu au Liban pour rencontrer directement sur place des réfugiés syriens particulièrement vulnérables et demandant à être réinstallés en France.

Cette mission fait suite à l'engagement que François Hollande a pris en octobre 2013 auprès du Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (UNHCR) d'accueillir 500 réfugiés syriens dans le cadre de l'appel lancé par l'agence onusienne. En juin 2013, elle avait pressé l'Europe de réinstaller de toute urgence 30 000 réfugiés parmi les plus fragiles. « La mission s'est rendue en 2014 au Liban, ainsi qu'en Jordanie et en Égypte où se trouvent un grand nombre de réfugiés, explique Pascal Brice, directeur général de l'Ofpra. Elle a été ensuite renouvelée en 2015, ce qui fait qu'en tout, 1 000 réfugiés syriens supplémentaires vont être accueillis en France. »

Une famille de réfugiés syriens dans un campement de fortune au sud de Beyrouh © Reuters Une famille de réfugiés syriens dans un campement de fortune au sud de Beyrouh © Reuters

Ce processus exceptionnel s'ajoute à la procédure classique de demande d'asile instruite par l'UNHCR, via laquelle 307 Syriens réfugiés au Liban ont pu gagner la France ces deux dernières années. « L'Ofpra avait déjà mené des opérations similaires dans les années 1990 en ex-Yougoslavie », poursuit Pascal Brice. Au Liban, lors des deux premières missions de l'Ofpra, organisées en avril 2014 et 2015, 360 réfugiés syriens ont obtenu d'être relocalisés en métropole. À l'issue de la dernière, fin octobre, 250 individus pourront en plus s'y rendre.

« Le fait que l'Ofpra vienne sur place accélère la procédure et le départ des réfugiés », assure Lisa Abou Khaled, porte-parole de l'UNHCR au Liban. C'est cette agence onusienne, auprès de laquelle une partie des réfugiés sont enregistrés, qui repère puis transmet les dossiers des réfugiés les plus vulnérables à l'Ofpra. « Il s'agit d'individus dont un membre de la famille a souvent besoin d'un traitement médical lourd qui n'est pas valable dans le pays où il se trouve ou qui est très coûteux et qu'elle ne peut payer », précise Lisa Abou Khaled. Les familles avec parent isolé ou des cas plus politiques, qui ont parfois été victimes de tortures, font aussi partie des profils sélectionnés.

Une fois en France, les réfugiés ont le statut de réfugiés. Procédure administrative pour quitter le Liban, billet d'avion, puis une fois en France, éducation des enfants, soins médicaux et logement : la prise en charge est totale, assurée par l'Organisation internationale des migrations (OIM) et l'État français. Une chance inespérée pour les familles comme celle de Maria Karkorian, toujours en attente de la réponse finale de l'Ofpra : « On a tout perdu et on sait qu'on ne retournera plus en Syrie, on doit aller de l'avant et trouver un moyen d'aider notre fille », regrette la jeune femme. La procédure de réinstallation peut cependant prendre jusqu'à plusieurs mois, avant tout à cause du logement, parfois difficile à obtenir en France.

« Bien sûr, nous sommes très heureux de travailler avec un certain nombre de pays européens sur la réinstallation des réfugiés syriens, cependant, nous voulons souligner que le nombre de réfugiés en grande vulnérabilité augmente au Liban, la communauté internationale devrait davantage partager le fardeau que la crise syrienne représente et accepter plus de réfugiés dans les pays où ils auront un meilleur avenir », insiste Lisa Abou Khaled.

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