Le Pompéi ukrainien s’immisce dans la querelle religieuse entre Kiev et Moscou

Par Sébastien Gobert

Le Synode œcuménique orthodoxe de Constantinople vient de valider une Église ukrainienne indépendante du Patriarcat moscovite, marquant une étape décisive dans l'affirmation d'une identité distincte de Moscou. Illustration à Kiev, où les dernières ruines de la Rous’ médiévale sont menacées par un projet de centre commercial qu’appuient des financements russes.

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Kiev (Ukraine), de notre correspondant.– Tôt le matin, les gardiens laissent passer les visiteurs. Par un escalier de chantier, on descend vers un terrain vague boueux jusqu’à l’entrée d’un souterrain de béton. Annabella Morina allume les lumières, se fraie un chemin à travers des flaques d’eau et un enchevêtrement de bâches en plastique. « On se tient ici dans l’ancienne rue principale, explique-t-elle. Vous voyez ? On en voit bien les bords. Ces parois en bois ont mille ans d’âge. Là-bas, les archéologues ont établi que se tenait un poste de douane du port de commerce de Kiev. »

Vêtue d’une longue robe noire, les épaules couvertes d’un châle vert, Annabella Morina a des airs d’icône religieuse. Les traits fins, le visage fatigué, elle explique l’importance des ruines qu’elle tente de préserver depuis de longs mois. Au-dessus, c’est Poshtova Plosha, la place de la Poste, un lieu de promenade agréable sur les rives du fleuve Dniepr. « Les travaux d’aménagement de la place ont commencé en 2012, poursuit-elle. Les ouvriers ont coulé des colonnes de soutènement en béton, au hasard. Ce n’est que plus tard, quand ils ont creusé ici, qu’ils se sont aperçus de ce qu’il y avait. » Ici et là, des poutres centenaires sont encastrées dans le béton. « On a même trouvé des restes de bateaux et des anneaux d’amarrage. Cela veut dire qu’il y avait une rivière qui coulait. »