Italie: le sauvetage de deux banques montre les limites de l’Union bancaire

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Le gouvernement italien a monté en urgence une solution de reprise pour Veneto Banca et Banca popolare di Vicenza. Officiellement, les apparences sont sauves : Intesa Sanpaolo reprend les deux banques. Dans les faits, l’État italien assume tous les risques.

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Dans le monde de la finance, les nouvelles importantes interviennent toujours le week-end, au moment où tous les marchés sont fermés. Vendredi soir, une fois tous les marchés boursiers clos, l’institution de supervision bancaire, qui dépend de la Banque centrale européenne (BCE), a annoncé la faillite de deux banques régionales italiennes. Veneto Banca et Banca popolare di Vicenza, deux banques régionales de la Vénétie, « sont en faillite ou sont sur le point de l’être, compte tenu que les deux banques ont de façon répétée violé leurs obligations en matière de capital », a indiqué le régulateur bancaire dans un communiqué. « La BCE a donné du temps aux banques pour présenter des plans de recapitalisation, mais celles-ci ont été incapables de présenter des solutions crédibles de poursuite », explique-t-il.

Danièle Nouy, présidente des instances européennes de régulation bancaire © DR Danièle Nouy, présidente des instances européennes de régulation bancaire © DR
Cette décision était prévisible : les deux banques vénitiennes vivent sous assistance respiratoire depuis près de deux ans. Durant tout ce temps, le gouvernement italien a tenté de trouver des solutions pour maintenir ces deux piliers de l’économie régionale, qui emploient plus de 4 000 personnes. Il y a quelques semaines encore, le ministre italien des finances, Pier Carlo Padoan, affirmait que le gouvernement italien ne laisserait pas tomber les deux banques. Début juin, la BCE haussait le ton et exigeait une augmentation de capital de 1,25 milliard d’euros pour renforcer les deux banques. Personne n’a voulu y souscrire : JPMorgan, qui avait été recruté pour attirer des investisseurs privés, a jeté l’éponge. Le gouvernement italien a essayé une dernière fois d’obtenir des aménagements et de limiter l’augmentation de capital à 600 à 800 millions d’euros, en espérant convaincre les autres banques italiennes de venir à la rescousse. Mais là encore, personne n’a répondu aux sollicitations gouvernementales. Rassurées par l’expérience espagnole, les instances européennes de régulation bancaire ont décidé d’en finir, d’autant que la situation devenait critique : pendant que les négociations s’éternisaient, les déposants quittaient les établissements, par peur d’être pris dans la faillite.

Le processus prévu dans le cadre de la nouvelle réglementation s’est tout de suite enclenché. Le comité de résolution unique s’est saisi du dossier, tandis que le gouvernement italien planchait sur les moyens à mettre en œuvre pour trouver une solution. Avec un impératif : un plan assurant la protection des déposants devait être trouvé d’ici lundi matin, afin d’éviter la moindre panique bancaire à la réouverture des marchés. Dimanche, dans la soirée, le gouvernement italien annonçait la signature d’un décret loi entérinant la reprise des deux banques par le groupe bancaire Intesa Sanpaolo et garantissant ainsi la sécurité des dépôts.

Forts de l’expérience du sauvetage de la banque espagnole Banco Popular il y a moins de 15 jours, sauvetage que les dirigeants européens considèrent comme une première réussite des nouvelles règles de l’Union bancaire, ceux-ci espéraient sans doute reproduire le même schéma en Italie. Mais, dès la deuxième expérimentation, les nouvelles règles de l’Union bancaire se trouvent mises à mal. C’est l’État italien qui, d’un bout à l’autre, va assumer le prix du sauvetage des deux établissements bancaires, ce qui est loin de marquer la rupture attendue avec les sauvetages précédents. Selon le Corriere della Sera, les ressources et les garanties mobilisées par l’État dans l’opération de sauvetage des deux banques vénitiennes pourraient atteindre « un montant maximum de 17 milliards d’euros ».

Certes, comme en Espagne, il y a bien une banque italienne – Intesa – qui accepte de reprendre les deux établissements bancaires en faillite, mais elle a posé ses conditions : cette reprise ne doit ni peser sur ses ratios prudentiels ni sur sa politique de dividendes. Intesa accepte donc de racheter Veneto Banca et Banca Popolare di Vicenza pour 1 euro symbolique, mais sans assumer le moindre risque. D’emblée, le gouvernement italien met à sa disposition 4,7 milliards d’euros de cash afin d’assurer la continuité des deux établissements.

De même, c’est l’État italien qui assumera une grande partie du renflouement des deux banques. Dans le cadre du plan de sauvetage (bail-in), il est prévu que les actionnaires et détenteurs d’obligations seront totalement balayés pour renflouer les deux banques. Le montant des capitaux prélevés pour assurer ce renflouement est estimé à 5 milliards d’euros environ. Mais depuis 18 mois, l’État italien est le principal actionnaires des deux banques, au travers du fonds Atlante créé pour venir au secours des banques mal en point. Il y a injecté 3,5 milliards d'euros. S’agissant des porteurs d’obligations, le gouvernement italien a déjà annoncé son intention de trouver un mécanisme pour rembourser les petits épargnants qui avaient placé leurs économies dans ces produits, sans en connaître le risque.

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