International Confidentiel

Le juge de l’affaire Rybolovlev limogé par Monaco

Trop curieux aux yeux des autorités de la principauté, le juge anticorruption Édouard Levrault, qui a inculpé une ribambelle de dignitaires monégasques ces derniers mois, doit faire ses valises.

Michel Deléan

26 juin 2019 à 10h05

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L’opération « mains propres » à Monaco est brutalement stoppée. Édouard Levrault, le juge d’instruction français détaché sur le Rocher, qui a inculpé une ribambelle de dignitaires monégasques ces derniers mois, vient d’apprendre qu’il devait faire ses valises.

Selon des informations obtenues par Mediapart, le juge d’instruction a été convoqué lundi 24 juin par le ministre de la justice monégasque flanqué de sa secrétaire générale. Alors qu’il avait été officiellement averti au mois d’avril que son détachement de trois ans serait renouvelé au 1er septembre, Édouard Levrault apprend subitement, ce 24 juin, de la bouche du ministre que les autorités de la principauté ont changé d’avis, et que sa présence n’est plus souhaitée.

Aucun grief précis n’aurait été émis contre le juge d’instruction. Ses investigations ont déplu et inquiété en haut lieu, selon des sources informées. Après avoir inculpé le milliardaire russe Dmitri Rybolovlev, propriétaire du club de foot de Monaco, le juge Levrault avait accroché l’ancien garde des Sceaux de la principauté, Philippe Narmino, sa femme et son fils, ainsi que l’ancien ministre de l’intérieur Paul Masseron et trois hauts responsables de la police de la principauté, en novembre 2018.

Poursuivis pour trafic d’influence, corruption passive et violation du secret de l’instruction, ces dignitaires sont soupçonnés d’avoir été sous l’influence du patron du club de football de l’AS Monaco, en conflit avec son ancien marchand d'art au sujet de l'acquisition de toiles de maîtres.

Parmi les trois policiers incriminés, Christophe Haget, patron de la police judiciaire, et son adjoint Patrick Fusari, sont toujours en poste, contrairement à l’ex-directeur de la sûreté publique Régis Asso, à la retraite. Le juge Levrault s’apprêtait à inculper d’autres hauts responsables monégasques, selon des sources informées.

« Le juge Levrault a l’air de faire une enquête très poussée et très complète. Il n’y a aucun souci sur mon entourage immédiat. S’il faut passer par les convocations et répondre à certaines questions, tout le monde le fera sans aucun problème. C’est vrai qu’on n’a pas l’habitude d’enquête qui ratisse aussi large mais je pense qu’il faut le laisser faire », déclarait le prince Albert II à Mediapart. C'était en novembre.

Michel Deléan


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