Venezuela: bruits de bottes à la Maison Blanche

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Face au régime de Nicolás Maduro, l’administration Trump recourt à la pire des stratégies : une rhétorique belliciste, qui rappelle une longue tradition d’interventions destinées à « changer » des régimes jugés hostiles.

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New York (États-Unis), de notre correspondant.– Le Venezuela s'embrase, et c'est peu dire que l'administration Trump souffle sur le foyer. Samedi dernier, elle a bruyamment soutenu l'entrée depuis la Colombie et le Brésil de deux convois humanitaires. Ils ont été bloqués par l'armée vénézuélienne, avec un bilan tragique : deux morts et 59 blessés.

À l'imposition de sanctions, qui pourraient aggraver une crise économique et humanitaire terrible ayant provoqué l'exil de 3 millions d'habitants, les dirigeants américains ajoutent une rhétorique inquiétante. Depuis des mois, ils font en effet miroiter la possibilité d'une intervention militaire américaine contre le régime de Nicolás Maduro, successeur autoritaire d'Hugo Chávez, réélu dans des conditions plus que douteuses à la tête d'un pouvoir corrompu et qui use de la torture contre ses opposants.

Ce faisant, ils « américanisent » la crise et réactivent une mémoire à vif, marquée par les violences et les abus des droits de l'homme : celle de la quarantaine d'interventions, directes ou indirectes, déclenchées au cours du XXe siècle par les États-Unis en Amérique latine, généralement en invoquant la défense de la sécurité étasunienne.

Donald Trump à Miami, le 18 février. © Reuters Donald Trump à Miami, le 18 février. © Reuters

La menace n'a cessé de se préciser depuis que les États-Unis, suivis par une cinquantaine de gouvernements, ont reconnu Juan Guaidó, le président de l'Assemblée nationale, comme le président du pays.

Guaidó lui-même a exhorté la communauté internationale à considérer « toutes les options » contre Maduro qui, malgré des défections, reste soutenu par l'armée. Proche de Guaidó, l'ancien président de l'Assemblée nationale Julio Borges, en exil, appelle désormais les douze États latino-américains membres du groupe de Lima à « utiliser la force contre la dictature de Maduro ».

Depuis son entrée en fonctions, Donald Trump, qui passait pour un isolationniste pendant sa campagne, affirme lui aussi que « toutes les options » sont sur la table au Venezuela. « Je ne vais pas exclure une action militaire », disait-il en août 2017.

« 5 000 troupes en Colombie ». En marge d’une réunion à la Maison Blanche, les notes de John Bolton ont nourri les spéculations. © Reuters « 5 000 troupes en Colombie ». En marge d’une réunion à la Maison Blanche, les notes de John Bolton ont nourri les spéculations. © Reuters

Limogé par Trump avec fracas, comme son supérieur James Comey, à cause de l'enquête visant une possible action concertée de la campagne Trump avec Moscou pour gagner la présidentielle, l'ancien numéro deux du FBI Andrew McCabe affirme dans un livre tout juste paru que Trump soulevait la possibilité d'une « guerre » au Venezuela dès juillet 2017. « C'est le pays contre lequel nous devrions être en guerre, ils ont tout ce pétrole et ils sont juste à côté de nous », aurait dit Trump d'après McCabe, qui rapporte l'anecdote de source indirecte – il n'était pas présent ce jour-là.

L'agence Associated Press a rapporté des propos similaires du président américain lors de deux réunions, à la Maison Blanche et en marge de l'assemblée générale de l'ONU. Trump aurait alors reculé à cause d'un tir de barrage « de ses conseillers et de ses alliés dans la région ». « Nous cherchons une transition pacifique, mais toutes les options sont sur la table. […] Si vous continuez à soutenir Maduro, si vous prenez ce chemin, vous n'aurez pas de refuge, pas de sortie, vous perdrez tout », a redit Donald Trump le 18 décembre lors d'un meeting à Miami (Floride) devant des expatriés vénézuéliens, pour certains membres du golf Trump situé près de la résidence hivernale du président à Palm Beach.

« Le temps de l'action est venu. On ne peut regarder à côté alors que le Venezuela lutte pour la liberté », a renchéri lundi 25 février son vice-président, Mike Pence, depuis Bogotá. « Les jours de Maduro sont comptés », a lancé ce week-end le secrétaire d’État Mike Pompeo, un néoconservateur qui a par le passé défendu l'option militaire en Iran.

Fin janvier, le conseiller à la sécurité nationale John Bolton, autre figure du néoconservatisme américain, partisan de la guerre en Irak et de bombardements « préventifs » contre les installations nucléaires iraniennes, était apparu à la Maison Blanche lors d'une conférence de presse avec un carnet de notes sur lequel était inscrite, à la main, la mention « 5 000 troupes en Colombie ».

Qu'il s'agisse d'un projet réel, d'un coup de com’ ou de bluff, cet épisode démontre l'imaginaire guerrier de cette administration.

Le 1er novembre, le même Bolton présentait le Venezuela comme l’un des membres de la « troïka de la tyrannie » en Amérique latine – aux côtés de Cuba et du Nicaragua –, un langage qui n'est pas sans rappeler l'« axe du mal » évoqué en 2002 par George W. Bush – il s'agissait alors de l'Irak, de la Corée du Nord et de l'Iran.

Un an plus tard, le président américain attaquait l'Irak, au faux prétexte de l'existence d’« armes de destruction massive »… Bolton était alors au département d’État, et deviendrait trois ans plus tard ambassadeur à l'ONU.

Ce week-end, le sénateur républicain de Floride Marco Rubio a cru bon de tweeter deux photos de l'ancien dictateur libyen Mouammar Kadhafi. Sur l'une, l'ancien « Guide de la révolution » assiste souriant à une cérémonie officielle. Sur l'autre, il apparaît ensanglanté, juste avant d'être tué à Syrte, le 20 octobre 2011, dans des conditions restées troubles à ce jour, à la suite de l'intervention militaire dont l'ex-président français Nicolas Sarkozy fut le fer de lance.

« Toutes les pathologies de la politique étrangère américaine en un tweet », a commenté sur Twitter Stephen Wertheim, historien à l'université Columbia, auteur d'un texte dans la New York Review of Books sur ce « retour des néocons », désormais choyés par le président.

Rubio n'est en effet pas n'importe qui : ancien candidat à l'investiture républicaine en 2016, il fait campagne depuis des mois pour un changement de régime à Caracas et a l'oreille de Donald Trump dans ce dossier.

« Comparer le Venezuela à la Libye est probablement la chose la plus idiote que Rubio ait faite en politique étrangère. […] Je crains que l'administration ne titube vers la guerre », a commenté dans le Washington Post Daniel Drezner, professeur de politique internationale à l'université Tufts de Boston.

Drezner a peut-être tort. Donald Trump, fidèle à sa stratégie du show et du chaos permanent, utilise peut-être simplement le Venezuela comme un fil narratif parmi d'autres, comme les dossiers nord-coréen ou iranien, pour vanter dans l'opinion américaine (la seule qui compte à ses yeux) une image de conciliateur ou d'homme fort sur la scène internationale.

Le sénateur de Floride Marco Rubio lors d'une conférence de presse à la frontière entre la Colombie et le Venezuela, le 17 février. © Reuters Le sénateur de Floride Marco Rubio lors d'une conférence de presse à la frontière entre la Colombie et le Venezuela, le 17 février. © Reuters

Cette séquence lui permet en effet d'endosser à bon compte le costume du sauveur de la démocratie au Venezuela, en profitant de l'image définitivement ternie de Maduro : un président affaibli, décrié pour ses violations des droits de l'homme, lâché par nombre de ses anciens soutiens, sur lequel pas grand monde n'a envie de s'apitoyer.

Sans défendre à ce stade l'option militaire, une partie des démocrates américains soutiennent d'ailleurs Guaidó contre le « dictateur » Maduro. Certains d'entre eux s'en prennent à Bernie Sanders, sénateur du Vermont et figure de la gauche américaine, accusé de ne pas utiliser ce terme bien qu'il ait dénoncé les violences du régime et le « désastre » économique au Venezuela.

« Les États-Unis ont une longue histoire d'intervention inappropriée en Amérique latine, nous ne devons pas reprendre cette voie », estime Sanders, qui plaide pour « l'autodétermination » des Vénézuéliens.

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