Brouillage d’information sur Fukushima

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Malgré une situation catastrophique qu'il échoue à maîtriser, Tepco, l'exploitant de la centrale, persiste à faire de la rétention d'information.

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Le compte à rebours s'égrène inexorablement à la centrale de Fukushima Daiichi, malgré les efforts de l'exploitant Tepco et des autorités japonaises pour tenter d'enrayer la catastrophe. Plus de deux semaines après le séisme et le tsunami qui ont ravagé l'installation, la remise en service d'une alimentation en eau douce des réacteurs n'a pas empêché une avalanche de mauvaises nouvelles. Dimanche, la concentration en iode 131 radioactif dans l'eau de mer aux abords de la centrale a atteint le niveau stratosphérique de 1850 fois la norme, fixée à 0,04 Bq/cm3. Dans la foulée, Tepco a annoncé avoir détecté dans de l'eau stagnant dans une salle de machines un débit de dose de 100.000 millisieverts/heure, «dix millions» de fois la valeur attendue en temps normal, de quoi tuer un bœuf en quelques minutes... avant de rectifier : c'était une erreur, la mesure exacte était 100 fois plus faible. Outre que 1000 mSv/h représente déjà un débit de dose considérable, et très dangereux pour les travailleurs, cette incroyable bévue en dit long sur le degré d'affolement des équipes techniques qui s'efforcent de maîtriser la situation. Enfin, cerise sur le gâteau radioactif, on a appris que du plutonium 238, 239 et 240 avait été détecté en cinq points de l'installation. Ce plutonium provient très probablement d'un des réacteurs dont le coeur a partiellement fondu, à savoir les réacteurs n°1, 2 et 3. Un ou plusieurs de ces trois réacteurs libère des matières radioactives qui finissent par trouver leur chemin vers l'océan. Le 30 mars, le niveau d'iode 131 dans l'eau de mer, près de la centrale, est encore monté pour atteindre 3355 fois la limite légale. Et cela ne peut que continuer. D'après la direction de Tepco, la situation ne sera pas stabilisée avant des semaines.