Mediapart et Libération, en collaboration avec WikiLeaks, publient une nouvelle série de relevés d'écoutes de la NSA concernant des personnalités françaises (2002-2012). Voici leur traduction :

  • Les remarques de Sarkozy sur l’OMC considérées comme insultantes pour la France ; Recherches de clarification des règles (TS//SI//NF)

(TS//SI//NF) Un haut responsable français des finances déplorait début juillet les déclarations incendiaires et inexactes du président Nicolas Sarkozy, déclarations qui, selon ce haut responsable, ne manqueront pas de compliquer les efforts de la France visant à équilibrer ses intérêts nationaux et ses responsabilités actuelles de présidente de l’UE. Assumant ses fonctions de chef du service investissement et politiques commerciales [secrétaire général adjoint] à la direction générale du Trésor et de la politique économique, Renaud Lassus a indiqué que la déclaration de Sarkozy affirmant que le cycle de Doha de l’OMC ne déboucherait sur aucun accord a placé la barre extrêmement haut, et a augmenté les risques de voir se réaliser un scénario catastrophe dans lequel la France serait l’unique dissidente au niveau national, tout en représentant, en tant que présidente de l’UE, les points de vue de l’Union [européenne] tout entière. La France n’aurait alors pas d’autre choix que de capituler ou de provoquer une crise à l’intérieur de l’UE. Paris n’est absolument pas préparé à affronter ce scénario, a confirmé Lassus, et personne n’a envie de « réorienter » la position dans laquelle Sarkozy a placé le pays, car cela reviendrait à admettre que le président s’est trompé dès le départ. Il a en outre déclaré que l’affirmation de Sarkozy selon laquelle un pacte de l’OMC provoquerait une chute de 20 % de la production et la perte de 100 000 emplois était clairement erronée et que personne au gouvernement n’y croyait. Ceux qui pensaient que Sarkozy allait tempérer son discours une fois que la France aurait accédé à la présidence [de l’UE] le 1er juillet, ont vu leurs espoirs réduits à néant, a insisté Lassus, suite à l’attaque personnelle la plus virulente que le président ait encore jamais portée contre le commissaire au commerce de l’UE. Toujours sur l’OMC, des responsables bien informés pensent que la [conférence] ministérielle du 21 juillet pourrait capoter si le président du groupe de négociations sur les règles, Guillermo Valles Galmes, ne précisait pas ses intentions à l’avance. S’il s’y refusait, il est possible que des questions soient soulevées concernant ces règles lors de la [conférence] ministérielle, ce qui envenimerait les négociations.  En outre, les subventions accordées à la pêche pourraient poser des problèmes. L’Inde pourrait menacer de torpiller la [conférence] ministérielle si elle n’obtenait pas un traitement sur mesure, spécial et différentiel, dans ce domaine. Les pays développés pourraient bien se retrouver seuls soumis à des restrictions en termes de subventions halieutiques, ce qui serait inacceptable pour l’Europe et le Japon.

Non-conventionnel

Diplomatie française, EU, japonaise

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  • Le ministre français des Finances affirme que l’économie est dans une mauvaise passe, Prédit deux horribles années à venir (TS//SI//NF)

(TS//SI//NF) Personne ne prend la mesure de la gravité de la situation économique française, et des mesures drastiques vont devoir être prises au cours des 2 prochaines années selon Pierre Moscovici, ministre de l’Économie, des finances et du commerce. Le 19 juillet, alors que les demandes de rétablissement d’une allocation de préretraite appelée AER se faisaient pressantes, Moscovici a averti que la situation était calamiteuse. Apprenant qu’il n’y avait pas de fond disponible pour l’AER, le sénateur français Martial Bourquin a prévenu Moscovici que sans le programme AER, le parti socialiste au pouvoir allait passer un mauvais quart d’heure dans le bassin industriel du pays, et que les électeurs allaient se tourner vers le Front National, le parti d’extrême droite. Moscovici a exprimé son désaccord, affirmant que l’impossibilité de rétablir l’AER n’aurait aucun impact électoral, et qu’en outre, la situation du constructeur automobile en difficulté PSA Peugeot Citroën était plus importante que l’AER. (COMMENTAIRE : PSA a annoncé la fermeture d’usines d’assemblage et le licenciement de 8 000 employés). Moscovici a annoncé que le budget 2013 ne serait pas un « budget-bonne nouvelle », sachant que le gouvernement devrait trouver au moins 33 milliards d’euros supplémentaires (39,9 milliards de $). 2014 ne sera pas une bonne année non plus. Bourquin a insisté, avertissant que le parti socialiste allait se retrouver dans une situation comparable à celle de l’ancien président socialiste espagnol Zapatero, très largement critiqué pour sa manière de gérer la dette de son pays. Moscovici lui a opposé que le comportement dont le gouvernement français allait s’inspirer ne serait pas celui de Zapatero, mais plutôt celui du chancelier allemand social-démocrate Gerhard Schroeder. (COMMENTAIRE : Schroeder, chancelier de 1998 à 2005, s’est largement vu attribuer le mérite d’avoir contribué à restaurer la compétitivité de l’Allemagne. Il a privilégié le passage de pures mesures d’austérité à des mesures encourageant la croissance économique, et prônait une politique financière commune à l’UE).

Non-conventionnel

Diplomatie française

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  • Des représentants de l’UE perçoivent un manque de leadership US sur les questions commerciales et émettent des doutes sur l’initiative du Pacifique. (TS//SI//OC/NF)

(TS//SI//OC/NF) Des responsables du commerce [extérieur] de l’UE basés à Washington ont affirmé fin juillet que l’administration américaine manquait singulièrement de leadership sur les questions commerciales, comme le montre l’absence d’un consensus clair sur le futur du Programme de Doha pour le développement de l’OMC. Jean-François Boittin, conseiller du ministre de l’Économie et des finances, a fait part de son étonnement devant le degré de « narcissisme » et d’attentisme dispendieux dont fait actuellement preuve Washington, tout en qualifiant de stupéfiante l’idée d’abandonner le Programme de Doha en faveur d’un autre plan – choix que semblent privilégier certains responsables américains. Le Français a de surcroît affirmé que dès qu’un pays effectue des coupes franches dans ses barrières douanières, ce que viennent de faire les États-Unis, il devient moins attractif et n’est plus, par voie de conséquence, en position de force pour négocier avec les pays émergents. L’interlocuteur de Boittin, Hiddo Houben, responsable du commerce extérieur de l’Union Européenne, après avoir souligné le manque de leadership de son homologue américain, considère, au sujet du désaccord au sein du gouvernement US sur le Programme de Doha, qu’il conviendrait qu’une décision politique soit prise sur la direction à suivre. Sur un autre sujet, Houben a insisté sur le fait que le Partenariat Trans-Pacifique (PTP), qui est une initiative américaine, paraît conçu pour contraindre la Chine à des négociations dans le futur. Washington, a-t-il remarqué, négocie avec toutes les nations frontalières de la Chine, en exigeant des engagements qui excèdent les capacités administratives de ces pays, afin de « se confronter » à Pékin. Houben pense toutefois que si cet accord PTP met dix ans à aboutir, le monde - et la Chine - auront sans doute tellement changé que le pays se sera probablement désintéressé du processus. Dans ce cas, les États-Unis n’auront pas d’autre choix que de se tourner de nouveau vers l’OMC. Pour finir, il a affirmé que cet intérêt pour l’Asie était une preuve supplémentaire de l’absence de plan de négociation défini de Washington à l’égard des pays émergents, dont la Chine et le Brésil, ni même de plan d’action proactif dans le cadre de l’OMC.

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Diplomatie européenne

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  • (TS//SI) Un responsable français projette de diffuser une liste d’entreprises américaines qui auraient profité du plan pétrole contre nourriture (Oil For Food - OFF)

(TS//SI//REL TO USA, AUS, CAN, GBR et NZL) Jean-David Levitte, ambassadeur de France à Washington, envisage de réagir dès aujourd’hui à des informations contenues dans le rapport de l’Irak Survey Group concernant un éventuel détournement du programme pétrole contre nourriture (OFF) par des entreprises en France et d’autres pays à l’époque de l’ancien régime Irakien. L’ambassadeur a qualifié le rapport de scandaleux car ce dernier ne citait nommément aucune entreprise américaine, et il a affirmé que de nombreuses entreprises françaises engagées dans le programme pétrole contre nourriture étaient en réalité des filiales d’entreprises américaines qui avaient également profité de ces accords commerciaux. Il projette par conséquent, avec l’aval du ministère des Affaires étrangères, de présenter une liste de ces entreprises américaines au Congrès et aux médias américains.

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Diplomatie française

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  • G7 / G20 : Un ministre français va faire pression sur les États-Unis au sujet de la réforme bancaire, Mise en garde contre un ralentissement de la croissance. (TS//SI//NF)

(TS//SI//NF) La direction du Trésor français a établi une liste de points de discussions, dont certains intéressent directement les États-Unis, à l’intention du ministre de l’économie, des finances et de l’industrie François Baroin. Ces points devront être abordés lors des réunions du Groupe des 7 et du Groupe des 20 les 19 et 20 avril, juste avant les réunions de printemps du FMI et de la Banque mondiale. Baroin va insister sur la nécessité de respecter le calendrier de l’application des accords de Bâle (recommandations sur les lois et régulations bancaires), en réaction à la lenteur des actions de Washington. Dans ses remarques sur l’envolée des prix du pétrole et la menace qu’elle fait peser sur la croissance mondiale, il soutiendra également l’initiative américaine sur les réserves stratégiques de pétrole. Tout en rappelant régulièrement à ses confrères les choix difficiles que l’UE a dû faire pour affronter cette situation financière, il mettra également en garde contre les dangers, pour la croissance, d’une action précipitée.

Non-conventionnel

Diplomatie française

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  • Rapport Standard IN: S-C-2002-204-14

Titre : (S//REL TO USA, AUS, CAN, GBR, NZL) France: Développements économiques

Classification originale : SECRET//REL TO USA, AUS, CAN, GBR, NZL

Sommaire:

EEI A : (U//FOUO) Relations économiques avec les Etats-Unis
EEI B : (S//REL TO USA, AUS, CAN, RU, NZL) Pratiques entrepreneuriales françaises
EEI C : (S//REL TO USA, AUS, CAN, RU, NZL) Politique française de développement financier/macroéconomique
EEI D : (U//FOUO) Visions sur les questions/développements liés au G8 et G20
EEI E : (U//FOUO) Contraintes/Contributions budgétaires liées à l’OTAN
EEI F : (S//REL TO USA, AUS, CAN, RU, NZL) Points de vue français
EEI G : (U//FOUO) Relations avec les pays les moins avancés (PMA) et États en transition
EEI H : (U//FOUO) Contrats étrangers/Études de faisabilité/Négociations
EEI I : (U//FOUO) Relations avec les institutions financières internationales
EEI J : (S//REL TO USA, AUS, CAN, GBR, NZL) Pratiques commerciales françaises
EEI K : (U//FOUO) Activités commerciales douteuses

(U//FOUO) Destinataire(s):

CIA
COMMERCE
DHS
DIA/DI
DIA/OSR-2
DIA/USEUCOM
FEDERAL RESERVE BOARD
STATE/INR
TREASURY
US TRADE REP
DOE/IN

EEI : H

Classification EEI : SECRET//NOFORN
Classification originale : SECRET//REL TO USA, AUS, CAN, GBR, NZL
Titre EEI : (U//FOUO) Contrats étrangers/Études de faisabilité/Négociations

Question(s) :

1. (S//REL TO USA, AUS, CAN, GBR, NZL) Rapporter toute proposition de contrats français ou d’études de faisabilité et de négociations imminents concernant des ventes ou des investissements internationaux dans des projets d’envergure ou des systèmes d’intérêt significatif pour le pays étranger hôte, ou 200 millions de $ ou davantage en ventes et/ou services, comprenant le financement d’informations ou de projets de haut intérêt notamment :

A. De technologies et réseaux d’équipements de renseignements et de télécommunications ?
B. Des équipements et infrastructures d’électricité, de gaz naturel et pétroliers incluant l’énergie nucléaire et la génération d’énergies renouvelables ?
C. Les technologies et les infrastructures de transport comprenant les ports, les aéroports, les chemins de fer à grande vitesse et les métros ?
D. Les technologies environnementales utilisées dans un cadre national et pour l’exportation ?
E. Les infrastructures, services et technologies de soins de santé, y compris les développements biotechnologiques ?

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Traduction :

Antoine Bourguilleau, Bérengère Viennot