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Mediapart jeu. 25 août 2016 25/8/2016 Édition de la mi-journée

Moscovici et Baroin écoutés sur fond d'espionnage économique

29 juin 2015 | Par Fabrice Arfi, Lénaïg Bredoux, martine orange, Jérôme Hourdeaux et Julian Assange (Wikileaks)

En plus de l'espionnage diplomatique et politique, les États-Unis utilisent les moyens non conventionnels de la NSA pour mettre à mal la concurrence française sur les grands marchés internationaux, selon six documents « top secret » obtenus par WikiLeaks.

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C’est une guerre. Elle est économique, clandestine et sans règle, et peut fausser tout le jeu de la concurrence internationale. Plusieurs personnalités politiques et hauts fonctionnaires français ont été écoutés ces dernières années par la National Security Agency (NSA) sur fond d’espionnage économique massif de la France par les États-Unis, selon cinq synthèses d’interceptions téléphoniques rendues publiques par WikiLeaks.

Les deux anciens ministres de l’économie François Baroin et Pierre Moscovici (aujourd’hui commissaire européen), un sous-directeur du Trésor ainsi qu’un diplomate de haut rang et un parlementaire socialiste ont fait partie entre 2004 et 2012 des cibles américaines, d’après ces documents que publient Mediapart et Libération, en collaboration avec WikiLeaks.

Un autre document de la NSA de 2002 actualisé en 2012, également obtenu par l’organisation de Julian Assange, montre que tous les moyens des services secrets américains sont mis à contribution pour espionner les négociations de « toute proposition de contrats français » à l’export, que ce soit dans les domaines des télécommunications, de l’électricité, du pétrole, du gaz, du nucléaire, mais aussi des énergies renouvelables, des transports, de la santé ou des biotechnologies. La plupart des grandes entreprises françaises présentes à l’international sont par conséquent les cibles potentielles de la curiosité agressive de Washington, qui met à la disposition des intérêts privés américains tout son appareil d’État.

Cette mission de la NSA est la moins fréquemment évoquée, mais elle est peut-être la plus importante. C’est celle qui justifie les moyens exorbitants déployés par les services. Depuis nos révélations sur l’espionnage des trois derniers présidents de la République, les officiels français le disent d’ailleurs souvent à l’abri du off : s’ils ne sont guère surpris par l’espionnage diplomatique, ils confient leur inquiétude sur l’ampleur du renseignement économique et sur ses conséquences sur la capacité de la France à obtenir certains contrats.

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« Tout le monde espionne. Mais il y a une vraie différence entre les États-Unis et les autres : la NSA a des moyens et des objectifs dingues. Son rêve, c’est d’espionner tout le monde, tout le temps. Nous, en plus du terrorisme, on doit se contenter de diplomates de quelques pays et de quelques industriels », explique un spécialiste du renseignement. Un haut cadre de Bercy, qui s’exprime également sous le couvert de l’anonymat, confie quant à lui à Mediapart : « Ces révélations sont déstabilisantes pour le fonctionnement de l’État. Comment va-t-on faire désormais ? Cela peut avoir des conséquences. Il n’y aura plus de débats internes à l’administration. »

De fait, les nouveaux documents obtenus par Wikileaks montrent l’ampleur du phénomène. Dès 2002, la NSA envoie une note « top secret », également adressée aux services de ses plus fidèles alliés, l’Australie, le Canada, la Grande-Bretagne et la Nouvelle Zélande – les fameux « five eyes » –, pour énumérer tous ses centres d’intérêt concernant l’économie française. La liste est particulièrement longue, des relations économiques avec les États-Unis aux « activités commerciales douteuses ».

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Les services de renseignement américains détaillent ensuite chaque titre de chapitre dans son exposé des besoins (« information needs »). Ainsi en est-il du “H” : « Contrats étrangers/études de faisabilité/négociations ». Là aussi, son objet est très large : « Rapporter toute proposition de contrats français ou d’études de faisabilité et de négociations imminents concernant des ventes ou des investissements internationaux dans des projets d’envergure ou des systèmes d’intérêt significatif pour le pays étranger hôte, ou 200 millions de dollars ou davantage en ventes et ou en services, comprenant le financement d’informations ou de projets de haut intérêt. »

Des contrats de 200 millions de dollars dans des ventes à l’étranger, ce n’est rien ou pas grand-chose. En d’autres termes, la NSA traque presque tous les mouvements de développement international des groupes français. Elle entend avoir accès à tous les renseignements, informations, technologies d’avenir où les entreprises françaises ont parfois de réelles avances.

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Mathilde Mathieu, Mathieu Magnaudeix et Ellen Salvi ont contribué à cette enquête.

Traduction : Antoine Bourguilleau et Bérengère Viennot. Les relevés d'écoute traduits en français sont disponibles sous l'onglet Prolonger.