Hongrie, Roumanie: et si la vraie crise de l'Europe était à l'Est ?

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Le président roumain Basescu a certes échappé de peu à la destitution, lors du référendum organisé dimanche dans le pays, mais le blocage politique menace à Bucarest, sur fond de durcissement du régime. Voisine, la Hongrie de Viktor Orban poursuit son chemin autoritaire. Y a-t-il des points communs aux crises hongroise et roumaine ? La crise de la zone euro masque-t-elle une dérive autoritaire à l'Est, plus grave encore ?

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La crise politique en Roumanie, qui inquiète l'Europe depuis fin juin, est loin d'être réglée. Le résultat du référendum de dimanche risque bien de compliquer un peu plus la donne. Selon les résultats définitifs, les Roumains se sont massivement prononcés, à 87 %, pour la destitution de leur président de centre droit, Traian Basescu, confirmant le vote en ce sens, début juillet, d'une majorité de députés. Mais le taux de participation est resté inférieur au seuil de 50 % nécessaire pour valider le scrutin, selon les règles fixées par la Cour constitutionnelle.

Le président par intérim Crin Antonescu a fait savoir, dimanche dans la soirée, qu'il respecterait la décision de la Cour, à qui il revient désormais de déclarer le référendum invalide. Quant au chef du gouvernement, le social-démocrate Victor Ponta, en poste depuis mai, il a d'ores et déjà mis en doute la « légitimité » du chef de l'État, dans une déclaration dimanche soir : « Tout homme politique qui ignore la volonté de millions de votants, est coupé de la réalité. » Des élections législatives sont prévues en novembre, dans ce pays de 22 millions d'habitants, sorti il y a 23 ans de la dictature communiste.

La féroce bataille entre Basescu, devenu très impopulaire depuis qu'il a adopté des mesures d'austérité carabinées, et Ponta, l'ambitieux socialiste, accusé en juin de plagiat massif lors de la rédaction de sa thèse sur le fonctionnement de la Cour pénale internationale, risque de se poursuivre dans les semaines à venir. Et d'accroître l'incertitude qui entoure l'avenir de ce pays, entré il y a cinq ans à peine dans l'Union européenne. L'opposition fidèle à Basescu avait appelé au boycott du scrutin de dimanche.  

Si la procédure engagée pour destituer le chef de l'État était parfaitement légale, Ponta a tenté, ces dernières semaines, d'accroître son pouvoir par des méthodes expéditives, qui ont glacé bon nombre d'observateurs : destitution des présidents du Sénat et de la chambre des députés, renvoi du médiateur de la République et du responsable des archives nationales, ou encore limitation des pouvoirs de la Cour constitutionnelle. Un « coup d'État », a dénoncé l'opposition proche de Basescu (lire notre entretien avec Monica Macovei). La Commission européenne s'est elle aussi inquiétée des manquements à l'État de droit.

Le durcissement du régime roumain semble illustrer, comme, d'une autre manière, la Hongrie de Viktor Orban, l'affaissement démocratique de pays de l'Union frappés de plein fouet par la crise. Mais le rapprochement de ces deux expériences a-t-il un sens ? Y aurait-il une « orbanisation » de la Roumanie, comme le prétendent certains commentateurs ? Ponta et Orban seraient-ils les symptômes autoritaires d'une Europe acculée ?

« Le point commun entre les situations en Hongrie et en Roumanie, c'est que nous avons deux hommes politiques, l'un de droite, l'autre de gauche, qui veulent le pouvoir absolu, et qui ne s'arrêteront pas tant qu'ils ne l'auront pas », estime Laura Stefan, spécialiste de la lutte anti-corruption au sein du think tank Expert Forum, à Bucarest. « La grande différence, c'est qu'Orban a changé la Constitution avec le soutien du Parlement. Ponta, lui, est en train de violer la loi fondamentale. » Pour Ciprian Ciucu, un expert rattaché à un groupe d'étude roumain, le RCEP, « le gouvernement Ponta est encore en quête de légitimité, quand Viktor Orban, lui, est déjà légitime ».

Depuis son écrasante victoire aux élections du printemps 2010, le hongrois Viktor Orban a pris soin de faire valider par le Parlement chacune des étapes du durcissement du régime – y compris l'entrée en vigueur, depuis janvier, de sa nouvelle Constitution. Les députés roumains, eux, n'ont pas eu leur mot à dire sur les passages en force des dernières semaines. Le parti de Ponta détient environ le tiers de la chambre des députés, et a donc dû s'allier avec les libéraux pour former l'alliance aujourd'hui au pouvoir.