Le sort des migrants ne s'améliore pas en Libye, malgré les ONG

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Malgré une présence de plus en plus forte des organisations humanitaires, de l'Onu et du personnel diplomatique, le sort des migrants qui transitent par la Libye ou qui y sont ramenés après avoir été interceptés en mer ne s'améliore pas, ont constaté plusieurs ONG.
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LE CAIRE (Reuters) - Malgré une présence de plus en plus forte des organisations humanitaires, de l'Onu et du personnel diplomatique, le sort des migrants qui transitent par la Libye ou qui y sont ramenés après avoir été interceptés en mer ne s'améliore pas, ont constaté plusieurs ONG.

Si les organisations et agences humanitaires se sont efforcées de nouer des partenariats avec le gouvernement d'union nationale (GNA), basé à Tripoli et reconnu par la communauté internationale, pour améliorer le sort des migrants, elles ne parviennent pas à les soustraire à la torture, au travail forcé ou aux sévices sexuels.

Ceux d'entre eux qui sont interceptés en mer par les garde-côtes libyens sont le plus souvent renvoyés vers des camps de détention théoriquement placés sous l'autorité du GNA, où ils peuvent attendre pendant des mois de tenter une nouvelle traversée, d'être rapatriés ou déplacés.

Mais ces camps sont en réalité souvent contrôlés par des groupes armés locaux.

"Ici, la police fait ce qu'elle veut de nous. S'ils veulent nous battre, ils nous battent (...) personne ne peut nous protéger", a dit à Reuters un migrant érythréen transféré de Tripoli à Sabha, une ville du Sud libyen, après avoir été secouru en mer en décembre 2017.

"Nous avons un repas tous les deux jours. Nous buvons de l'eau salée, nous ne recevons aucun traitement médical", a-t-il poursuivi, évoquant également le sort d'un migrant blessé par balle par un gardien pour avoir réclamé de la nourriture.

Selon plusieurs travailleurs humanitaire, les privations auxquels les migrants sont soumis résultent parfois de la corruption ou des luttes de pouvoir qui peuvent opposer les gardiens ou les responsables.

ACCÈS LIMITÉ POUR LES ONG

Un autre Érythréen, également joint par téléphone par Reuters, a expliqué que les migrants pouvaient obtenir leur libération en versant des pots-de-vin aux gardiens ou en travaillant pour eux gratuitement.

"Ils partent et vont travailler dans leurs foyers et après, ils peuvent s'en aller", dit-il.

Quelque 5.200 migrants sont retenus dans les centres de détention libyens, une proportion très faible par rapport aux centaines de milliers qui se trouvent dans le pays, mais ces chiffres peuvent brusquement s'envoler, lorsque les gardes-côtes interceptent des embarcations en mer par exemple.

Le nombre de migrants retenus dans les villes de Misrata et Khoms est ainsi passé de 650 à 930 en l'espace d'un mois. "Ces personnes récemment débarquées en Libye sont désormais enfermées dans des centres surpeuplés. Les conditions de détention déjà difficiles sont aggravées par l'arrivée de nouveaux migrants", déplorait Médecins Sans Frontières (MSF) la semaine dernière.

Beaucoup d'entre eux souffrent de malnutrition, d'hypothermie ou de diarrhée sévère et certains ont même été victimes d'abus et de tortures commis par leurs passeurs avant de prendre la mer.

Dans un communiqué diffusé il y a dix jours, l'ONG Human Rights Watch disait quant à elle avoir constaté dans quatre camps "que les gardes commettaient des violences, notamment en frappant et fouettant les personnes". Et dans trois de ces camps, des enfants et des nourrissons étaient retenus.

Pour les ONG, l'accès aux centres de détention est aléatoire, ce qui complique singulièrement leur travail. Quant à la presse, elle ne peut y accéder que très rarement, les autorités libyennes ayant à l'esprit un reportage diffusé en novembre 2017 par CNN montrant une vente aux enchères d'êtres humains destinés à être réduits en esclavage.

L'indignation provoquée par ce reportage a conduit l'Organisation mondiale pour les migrations à bâtir un programme de "retours volontaires" auquel près de 16.500 migrants ont eu recours pour retourner dans leur pays d'origine.

Les détracteurs de ce programme avancent cependant que les retours n'ont bien souvent rien de volontaire dans la mesure où la seule alternative laissée aux migrants est de rester en Libye.

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