Le système scolaire turc à l'épreuve d'une révolution conservatrice

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En 2012, le président Erdogan, alors premier ministre, affirmait son intention de « faire croître une jeunesse religieuse ». Cinq ans plus tard, l’inflexion islamique de l'Éducation nationale est bien avancée. Dernière innovation, cette rentrée : une réforme des programmes axée sur l’enseignement des « valeurs ». La théorie de l’évolution a disparu des manuels. Le concept de djihad y a fait son entrée.

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Istanbul (Turquie), de notre correspondant.- Honnêteté, patience, bienveillance, responsabilité, respect, patriotisme, serviabilité… Dix jours avant la rentrée des classes, Zeynep Tezcan, professeure d’anglais dans un lycée de Kagithane, un quartier populaire d’Istanbul, a fait connaissance avec les nouvelles notions qu’on l’a chargée d’inculquer à ses élèves, saupoudrées dans l’ordinaire de son cours de langue. L’« enseignement des valeurs » constitue la mesure phare d’une vaste réforme des programmes scolaires entrée en vigueur mi-septembre dans toute la Turquie. Tous les profs sont concernés, de l’EPS à la chimie, du CP à la terminale. Et ils doivent rendre des comptes. « À la fin de chaque cours, il faut qu’on mentionne les valeurs que nous avons transmises dans le rapport de cours. Et je suis contrôlée là-dessus, a retenu Zeynep à l’issue de son séminaire de formation. Les profs de chimie se demandaient comment ils allaient pouvoir diffuser des valeurs éthiques dans leurs cours. »