Au Salvador, avec l’état d’urgence, « le président a détruit nos vies »

15 photos

Au Salvador, la guerre contre les gangs déclarée en 2019 par le président Nayib Bukele a pris une tournure drastique ces derniers mois. L’état d’urgence a été déclaré en mars, après une journée sanglante visant à réprimer les gangs qui s’est soldée par quatre-vingt huit homicides. Il a été prolongé cinq fois depuis. Des milliers de personnes ont été détenues sans respecter les exigences légales, les arrestations touchant principalement les communautés les plus vulnérables. Le discours officiel répète que, parmi plus de cinquante mille personnes arrêtées, la plupart sont membres de gangs. Mais des centaines de familles défendent l’innocence de leurs proches et appellent à leur libération.

La lecture des articles est réservée aux abonné·es. Se connecter

  1. © Mahé Elipe

    Le 14 mai 2022. Prison de La Esperanza, San Salvador (Salvador). Jessica Ramírez (à gauche) est originaire du département d’Usulután, dans l’est du Salvador. Début mai, son fils de 20 ans, Luis Enrique Torres Ramírez, a été détenu arbitrairement et transféré à la prison de La Esperanza, également connue sous le nom de Mariona, la plus grande prison de San Salvador. Depuis son arrestation, Jessica s’est rendue dans la capitale du pays avec sa plus jeune fille, âgée de 11 ans. Ensemble, elles ont passé des semaines à dormir devant la prison dans des conditions insalubres, sans argent pour se nourrir, exposées à des températures extrêmes et aux gaz d’échappement. Avant d’arriver à La Esperanza, Jessica avait rassemblé tous les documents nécessaires pour prouver que son fils n’était pas membre d’un gang : bulletins scolaires, déclarations d’anciens employeurs, photos du jeune homme dans un lit d’hôpital, tout juste opéré de la rate. En 2019, Jessica a voté pour Nayib Bukele (parti conservateur), mais elle affirme aujourd’hui qu’elle ne l’élirait pas à nouveau car il l’a déçue : « Je n’ai jamais pensé qu’il se comporterait de la sorte. Ce qu’il a fait, c’est trop : je pense qu’il est pire qu’un membre de gang, explique-t-elle. Le président a détruit nos vies, nous pouvons donc aussi le poursuivre pour l’injustice qu’il fait subir à des innocents. » Après trois semaines d’attente, Jessica a finalement dû se résigner et est rentrée chez elle où elle attend toujours de savoir ce qu’il adviendra de son fils.

1€ pour 15 jours

Résiliable en ligne à tout moment

Je m’abonne

L’info part de là

Soutenez un journal 100% indépendant : sans subventions, sans publicités, sans actionnaires

Tirez votre information d’une source de confiance

Accédez en exclusivité aux révélations d’un journal d’investigation

Déjà abonné ?

Mot de passe oublié

Nos derniers portfolios

Portfolio — 20 photos
par Isabelle Eshraghi
Portfolio — 13 photos
par Photos et textes Arthur Larie et Bastien Massa
Portfolio — 7 photos
par Agence France-Presse et Justine Brabant

À la Une de Mediapart

Journal — International
Un hommage à la société civile de Russie, Bélarus et Ukraine
En pleine guerre en Europe, le prix Nobel de la paix a été décerné vendredi au défenseur des droits humains Ales Bialiatski, du Belarus, à l’organisation russe Memorial et à l’organisme ukrainien Center for Civil Liberties. Une façon de dénoncer les politiques dictatoriales de Vladimir Poutine et de son allié bélarusse Alexandre Loukachenko.
par La rédaction de Mediapart
Journal — Culture-Idées
Annie Ernaux, Nobel de littérature, une œuvre intime et percutante
Annie Ernaux vient de se voir décerner le prix Nobel de littérature, et il y a de quoi se réjouir. Mais que vient dire cette récompense d’une écrivaine qui déclare : « Ce que je veux détruire, c’est aussi la littérature » ?
par Lise Wajeman
Journal — France
Des tâches en plus pour gagner plus, piège antiféministe tendu aux enseignants
Le ministre Pap Ndiaye est chargé de la mise en musique du nouveau « pacte » que souhaite signer Emmanuel Macron avec les enseignants, qui consiste à mieux les rémunérer en échange de nouvelles missions. Mais ces « extras » aggravent déjà les inégalités salariales entre les femmes et les hommes dans l’Éducation nationale.
par Mathilde Goanec
Journal — France
En France, « rien n’a été prévu » pour accueillir les exilés russes
Depuis le début de la guerre d’invasion russe en Ukraine, des centaines de Russes sont venus chercher refuge en France. Confrontés à un manque criant de politique d’accueil et à des obstacles en tout genre, ils ont surtout trouvé de l’aide auprès de réseaux d’entraide.
par Nejma Brahim