En Bosnie, des écoles toujours discriminantes

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Presque un quart de siècle après la fin de la guerre en ex-Yougoslavie, le programme « Deux écoles sous un toit », imaginé pour apaiser les tensions, montre ses limites. L’an passé, l’OSCE a publié un rapport démontrant que 10 % des écoles en Bosnie continuaient de fonctionner sous ce régime. Le photographe Thomas Haley, qui a couvert la guerre entre 1991 et 1996, est retourné voir.

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  1. Thomas Haley

    À Mostar-Ouest, trois écoles sous un même toit. Le rez-de-chaussée et le premier étage de ce bâtiment austro-hongrois permettent d'accueillir des classes croates et des classes bosniaques sur deux niveaux distincts. Le deuxième étage est occupé par l’United World College. L'administration des deux premiers niveaux est unifiée, les étudiants partagent la bibliothèque et participent ensemble aux activités parascolaires.
    L’United World College (UWC) est une école privée qui propose un programme de deux ans pour obtenir un bac international. Elle a été fondée en 1962 par Kurt Hahn comme une réponse à la recherche de solutions nouvelles et pacifiques dans un monde qui, après la guerre de Yougoslavie, reste déchiré par les divisions politiques, raciales et économiques.
    Depuis les accords de Dayton, signés en 1995 pour mettre fin au conflit et visant à encourager les personnes déplacées à retourner dans leur village pour renverser le processus d’homogénéisation ethnique mis en œuvre pendant la guerre, chaque élève est libre de choisir la langue dans laquelle il ou elle souhaite suivre ses cours : le serbe, le croate ou le bosniaque. Mais pour Dzenan Hakalovic, directeur de l’United World College de Mostar, ce soi-disant libre choix de la langue n’est qu’un leurre, car l’élève choisira la langue du groupe ethno-culturel auquel il appartient. « Cela maintient un sentiment de division et d'insécurité… Bien que les intentions de l’OSCE fussent bonnes en introduisant cette idée, ils étaient naïfs, leur système de “deux écoles sous un toit” maintient le statu quo de la division politique. » Il ajoute : « En Bosnie, les partis politiques sont devenus les fournisseurs de travail, surtout pour les enseignants, l’éducation est l'un des butins de la joute politique… comme à l'époque des communistes. » L’éducation emploie plus de 66 000 personnes en Bosnie, alors que le nombre d’élèves est sur le déclin. 
    Pendant la guerre de Yougoslavie, Mostar était divisé entre l’ouest (croate), et l’est (bosniaque). Les Serbes étaient des deux côtés. En 1993, le vieux pont qui unifiait la ville depuis le XVIe siècle a été détruit par les forces croates (photo ci-contre). Depuis, il a été reconstruit sous l’égide de l’Unesco et la ville a été choisie comme lieu symbolique du conflit, d’où la présence de l’United World College. Cette école se trouve sur l’ancienne ligne de front.

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