Nicaragua: les téléphones de la révolution

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Depuis près de cinq mois, le Nicaragua sombre dans la violence (lire l’article de Thomas Cantaboube). La répression des manifestations a déjà fait quelque 300 morts et le régime de Daniel Ortega multiplie les arrestations, notamment chez les étudiants, accusés de « terrorisme ». Un rapport du Haut-Commissariat aux droits de l’homme des Nations unies dénonce des « exécutions extrajudiciaires ; disparitions forcées ; détentions arbitraires ; actes de torture », etc. Pour mobiliser contre le régime ou documenter les exactions de la police et des milices, les opposants utilisent massivement les réseaux sociaux.  

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  1. « Avant, les jeunes étaient apathiques. Les réseaux sociaux ont permis de réveiller la conscience politique », note Lesther Aleman, au fond, en T-shirt gris sur cette photo. Le nom de ce leader étudiant de 20 ans a déjà beaucoup circulé au Nicaragua, car, le 16 mai, en pleine négociation pour une sortie de crise (alors que le pays est couvert de barricades et que près de 300 personnes ont été tuées depuis avril), il prend à partie le président Daniel Ortega, lui demandant de mettre fin à la répression des manifestations qui agitent le pays depuis le 18 avril 2018.

    « Cette révolution pacifique est née à partir d’une publication sur Facebook, relayée sur Twitter, puis sur Instagram », affirme l’étudiant. Tout commence début avril 2018 : Indio Maiz, la plus grande réserve naturelle du Nicaragua, prend feu. Le pouvoir affirme ne pas avoir les moyens de combattre l’incendie. Le mot-dièse #Sosindiomaiz relaie l’indignation face à cette atteinte gravissime à l’environnement. Dans la foulée, une marche s’organise à Managua. Ce sera l’étincelle du mouvement.

    Quelques jours plus tard, le gouvernement sandiniste annonce une réforme du système de sécurité sociale. Nouvelle marche, cette fois des retraités, et nouvelle répression. Les étudiants prennent la rue à leur tour « pour défendre les anciens ». Le 18 avril, les forces progouvernementales tirent et tuent une personne. Le pays s’embrase.

    Fin juillet, les barricades érigées par les manifestants à travers le pays sont démantelées par les forces de l’ordre et des paramilitaires. La répression s’accentue. Le Haut Commissariat aux droits de l’homme des Nations unies (HCDH) enregistre plus de 300 morts. « Les autorités effectuent une chasse à l’homme », confie un avocat nicaraguayen. Quelque 23 000 personnes auraient déposé une demande d’asile au Costa Rica.

    Un rapport du HCDH dénonce des « exécutions extrajudiciaires ; disparitions forcées ; détentions arbitraires généralisées ; actes de torture ; et violations du droit à la liberté d’opinion, d’expression et de réunion pacifique ». Accusations que le gouvernement juge « sans base objective », car fondées sur les dires « d’organismes non gouvernementaux, de médias, de témoignages anonymes et des réseaux sociaux ». Le 31 août, Managua expulse la délégation onusienne du pays.

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