À Pantin, un long dimanche d'abstention

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Portraits d'une désaffection politique grandissante aux motifs divers, qui traduisent tous un profond sentiment d'abandon, local et national.  

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  1. Abichou, 37 ans, travaille dans la distribution.  Cela fait 17 ans qu'il habite Pantin, et estime qu'ici, la corruption, c'est « le système pour avoir un logement » social. Il habite dans la même rue que le maire, et malgré ses deux enfants à charge, il affirme que cela fait des années qu'il a fait une demande auprès de la mairie, restée sans réponse. Il n'a pas voté aux présidentielles et ne se déplacera pas non plus pour les municipales. 

  2. Elsa, 32 ans, est universitaire. Cette année, elle n'a pas eu le temps de s'inscrire sur les listes électorales. Trouver une place à son enfant en crèche et son travail l'ont accaparée. Ce n'est pas une abstentionniste récidiviste, d'ordinaire elle vote, mais « pas pour l'actuel maire ». « Rien ne change, droite ou gauche c'est pareil », alors elle vote pour « qu'il n'y ait pas l'extrême droite. »

  3. Thierry, 37 ans, dirige une entreprise de peinture en bâtiment. « L'État n'est pas là pour nous aider », dit-il. « Ils ne font rien, ni pour les jeunes, ni pour les aînés. » Son constat est simple : « J'suis rasta, j'ai pas le droit de fumer de l'herbe, mais deux hommes ont le droit de se marier. » « Les étrangers qui rêvaient la France subissent la France maintenant. » Il n'y a plus qu'à « attendre la révolution, comme en Ukraine ».

  4. Cédric, 41 ans, travaille dans le commerce en ligne. Il n'a pas l'intention d'aller voter, et se revendique « anti-politique. » « Quel que soit le parti, quelle que soit la personne », il ne se reconnaît nulle part. Ce n'est pas la première fois qu'il s'abstient, car la politique l'écœure, notamment cette accumulation d'affaires, à gauche comme à droite. « Je préfère passer du temps avec mon fils qui vaut bien mieux que ces politicards. »

  5. Sellami, 40 ans, est boulanger.  Il n'a jamais voté à des élections municipales, mais revendique son choix UMP lors des présidentielles. « Hollande n'a jamais eu de ministère » avant son élection. Il n'est, selon Sellami, pas capable de diriger l'État. Mais son choix d'abstention relève plus de l'exaspération. Cela fait 5 ans qu'il demande une place de livraison en face de son commerce, mais rien n'y fait, la police municipale lui met « PV sur PV », dit-il.

  6. Clément, 26 ans, est commercial. « Les politiques n'arrivent pas à mon oreille, ça ne me touche pas trop », déclare-t-il. « Je préfère ne pas voter que de voter pour le moins pire, et de toute façon, voter blanc ou ne pas voter, c'est la même chose. » Cependant, ses amis, avec qui il passe l'après midi au bord du canal de l'Ourcq, ne sont pas du même avis, ils ont la ferme intention d'aller au bureau de vote, par « devoir civique », quitte à aller « voter blanc ».

  7. Samir, 57 ans, est employé à la voirie de Pantin depuis 11 ans. Il a toujours voté PS, mais cette fois-ci, c'en est trop. L'accumulation de « pistons » au sein de la mairie le révolte, et la politique menée par le gouvernement amplifie ce sentiment. « Logement, embauche, emploi », tout fonctionne par copinage à Pantin, affirme-t-il. « La sécurité aussi, on n'est pas tranquille quand on passe à Quatre-Chemins ou à Hoche », à quelques stations de métro de l'Église de Pantin. Ainsi, il recommande même à ses enfants de ne pas aller voter, alors qu'il a toujours soutenu l'inverse.

  8. Yanis, 40 ans, travaille dans le tertiaire. « Le maire a fait du bon boulot, mais j'me tâte. Avant j'étais de gauche, aujourd'hui je ne suis nulle part. Les scandales, le copinage » l'ont exaspéré. De plus, les politiques ne sont « jamais renouvelées, comme Fabius, qui était impliqué dans l'affaire du sang contaminé, ou Jack Lang, qui a pris 10 000€ à l'Institut du monde arabe (sic) alors que des RMistes n'ont pas de quoi se loger ou se nourrir ».

  9. Chantal, 62 ans, retraitée et Yvan, 59 ans, cadre dans une banque. Ils n'iront pas voter, cette fois encore. « Cela fait quelques mandats que le maire est installé, il passera encore cette fois-ci. » Ils sont satisfaits de son travail et pensent que ce n'est pas la peine d'aller au bureau de vote pour qu'il soit renouvelé. Choqués que ce soit encore la classe moyenne qui fasse les frais de la mauvaise gestion de la crise, ils affirment à demi-mot que la politique menée par le gouvernement puisse être pour quelque chose dans cette abstention. Tous deux se disent fermement « de gauche ».

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