Vivre chez soi, ou la mobilité bridée

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Depuis 18 mois, le photographe Vincent Jarousseau suit plusieurs familles à Denain, dans le Nord. Son travail fera l’objet de quatre portfolios, publiés par trimestre sur Mediapart. Des scènes de vie intimes pour comprendre la dualité entre mobilités et ancrage territorial. Premier épisode, Guillaume, Aline et leurs enfants. L’histoire d’une famille que les cabossages de la vie n’ont pas réussi à décomposer.

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  1. © Vincent Jarousseau | Forum des Vies Mobiles

    Denain, avril 2017. Le quartier du Nouveau Monde est situé entre l’ancienne fosse Renard et l’immense site de l’usine Usinor, fermé au début des années 80.

    L’histoire de Denain et du Denaisis est marquée par la houille et la sidérurgie. L’arrêt de l’activité minière en 1948, puis le déclin de la sidérurgie, ont entraîné la ville, et tout le bassin, dans une situation économique et sociale très dégradée : 32 000 emplois perdus à Denain en dix ans, un taux de chômage de plus de 32 % aujourd’hui et de 55 % chez les jeunes, un taux de pauvreté qui approche 45 % selon l’Insee.

    Dans ce contexte, la mobilité constitue l’ultime solution pour trouver un emploi ou une formation. Elle peut se traduire par un changement de région (la population a diminué d’un tiers en 30 ans) ou tout simplement par des déplacements journaliers accrus pour accéder à l’emploi, donc aux ressources. 

    À l’inverse, la mobilité est aussi perçue comme un obstacle à l’ancrage local et aux solidarités familiales et de voisinage, souvent privilégiées par les ménages les plus modestes. Aujourd’hui, les études montrent qu’à Denain, on se déplace moins qu’ailleurs. Le taux d’équipement en véhicules motorisés est particulièrement bas, la proportion d’abonnés aux transports en commun est la plus faible de l’arrondissement de Valenciennes. Le tramway a eu peu d’influence sur les déplacements. Pour la sociologue Leslie Belton-Chevallier, « si être mobile permet d’accéder à des emplois et à des services, cela ne signifie pas nécessairement sortir de la pauvreté et de l’exclusion, à supposer une fois de plus que les deux soient liées. La mobilité n’est ni une fin en soi, ni une recette magique »

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