Yémen: cinq ans sous les bombes

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Le coronavirus fera-t-il taire les armes ? Jeudi 26 mars, l’ONU a salué la promesse des belligérants au Yémen de « cesser immédiatement toutes les hostilités militaires ». La guerre oppose ici depuis plus de cinq ans les rebelles houthis soutenus par l’Iran aux forces du gouvernement appuyées par l’Arabie saoudite. Au moins 100 000 morts ont été recensés. Pour Médecins sans frontières, la photographe Agnès Varraine-Leca s’est rendue trois fois au Yémen entre mars 2018 et mai 2019.

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  1. Ville de Saada, gouvernorat de Saada, avril 2019. Un homme passe un coup de téléphone à l’un des carrefours de la ville, situé à côté de l’ancienne Banque centrale, détruite en 2015 par une frappe aérienne de la coalition internationale, dirigée par l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis. Une partie de la ville a été détruite par les bombardements, notamment lors des campagnes massives de frappes aériennes en 2015. Cinq années se sont écoulées depuis le début de la guerre, plus de 20 000 raids aériens ont été menés par la coalition et des estimations basses suggèrent un coût humain s’élevant à 100 000 morts, selon les chiffres de l’Armed Conflict Location & Event Data Project (Acled).

  2. Ville de Saada, gouvernorat de Saada, avril 2019. Deux adolescents attendent devant l’un des marchés de la ville, bombardé par la coalition en 2015. Saada se situe au cœur du territoire historique des houthis (également connus sous le nom d’Ansar Allah), dans le gouvernorat éponyme. Près d’un quart des frappes aériennes enregistrées par l’organisation Yemen Data Project depuis le début de la guerre ont visé le gouvernorat de Saada.

  3. Haydan, gouvernorat de Saada, mars 2018. À Haydan, l’école et l’hôpital, soutenus par Médecins sans frontières (MSF), ont été détruits par des frappes de la coalition en octobre 2015. Depuis le début du conflit, un tiers des bombardements aériens de la coalition internationale ont touché des cibles non militaires (Yemen Data Project) comme des écoles, des mosquées et des hôpitaux, avec leur lot de victimes civiles. Le gouvernorat de Saada, déclaré territoire hostile par la coalition dès le début de la guerre, est le plus visé par les bombardements.

  4. Mawza, gouvernorat de Taez, décembre 2018. Un homme armé pose à côté de mines désamorcées. Début 2018, les combats se sont intensifiés sur la ligne de front entre Taez et Hodeida, opposant les rebelles houthis aux forces soutenues par la coalition. Pour empêcher l’avancée des troupes militaires au sol soutenues par la coalition, des milliers de mines et d’engins explosifs improvisés ont été posés dans la région. Le déminage y est presque exclusivement militaire, ce qui signifie que les zones civiles comme certaines routes et champs ne sont pas déminés, exposant la population à un risque de blessures ou de décès, et l’empêchant de cultiver les terres. Selon le Yemen Executive Mine Action Center, l’armée yéménite a désamorcé 300 000 mines entre 2016 et 2018.

  5. Hôpital MSF de Mocha, gouvernorat de Taez, décembre 2018. Elma Wong, anesthésiste pour MSF, examine un enfant blessé dans l’explosion d’une mine. Il est arrivé dans un pick-up avec son frère et deux adultes de sa famille, morts sur la route de l’hôpital. Le garçon doit être transféré à Aden, à cinq heures de route, pour effectuer un scanner du crâne, la blessure engageant son pronostic vital. Entre août et décembre 2018, les équipes de MSF de Mocha ont admis et soigné plus de 150 personnes blessées par des mines, des engins explosifs improvisés et des munitions non explosées. Un tiers étaient des enfants.

  6. (À gauche) Khamer, gouvernorat d’Amran, avril 2019. Un militaire patrouille devant la mosquée de Khamer. Le gouvernorat d’Amran est aujourd’hui relativement stable. Il accueille de nombreuses familles déplacées fuyant les combats sur les lignes de front à proximité ; elles viennent notamment de Hajjah, le gouvernorat voisin.
    (À droite) Khamer, gouvernorat d’Amran, avril 2019. Deux enfants jouent dans les rues du centre de Khamer, à proximité du camp de déplacés de Dahadh, où vivent plus de 400 familles. Les mouvements de populations fuyant les combats varient en fonction de l’intensité du conflit sur les lignes de front aux alentours. En 2015, le camp a accueilli un grand nombre de civils venant du gouvernorat de Saada pilonné par l’avion saoudienne. En 2018, ce sont des familles de Hodeida fuyant l’offensive sur la ville qui ont trouvé refuge à Dahadh.

  7. Khamer, gouvernorat d’Amran, avril 2019. La famille de Tareq est arrivée à Khamer au printemps. Ils ont fui les combats dans le gouvernorat voisin de Hajjah. Le district de Kuchar, d’où vient la famille, a été un temps, début 2018, encerclé par les combats, empêchant les civils de fuir. Le fils de Tareq est mort avant que la famille ne puisse partir, faute d’accès à son traitement médical.

  8. Aden, gouvernorat d’Aden, décembre 2018. La façade d’un immeuble, criblée de balles, dans le centre d’Aden. La ville a subi de lourdes destructions entre mars et juillet 2015, au début de la guerre. Après avoir pris la capitale Sanaa en septembre 2014, les houthis s’emparent de l’aéroport d’Aden le 25 mars 2015. Commence alors la bataille pour le contrôle de la ville, entre les houthis, les forces loyales au président Hadi et les milices du mouvement sécessionniste du sud. Le 26 mars 2015, la coalition internationale, dirigée par l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis, lance une opération aérienne pour contrer l’avancée des rebelles vers le sud du Yémen. Aujourd’hui, la ville vit au rythme du chaos ambiant et des règlements de comptes entre gangs ou groupes armés, en fonction des allégeances de chacun. En août 2019, les combats y ont fait rage entre les forces loyales au président Hadi et le mouvement séparatiste du sud. En moins de 24 heures, les équipes MSF ont pris en charge 119 blessés de guerre, dont 62 ont dû être hospitalisés d’urgence.

  9. Mocha, gouvernorat de Taez, décembre 2018. Centre-ville de Mocha. La ville est située à un emplacement stratégique sur la route de Taez et celle de Hodeida. Les troupes militaires loyalistes y sont nombreuses, la plus proche ligne de front étant à deux heures de voiture de la ville.

  10. Hodeida, gouvernorat de Hodeida, avril 2019. Maria Teresa Ingalla, chirurgienne orthopédique pour MSF, regarde la radiographie de Mohammed, 18 ans, touché par une balle perdue alors qu’il marchait en plein après-midi dans les rues de Hodeida. La balle s’est logée à côté de la colonne vertébrale du jeune homme, juste à côté d’une artère. Il sortira en marchant quelques jours plus tard. Le front est à moins d’un kilomètre de l’hôpital où travaille Maria Teresa. De juin à décembre 2018, une violente offensive a été menée par la coalition au sol et dans les airs pour reprendre la ville, sous contrôle houthi.

  11. Khamer, gouvernorat de Taez, avril 2019. Près de 3 500 personnes déplacées par les combats vivent dans le camp de Dahadh, près de Khamer, dans des conditions précaires avec un accès aux soins, à l’eau, l’hygiène et l’assainissement très limité. Le Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (UNHCR) estime à plus de 3,5 millions le nombre de personnes déplacées au Yémen.

  12. Hôpital MSF de Mocha, gouvernorat de Taez, décembre 2018. Fatma et sa petite-fille Amarah, blessée dans l’explosion d’une mine alors qu’elle jouait dans les champs avec quatre amis. Amarah a vu un objet avec des chiffres, qui a explosé lorsqu’elle l’a touché. L’explosion de la mine a blessé les quatre enfants, tuant le garçon. Fatma a entendu l’explosion et s’est précipitée vers le champ. La petite fille a été évacuée à dos d’âne et ensuite transférée en voiture à l’hôpital militaire de Mocha, à une heure de route. Finalement, elle a été admise à l’hôpital chirurgical MSF de la ville. La famille sait qu’il y a des mines dans la région mais il n’y a pas de signalisation spécifique, hormis les petites pierres peintes en rouge qui délimitent certaines zones non déminées. Beaucoup de personnes ont été blessées par le passé, parmi lesquelles l’oncle d’Amarah. « Nous savons qu’il y a des mines dans la région, mais nous ne savons pas exactement où. »

  13. Haydan, gouvernorat de Saada, avril 2019. Vue de la ville d’Haydan, à moins de dix kilomètres du village de Maran, berceau de la famille houthie. Le bruit des avions et des drones dans le ciel est constant et quotidien. Le 26 octobre 2015, l’hôpital soutenu par MSF a été bombardé par la coalition. Les équipes y sont retournées en 2017 et ont réhabilité l’hôpital, qui permet à une centaine de femmes en moyenne de venir accoucher en sécurité chaque mois.

  14. (À gauche) Saada, gouvernorat de Saada, avril 2019. Ayman est barbier dans la ville de Saada. Il a perdu 28 membres de sa famille dans le bombardement de sa maison par la coalition en 2015. « J’entendais mes frères lutter contre la mort et il n’y avait personne pour nous sortir des décombres. Ils nous ont sortis après environ trois ou quatre heures, à cause des bombardements. Chaque fois que des personnes tentaient de nous sauver, les avions nous visaient. Un des sauveteurs est décédé alors qu’il essayait de nous aider. Ça faisait un bruit effrayant. Il n’y avait que des civils dans notre maison. »
    (À droite) 
    Saada, gouvernorat de Saada, avril 2019. La maison de Faez a été détruite par une frappe aérienne de la coalition en 2015 – sa mère est morte dans le bombardement. Il reconstruit une nouvelle maison sur les ruines de l’ancienne, dans le centre-ville de Saada.

  15. Saada, gouvernorat de Saada, avril 2019. Des enfants marchent le long de la route entre Haydan et Saada. Les routes et les ponts du gouvernorat de Saada ont été particulièrement visés par les frappes aériennes de la coalition afin de limiter les mouvements des rebelles houthis au sol.

  16. Khamer, gouvernorat d’Amran, mars 2018. Un homme fait le plein d’essence dans l’une des stations de la ville. Les pénuries d’essence sont fréquentes dans le pays, avec un impact sur le coût des transports et donc l’accès aux soins. Les habitants font parfois la queue pendant plusieurs jours. En avril 2019, les équipes MSF ont pu constater une baisse de la fréquentation de l’hôpital de Khamer au moment des pénuries d’essence, alors que le pays faisait face à une nouvelle vague de choléra. Entre janvier et mai 2019, près de 10 000 personnes à travers le pays ont été soignées dans les centres de traitement du choléra de MSF.

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