« L’esprit critique » cinéma : l’âne, le tueur et le musée LGBT

Notre podcast culturel débat d’« Eo », de Jerzy Skolimovski, de « Bros », signé Nicholas Stoller, et de « Bowling Saturne », par Patricia Mazuy.

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Le cinéma peut-il rendre le point de vue d’un âne et si oui, comment ? Une comédie romantique dont les protagonistes sont gays est-elle une comédie romantique comme les autres ? Et le thriller est-il un genre adapté pour rendre compte des violences et des meurtres commis sur les femmes ?

Avec un âne gris et mélancolique, un chien noir et maltraité ainsi que des abeilles virevoltantes, on pourrait croire que ce nouveau numéro de « L’esprit critique » est consacré à des documentaires animaliers, alors qu’il sera question de deux fictions où les animaux occupent une place essentielle, comme personnages principaux et/ou comme métaphores : Eo de Jerzy Skolimowski, qui a reçu le prix du jury au dernier Festival de Cannes en nous faisant voir le monde à travers les yeux d’un âne, et Bowling Saturne de Patricia Mazuy, qui nous immerge dans un univers de chasseurs de fauves et de tueur de femmes. Entre ces deux films, on fera un détour par New York et sa scène queer, qui servent de décor à une comédie amoureuse, Bros, réalisée par Nicholas Stoller et produite par Judd Apatow.

« Eo »

Eo est à la fois le titre du nouveau film du Polonais Jerzy Skolimovski, en salle depuis mercredi 19 octobre, le nom de l’âne qui est le personnage principal de cet objet cinématographique singulier, mais aussi l’équivalent polonais du « hi-han » de l’âne qui braie. À 84 ans, le réalisateur a obtenu pour ce film le prix du jury au dernier Festival de Cannes, avec une fiction qui nous propose de regarder les humains et leur violence à travers les yeux d’un équidé aux longues oreilles, au pelage gris et au regard triste.

On découvre Eo en animal de cirque partageant un numéro avec une équilibriste qui est la seule à le défendre et à le protéger, mais dont il est séparé avant d’entamer une sorte de road movie à hauteur d’âne qui le conduit de camion en haras, de ferme en lieu où les animaux sont enfermés et/ou abattus, même s’il arrive à plusieurs reprises à échapper aux formes d’exploitation auxquelles il semble promis.

En partant d’une thématique proche d’Au hasard Balthazar de Robert Bresson, sorti en 1966, qui racontait les travers des humains en se concentrant sur le sort d’un baudet, le film de Skolimovski, qui a arrêté le cinéma pendant plus de 15 ans après son Ferdydurke (1991), qu’il considérait comme son plus mauvais film, pour se consacrer à la peinture, choisit moins de suivre une intrigue linéaire que de proposer une expérience visuelle, sensorielle et existentielle.

Écouter la première partie de l’émission consacrée à « Eo », de Jerzy Skolimovski :

« Bros »

Bros, sorti mercredi 19 octobre, est une comédie romantique signée Nicholas Stoller et produite par Judd Apatow, à la fois humoriste, producteur et réalisateur, notamment de 40 ans, toujours puceau ou En Cloque, mode d’emploi. Elle met en scène Billy Eichner, humoriste, acteur et producteur, qui a écrit le scénario du film et joue ici un gay new-yorkais, intello obsédé par les silences collectifs ou individuels des homosexuels, qui désire ouvrir un musée LGBTQIA+ pour raconter cette histoire.

Le personnage incarné par Billy Eichner croise dans une soirée techno le regard d’Aaron, joué par Luke MacFarlane, beau pédé bodybuildé et stéroïdé, qui pourrait sembler a priori être son exact opposé, mais dont la rencontre constitue le point de départ de cette comédie qui va vite, bien qu’elle dure pas loin de deux heures. La campagne promotionnelle d’Universal présente un peu rapidement Bros comme la première comédie romantique gay produite par un grand studio, passant à la trappe Love, Simon, de Greg Berlanti, sorti en 2018 et produit par Fox 2000 Pictures. Au-delà de son caractère comique, Bros plonge les problématiques identitaires dans un bain mainstream qui peut aussi bien séduire que déranger.

Écouter la seconde partie de l’émission consacrée à « Bros », de Nicolas Stoller :

« Bowling Saturne »

Bowling Saturne, qui sera sur les écrans à partir du 26 octobre prochain, est le dernier long métrage de la réalisatrice Patricia Mazuy, auteure de nombreux films, parmi lesquels Peaux de vache, Saint-Cyr, Sport de filles ou Paul Sanchez est revenu !, variation libre sur l’affaire Xavier Dupont de Ligonnès dans laquelle il était déjà question de la violence envers les femmes.

Ici, un policier hérite du bowling de son père chasseur et le confie en gérance à son demi-frère, autrefois répudié par son père, tandis qu’il enquête sur une série de meurtres de jeunes femmes dont le spectateur sait d’emblée que le coupable est son propre frère. Le film, d’une violence à la limite du soutenable, se déroule presque entièrement de nuit et dans des espaces souterrains (parkings, ascenseur, bowling…), ne laissant, au sens propre comme au figuré, apercevoir quasiment aucune lumière. Il établit un parallèle cinématographique et métaphorique entre les prédateurs de fauves et les tueurs de femmes.

Écouter la dernière partie de l’émission consacrée à « Bowling Saturne », de Patricia Mazuy, avec notamment Arieh Worthalter et Achille Reggiani :

Pour en discuter :

  • Occitane Lacurie, membre du comité de rédaction de la revue de cinéma Débordements, doctorante en esthétique et en études visuelles ;
  • Alice Leroy, qui exerce sa plume à la fois aux Cahiers du Cinéma et à Panthère Première ;
  • Joffrey Speno, critique de cinéma et réalisateur.

« L’esprit critique » est réalisé par Samuel Hirsch et enregistré dans les studios de Gong.

Joseph Confavreux

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