Un monument de la peinture et de l’histoire de France présenté en majesté et presque en intégralité dans son musée ; un peintre passé de l’abstraction new-yorkaise à la satire de l’Amérique de Nixon sans jamais perdre son sens de l’ironie ; et enfin une exposition foisonnante explorant l’influence de la « French Theory » sur l’art aux États-Unis…
On évoque aujourd’hui dans « L’esprit critique » la grande rétrospective que le musée du Louvre consacre au peintre Jacques-Louis David ; l’exposition du musée Picasso autour du peintre Philip Guston et enfin « Echo, Delay, Reverb », sous-titré « Art américain, pensées francophones », une proposition de la curatrice Naomi Beckwith et du Palais de Tokyo.
« Jacques-Louis David »
Marat assassiné, Bonaparte franchissant les Alpes, le Sacre de Napoléon ou encore le tableau non achevé du Serment du Jeu de paume : les toiles du peintre Jacques-Louis David sont devenues des images iconiques d’une des périodes politiques les plus intenses de l’histoire de France, courant de la Révolution française à l’Empire napoléonien.
Jacques-Louis David fut un acteur politique de premier plan : député votant la mort de Louis XVI, membre du Comité de l’instruction publique, président du Club des jacobins, membre du Comité de sûreté générale, président de la Convention nationale et organisateur des grandes fêtes révolutionnaires, échappant de peu à la guillotine après la chute de Robespierre, dont il était proche.
Le musée du Louvre lui consacre une rétrospective exhaustive qui a ouvert mi-octobre et sera visible jusqu’à la fin du mois de janvier prochain. Le Louvre conserve le plus important ensemble au monde de peintures et de dessins de l’artiste et avait déjà organisé, en 1989, à l’occasion des célébrations du bicentenaire de la Révolution, une grande monographie consacrée à David en partenariat avec le château de Versailles. Le musée profite ici d’un autre bicentenaire, celui de la mort de l’artiste en 1825, alors qu’il est en exil à Bruxelles.
Mais cette rétrospective ne veut pas célébrer seulement un anniversaire et cherche à exposer l’engagement politique et artistique de Jacques-Louis David en défaisant le qualificatif de « néoclassique » d’un homme qui fut à la fois considéré comme le peintre officiel de la Révolution française, le « père de l’École française » et le « régénérateur de la peinture ».
Les commissaires de cette exposition sont Sébastien Allard et Côme Fabre, tous deux conservateurs au département des peintures du Louvre.
« Philip Guston, l’ironie de l’histoire »
Quand on se souvient qu’il y a seulement cinq ans, plusieurs grands musées, parmi lesquels la Tate Modern de Londres, avaient reporté une rétrospective consacrée à Philip Guston, peintre américain d’origine juive connu pour ses combats antiracistes, par inquiétude de la réception qui serait faite de l’aspect cartoonesque de sa représentation de certains personnages du Ku Klux Klan, on peut se réjouir de l’exposition que lui consacre le musée Picasso sous le titre « Philip Guston, l’ironie de l’histoire ». Et également du calme avec lequel celle-ci est accueillie.
D’ironie et d’histoire, il est en effet beaucoup question dans cette exposition à échelle humaine, dense, riche et intelligente, dans laquelle on découvre les métamorphoses d’un peintre proche des muralistes mexicains dans les années 1930, puis figure reconnue de l’expressionnisme abstrait de l’école de New York, qui devint un des satiristes les plus féroces et drôles de l’époque Nixon pour, in fine, revenir à la figuration.
Avec Philip Guston, le musée Picasso continue d’avoir la bonne idée d’ouvrir ses cimaises à d’autres, comme nous l’avions déjà évoqué ici à propos de l’exposition sur l’art « dégénéré » ou de la confrontation avec Faith Ringgold.
L’exposition a ouvert à la mi-octobre et sera visible jusque début mars 2026. Son commissariat est assuré par Didier Ottinger et Joanne Snrech.
« Echo, Delay, Reverb »
« Echo, Delay, Reverb », sous-titré « Art américain, pensées francophones », est le titre de l’exposition qui a ouvert au Palais de Tokyo à la fin du mois d’octobre et sera visible jusqu’à la mi-février prochaine.
Ambitieuse, hétéroclite et complexe, elle investit tous les espaces du musée, avec une œuvre murale conçue par l’artiste Caroline Kent pour accueillir les visiteurs et visiteuses, une rétrospective inédite du sculpteur africain-américain Melvin Edwards et une multitude d’œuvres mises en regard de notions forgées par des penseurs comme Roland Barthes, Gilles Deleuze, Félix Guattari, Jacques Derrida ou Michel Foucault, incarnations de la « French Theory », mais aussi des noms comme Pierre Bourdieu, Frantz Fanon ou Monique Wittig.
On passe ainsi d’une salle intitulée « Sémiotext(e) : agent·es étranger·es » à une autre nommée « La critique des institutions », puis à un espace titré « Machines désirantes », avant de s’intéresser aux « Géométries du non-humain ».
Cette exposition est le point d’orgue d’une saison en forme de « carte blanche » proposée à la commissaire américaine Naomi Beckwith, directrice adjointe du musée Guggenheim de New York et directrice artistique de la documenta 16 à Kassel. Sa proposition de travailler sur la réception de la pensée française et francophone dans l’art américain a ensuite été reçue par l’ensemble des équipes du Palais de Tokyo pour former cette exposition collective et relationnelle, dans tous les sens de ces mots.
Avec :
- Guslagie Malanda, actrice et curatrice d’exposition indépendante ;
- Magali Lesauvage, rédactrice en cheffe de l’Hebdo, numéro hebdomadaire spécial enquêtes du Quotidien de l’art ;
- Rose Vidal, autrice et critique.
« L’esprit critique » est un podcast produit par Gong, enregistré par Corentin Dubois et réalisé par Karen Beun.