Yan Lianke, le «fils impie du réalisme»

Grand admirateur de Kafka et de Garcia Marquez, l'écrivain chinois Yan Lianke accorde à son écriture une « liberté radicalement anarchiste ». Ce virtuose du chamboulement narratif, maître du rire comme antidote à toutes les formes d’oppression, nous livre un nouveau court roman et un essai.

Linda Lê (en attendant Nadeau)

1 avril 2017 à 11h27

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Lu Xun, que tous les écrivains chinois reconnaissent comme leur maître, citait volontiers Schopenhauer déclarant en substance que lire les ouvrages d’un autre, quand on est soi-même un créateur, c’est le laisser galoper dans son propre cerveau. Il n’en était pas moins un lecteur avide, et un grand introducteur de la littérature étrangère en Chine, commentant aussi bien Ibsen que Byron ou Shelley, se passionnant pour les œuvres venues d’Europe centrale, traduisant Les Âmes mortes de Gogol juste avant sa mort. Il ne voulait en aucun cas être un guide pour les autres (puisque lui-même, avouait-il, ne savait quel chemin suivre), mais sans doute désirait-il renverser quelques murs, lui qui ne manquait jamais une occasion de rappeler qu’en Chine, depuis toujours, il y a partout des murs, des murs immatériels semblables à ceux que dressent les esprits des morts. L’une des tâches qu’il s’assignait était donc de les abattre.

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