Le sommeil, nouvelle Zone à défendre

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Alors que le prix Nobel de médecine vient de récompenser des chercheurs qui ont mis en évidence l’importance de notre horloge biologique, paraît une anthologie de textes, Éloge du sommeil à l’usage de ceux qui l’ont perdu : il faut défendre notre droit à dormir !

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« Tant qu’un reste de sève brûlante coulera dans mes os, comme un torrent de métal fondu, je ne dormirai point », proclame le Comte de Lautréamont dans Les Chants de Maldoror : comment résister à l’éclat incandescent de cette inquiétante imprécation, qui fait de la veille le seul salut ? « Heureux celui qui dort paisiblement dans un lit de plumes, arrachées à la poitrine de l’eider, sans remarquer qu’il se trahit lui-même. Voilà plus de trente ans que je n’ai pas encore dormi. » Du christianisme (« Chassez le sommeil ! » intime l’Évangile de Luc) aux appels révolutionnaires (« le spectacle est le mauvais rêve de la société moderne enchaînée, qui n’exprime finalement que son désir de dormir », écrit Guy Debord), tous en appellent à notre conscience vigile, celle qui refuse de s’abandonner aux confortables compromissions du sommeil pour préférer la quête âpre de l’exigeante vérité.