Edgar Morin montre la voie

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La Voie, le nouveau livre d'Edgar Morin, sous-titré Pour l'avenir de l'humanité, fait écho à tout ce qui s'impatiente et s'invente à travers le monde, de Tunis au Caire, et jusqu'à Paris. Edgar Morin sera l'un des orateurs de la soirée organisée par Mediapart, lundi 7 février, autour de Stéphane Hessel. Compte-rendu et entretien vidéo.

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Rares sont les livres au rendez-vous de leur époque, éclairant les ténèbres alentour et indiquant un chemin d'espoir. Tel est le cas de La Voie, le dernier livre d'Edgar Morin, directeur de recherche émérite au CNRS, mais surtout penseur aussi transdisciplinaire qu'indiscipliné. Sous-titré Pour l'avenir de l'humanité, La Voie fait écho à tout ce qui s'impatiente et s'invente dans le monde, de Tunis au Caire, et jusqu'à Paris. Edgar Morin sera l'un des orateurs de la soirée organisée par Mediapart, lundi 7 février, autour de Stéphane Hessel, où l'on entendra aussi les voix de la révolution démocratique arabe.

 

Frère en incertitude d'Edouard Glissant, qui vient de nous quitter (lire ici notre hommage), Edgar Morin avait tôt pressenti les lucidités des poètes. C'est ainsi que deux vers lui servent habituellement de repères, comme des balises sur la voie qu'il a su tracer. Le premier, de Friedrich Hölderlin (1770-1843), sauve le principe espérance des inquiétudes qui le minent : « Là où croît le péril, croît aussi ce qui sauve ». Ce que Morin commente ainsi : « Là où croît la désespérance, croît aussi l'espérance. La chance suprême gît dans le risque suprême. » Le second, de Antonio Machado (1875-1939), sauve le principe d'incertitude d'une histoire jamais écrite par avance : « Toi qui chemines, il n'y a pas de chemin. Le chemin se fait en marchant ». Autrement dit, pour Morin, « l'espérance n'est pas synonyme d'illusion », pavée d'idéologies et de certitudes, c'est au contraire une invention qui se crée en s'engageant, en résistant et en avançant.

Nul livre, dans les livraisons récentes, n'est plus en écho avec l'ébranlement commencé en Tunisie et poursuivi dans tout le monde arabe, avec l'Egypte comme épicentre. Le premier des « principes d'espérance » qu'énonce Morin est, justement, celui qu'illustrent les événements récents : « Le surgissement de l'inattendu et l'apparition de l'improbable ». Du surgissement de la démocratie dans la petite Athènes qui, par deux fois, avait victorieusement résisté à la formidable puissance perse jusqu'à l'improbable retournement de la seconde guerre mondiale avec la contre-offensive soviétique, Edgar Morin rappelle ces moments où ce qui semblait impensable est néanmoins advenu – et ce fut le cas aussi bien de l'effondrement de l'URSS comme c'est sans doute le cas du « 89 » arabe qui commence.

Lire La Voie (Fayard, 19 euros), c'est donc retrouver toute cette sagesse, au sens ancien, que porte l'œuvre morinienne, depuis L'Homme et la Mort (1951) jusqu'à La Méthode (six tomes, de 1977 à 2004, rassemblés en un seul volume en 2008, au Seuil), en passant par des dizaines de travaux qui illustrent aussi bien cette « pensée complexe » que cette « sociologie du présent » qui sont sa marque intellectuelle. « Sparsa colligo » (« Je réunis le dispersé »), souligne-t-il en introduction de La Voie dont il inscrit la genèse comme l'aboutissement de son cheminement. En écho à ces premières pages et en vue la soirée du 7 février au Théâtre de la Colline, nous avons d'abord demandé à Edgar Morin son regard sur cette redécouverte par notre époque inquiète des « vieux sages », à travers des personnalités comme la sienne (89 ans), celle de Stéphane Hessel (93 ans), l'auteur célébré d'Indignez-vous! (Indigène Editions, 3 euros), ou celle de Claude Alphandéry (88 ans), dont il a préfacé le récent témoignage Une si vive résistance (Rue de l'échiquier, 9,90 euros) :

Edgar Morin et la redécouverte des vieux sages © Mediapart

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