Julia Deck, les lois de l'abstraction

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Qu'est-ce qu'une romancière ? D'abord un nom, Bérénice Beaurivage, emprunté à une héroïne de Rohmer, et une « activité séduisante ». Mais sous la plume retorse de Julia Deck, cette dérive vers d'autres vies que la sienne est une machine romanesque vertigineuse. Rencontre vidéo avec l'auteure du Triangle d'hiver.

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Lorsqu’un écrivain publie un second roman, son univers fictionnel commence à se dessiner : chez Julia Deck, de Viviane Élisabeth Fauville (2012) au Triangle d’hiver, on aperçoit des femmes face à la violence du réel, répondant à cette déception par leur démesure, l’invention d’un ailleurs ou une capacité à s’abstraire de cette vie matérielle en faillite. « C’est comme d’habitude, personne ne me remarque, je suis une chose sur leur passage », pensait Viviane Élisabeth Fauville. En écho, dans Le Triangle d’hiver, « aucun ne remarque la présence de la jeune femme qui s’est mise en retrait ou en grève, au point qu’elle semble se résorber dans le papier peint gaufré jaune-orange » : « Je pourrais je pourrais je pourrais », se dit Bérénice, le conditionnel se fait condition d’une existence en marge, transgressive : devenir autre pour enfin être soi. « La jeune femme n’a d’autre choix que de s’abstraire. »