Mehdi Charef, sans-terre à Nanterre

Par et

Rencontre poignante avec Mehdi Charef, auteur de Rue des pâquerettes (éd. Hors d’atteinte), livre de souvenirs vivaces sur son arrivée, en 1962, dans une baraque des bidonvilles de Nanterre. Entre violence symbolique et tendresse inaliénable.

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© Mediapart

Les photographies des bidonvilles de Nanterre illustrant la vidéo ci-dessus proviennent de la collection de Monique Hervo.

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Il arrive que les vidéos de Mediapart dialoguent entre elles : le 4 novembre 2018, dans la série « Présence du passé », nous mettions en ligne une émission, « Du bidonville à la jungle », centrée sur Nanterre et ses baraques. Avec notamment une jeune historienne, Muriel Cohen, auteure d’une thèse remarquable : « Des familles invisibles. Politiques publiques et trajectoires résidentielles de l’immigration algérienne (1945-1985) ».

Or voici qu’apparaît, dans notre collection « Tire ta langue », un écrivain-cinéaste issu de ces bidonvilles de Nanterre, où il a vécu à partir de 1962 : Mehdi Charef, né en 1952 à Maghnia, dans l’ouest de l’Algérie. Il est l’auteur d’un livre qui le propulsa hors du monde de l’usine, où il travaillait comme affûteur : Le Thé au harem d’Archi Ahmed (1983), devenu un film réalisé par ses soins, Le Thé au harem d’Archimède (1985). D’autres livres et d’autres films ont suivi, ainsi qu’une collaboration avec Costa-Gavras.

Aujourd’hui, à 66 ans, Mehdi Charef se livre de la façon la plus intime et la plus littéraire dans un récit bouleversant : des éclats de souvenirs, d’impressions, d’odeurs, de sentiments cuisants ou attendrissants s’échappent en de brefs chapitres, au pouvoir d’évocation hors de pair. Rue des pâquerettes est le premier ouvrage publié par une maison d’édition marseillaise – elle vient de se créer sous un nom qui laisse rêveur et mobilisé : Hors d’atteinte.

Surprise qui n’en est pas une : Mehdi Charef est aussi émouvant à l’oral qu’à l’écrit. Susciter et capter sa parole est une expérience rare, qui ne laissa pas indemne. Nous espérons que les abonnés de Mediapart vivront, à leur tour, ce moment fort et fraternel. Un homme parmi nous et parmi les siens, s’en est sorti sans rien trahir. Il n’en est littéralement pas revenu et nous n’en revenons pas de l’écouter.

Comme nous ne cessons de réfléchir à ce qu’il a écrit. Par exemple : « Ce qui retient par le dos l’enfant immigré, ce qui lui enlève toute envie, tout désir de connaissance, de possession, c’est qu’au fond de lui, il sait qu’on l’a autorisé à rejoindre son père en un exil lointain pour, plus tard, prendre le même chemin que lui. Pourtant, il est différent : le père est docile, secret, l’enfant a la rage, la haine… Il porte en lui l’idée que ce n’est ni l’admiration, ni la reconnaissance de l’effort du père qui a conduit à regrouper sa famille. Il y a de la besogne, d’immenses chantiers… On sera du bétail comme nos pères, mais avec un cartable sur le dos. »

Cette émission est également disponible en module audio (à retrouver ici).

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Mehdi Charef
Rue des pâquerettes

Éd. Hors d'atteinte
252 p., 17 €

 

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