L'impossible flânerie dans une ville fantôme d'Espagne

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C'est la ville fantôme la plus connue d'Espagne, et un symbole du pays en crise : Seseña, toute proche de Madrid, dont le chantier a été arrêté en cours de route, fin 2008. Un livre, construit comme une déambulation dans ses rues désertes, la transforme en objet théorique passionnant.

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Elles forment les cicatrices de la crise marquant le sol de l'Europe : des rangées de logements vides, construits à toute vitesse à l'époque où les banques prêtaient les yeux fermés, et qui, une fois la bulle éclatée, n'ont jamais trouvé preneur. En Irlande, la presse les appelle des « ghost estates », ces lotissements fantômes en banlieue de Dublin, à peine érigés, déjà bons à la casse.

L'Espagne est sans doute le pays le plus touché par le phénomène. Environ 15 % de son parc immobilier est aujourd'hui inhabité – de quoi loger 3,5 millions de personnes. L'énormité de la bulle immobilière s'étant conjuguée, dans les années 2000, avec des pratiques de corruption entre promoteurs immobiliers et élus locaux, ce sont carrément des pans de ville entiers qui ont été construits en dépit de toute logique – sinon celle d'offrir toujours plus de chantiers aux fleurons nationaux du BTP.