Patrick Chamoiseau: «Il n’y a plus d’ailleurs»

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Fleury-Mérogis : un jeune homme originaire des Antilles a pris dix ans pour braquage. Il lit beaucoup : cela inquiète le directeur. Nous sommes en 1979 et Patrick Chamoiseau travaille, comme éducateur, à la réinsertion de détenus dans l’Hexagone. Il se lie d’amitié avec le prisonnier, lui offre des livres et un carnet, l’encourage à écrire. Chamoiseau, qui n’a alors publié aucun ouvrage, prend ainsi la mesure de l’acte d’écriture. Chamoiseau deviendra écrivain, conteur, essayiste. Rencontre en longueur avec la revue Ballast.

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« La francophonie repolitiserait la littérature française par les thèmes qu’elle aborde et les origines culturelles et historiques qui sont les siennes, entend-on parfois. La littérature hexagonale aurait, quant à elle, le loisir de se contenter de l’art. Partagez-vous cette idée ?

L’art est politique et par définition majuscule, c’est-à-dire qu’il fait partie des hautes modalités du bien-vivre humain, individuel ou collectif. Que l’expression soit “francophone” ou “hexagonale”, si on est vraiment en littérature, on est dans l’art. Ceci étant, l’idée de francophonie dit, à mon sens, que la langue française, disséminée par les colonisations françaises, s’est en quelque sorte émancipée de sa source nationale, des idéologies et des valeurs que cette source lui avait inculquées et par lesquelles cette source exerçait toutes sortes de dominations. Elle a connu et s’est fait féconder par d’autres imaginaires, d’autres visions du monde. Dire “francophone” n’indique plus pour moi une fraternité quelconque mais seulement une circonstance de la présence au monde.

Qu’entendez-vous par là ?

Ce serait une présence au monde purement relationnelle, en contact avec tout, et démultipliée par celui-ci. Ce sont les modalités singulières de ce contact qui vont permettre de deviner des fraternités toujours mouvantes et évolutives. De par mon équation relationnelle, j’écris dans la langue de France mais je suis plus proche de n’importe quel hispanophone, anglophone, lusophone ou créolophone de la Grande Caraïbe que d’un écrivain français. Dans les flux relationnels du monde, la langue est devenue seconde en ce qui concerne les appartenances ou les fraternités. Ce qui est essentiel pour identifier les familles d’écrivains, ce n’est plus la langue, ni d’ailleurs les drapeaux, les frontières, le territoire de naissance, la couleur de peau ou je ne sais quel autre marqueur identitaire ancien. L’important, ce sont les structures d’imaginaire. Le rapport aux langues, le rapport à la globalisation du monde, le rapport à la diversité ou aux mutations de l’identité, l’équation irréductible d’une expérience au monde, etc. »

La suite à lire sur le site de la revue Ballast

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