Avec l’écrivain Yahia Belaskri, conversation au bord des larmes

Par et

L’auteur algérien, qui publie Le Livre d’Amray aux éditions Zulma, compose un chant poétique et nostalgique, et explore les douleurs du passé. L’art apparaît comme l’échappatoire à toutes les horreurs qui ont assailli la terre algérienne, jamais évoquée nommément. 

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Amray est né en Algérie pendant les dernières années de la colonisation française. Il grandit entouré de ses amis, Shlomo et Paquito, dans une famille pauvre comme il en existe alors tant. Les soubresauts de la guerre l’éclaboussent, même s’il est encore trop jeune pour prendre conscience des horreurs qui assaillent le pays.

Le héros de ce roman de Yahia Belaskri intitulé Le Livre d’Amray (éditions Zulma) sera sans cesse rattrapé par les horreurs de la vie et le deuil, métaphorique ou réel. L’auteur, lui-même né à Oran en 1952, puise dans ses souvenirs pour livrer ce récit nostalgique, aigu et puissant.

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Amray mesurera les conséquences de la guerre lorsque ses amis, parmi lesquels Octavia, son amour d’enfance, quitteront l’Algérie. Sa mère, protectrice à souhait, lui interdira de venir la voir durant la décennie noire des années 1990 pour éviter de le mettre en danger. Elle mourra alors qu’il est loin d’elle. L’auteur raconte ensuite le séisme intérieur d’Amray.

Tout au long des pages, l’auteur reste volontairement flou sur la toponymie. Le nom du pays n’est jamais évoqué, mais les héros historiques qu’il convoque livrent des indices. Tous ont tissé les nœuds de l’histoire algérienne : la Kahina, saint Augustin et l’émir Abd el-Kader, trois résistants. 

Le théâtre, la littérature, la poésie (Tchikaya U Tam’si, Jean Sénac, Hamid Skif…) permettent à Amray de faire œuvre de résilience, même si la violence le rattrape inlassablement dans son couple et sa paternité. Cette violence déchire aussi, encore et toujours, le pays et son âme dans un contexte où le poids de la religion est de plus en plus étouffant.

Retour sur cet ouvrage riche et poétique avec l’auteur, un auteur à la fois pudique, accessible et sensible, qui semble s’impliquer autant à l’oral qu’à l’écrit. D’où une conversation profondément littéraire, mais gagnée comme rarement par une émotion omniprésente, allant jusqu’aux sanglots étranglés. La parole de Yahia Belaskri s’avère aussi généreuse, intense et pleine d’émois que sa prose…

 Yahia Belaskri, Le Livre d'Amray, Zulma, 144 pages, 16,50 

Cette émission est aussi disponible en module audio (à retrouver ici). 

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