Jamaica Kincaid ou l'écriture de la fureur

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Voyons voir, le dernier livre de Jamaica Kincaid, écrivaine américano-antiguaise, paraît aux Éditions de l’Olivier, qui rééditent à cette occasion un autre de ses textes, Autobiographie de ma mère. La confrontation des deux textes, que vingt ans séparent, invite à réfléchir à l’efficacité de la colère en matière littéraire.

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Jamaica Kincaid est régulièrement présentée comme une femme en colère, et son dernier livre ne démentira pas cette réputation. Voyons voir est le récit d’une séparation entre Mrs. Sweet, qui ressemble fort à l’auteure, et son époux « le cher Mr. Sweet, [qui] la haïssait énormément » au point qu’il songe par exemple « à divers plats qu’il aurait pu servir à Mrs. Sweet, si seulement il avait su faire la cuisine : un soufflé de jeune bébé sans nom ; un nouveau-né sans nom poché ; une selle d’Héraclès [leur fils] au thym et au citron ; elle les aurait dévorés, car elle adorait manger, ainsi que tout un chacun pouvait le constater, à l’accroissement de son tour de taille, à l’épaississement de ses bras, de ses paupières, du lobe de ses oreilles, de ses chevilles semblables aux pieds des fauteuils dans les salons des gens aisés, censés représenter des animaux aimés ». Le livre dessine un portrait à charge de Mr. Sweet, supposé légitimer la juste fureur de son épouse abandonnée.