Karel Čapek, prémonitoire

Par Jean-Yves Potel (En attendant Nadeau)

Karel Čapek, un écrivain des plus populaires dans la Tchécoslovaquie de l’entre-deux-guerres, est moins lu en France que ses contemporains, Kafka bien sûr. Pourtant, tandis que plusieurs éditeurs retraduisent et publient son œuvre, une douzaine d’écrivains ont été réunis par L’Atelier du roman, revue fondée notamment par Milan Kundera, pour nous rappeler ce génie tchèque. Et ses prémonitions.

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À la fin de son maître livre, La Guerre des Salamandres (1935), Čapek se questionne lui-même. Il se demande : « Qui travaille fiévreusement jour et nuit dans le laboratoire pour trouver des machines et des produits encore plus puissants pour balayer le monde ? » Il le sait, bien sûr : « Toutes les usines. Toutes les banques. Tous les États. » Car, se dit-il, « les hommes contre les hommes, rien ne peut les arrêter ». De quelle destruction parle-t-il ? Du réchauffement climatique ? De la disparition d’écosystèmes ou de la biodiversité ? Non. D’une invasion du monde par des salamandres destructrices auxquelles l’homme a appris « comment faire l’histoire » (Cambourakis, traduit par Claudia Ancelot). De son jeune et petit pays coincé entre des empires et menacé par Hitler à la fin des années 1930, Čapek pense évidemment au nazisme, créé par l’homme contre l’homme, et surtout à ceux qui l’ont voulu, l’ont aidé, l’ont laissé faire, en courant « tête baissée à leur perte ».