Lévi-Strauss en écolo bien tempéré

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Deux minces volumes de conférences et textes mal connus ou inédits de Claude Lévi-Strauss destinés, au soir de sa vie, à un public japonais ou spécialiste de l'archipel, éclairent aussi bien le traumatisme de la catastrophe de Fukushima que les pannes redoutables de notre civilisation post-industrielle. Deux pavés d'outre-tombe jetés dans la mare de nos consciences avachies...

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Entre Paul Claudel et Jacques Chirac, il y eut tout de même quelques «grands Français» qui se passionnèrent pour le Japon. André Malraux avait visité une première fois le pays en 1931, alors qu'il écrivait La Condition humaine (dont la fin se situe à Kobe). Il y retournera en 1958, 1960 et 1974. Pour cet ultime voyage, en mai, il connaîtra l'extase face à la cascade de Nachi, murmurant dans un tremblement douloureux: «J'ai rarement été ému par la nature.» Son accompagnateur et traducteur, Tadao Takemoto, décrit ainsi la scène: «Ses traits allaient se changer en expression presque pleurante. Il tendit la main droite vers la cascade, et dit: “C'est Amaterasu...” Quelle ne fut pas ma surprise d'entendre lui échapper ici le nom de la Déesse Solaire, suprême divinité du culte shintô! [...] Qu'a-t-il vu, lui, pèlerin agnostique aux yeux bleus?»