Le rire de Kundera dans l’Europe défunte

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L'écrivain Milan Kundera publie chez Gallimard La Fête de l'insignifiance. Dans ce roman sur l'apothéose du rien, il met en scène « un peuple qui manque ». Lorsque les civilisations s’effondrent et que les centres du pouvoir ne tiennent plus, il est un moment où cette décomposition cesse d’être visible à l’œil nu. C'est alors que le roman, et lui seul, peut nous éclairer.

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Il y a plus de vingt ans, en octobre 1993, Le Nouvel Observateur avait proposé à un échantillon de plus de mille sympathisants de gauche un choix de 210 mots pour établir une sorte de palmarès des idées favorites des « gens de gauche ». Quelques années auparavant, on avait fait le même sondage : parmi les 210 mots présélectionnés, les sondés en avaient choisi dix-huit. En 1993, il n’en restait plus que trois. L’héritage symbolique de la gauche avait fondu au soleil ou les héritiers l’avaient dilapidé au pouvoir… Son dictionnaire amoureux n’avait plus que trois entrées : « révolte, rouge, nudité ».