Pourquoi le PS n'arrive pas à penser le libéralisme

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Libéral ! Toi-même ! La pauvreté du récent échange Bertrand Delanoë et Ségolène Royal sur la question du libéralisme souligne l'un des impensés majeurs de cet étrange parti social-démocrate qu'est le PS. Cela ne devrait pas masquer les passionnantes réflexions nées à gauche, mais hors partis, ces dernières années lors des débats autour du Pacs, des sans-papiers, de la mondialisation et, surtout, du Traité constitutionnel européen. Lire aussi "Des ténors du PS excédés par le duel Royal-Delanoë" et "Derrière le libéralisme de Bertrand Delanoë, son jospinisme". Lire également dans le Club le texte de Philippe Corcuff "Les traditions libérales et les gauches".
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Affligeant, le récent échange entre Bertrand Delanoë et Ségolène Royal sur le libéralisme n'en est pas moins symptomatique des non-dits théoriques qui paralysent le Parti socialiste depuis trente ans. Parmi tous les impensés, la relation au libéralisme occupe une place de choix, un formidable angle mort, soudainement révélé dans le rétroviseur de cet étrange parti social-démocrate au moment du débat sur le Traité constitutionnel européen.

 

Car la question n'est plus de savoir si le PS est ou non social-démocrate (l'ensemble des politiques qu'il a menées au pouvoir offre une réponse dénuée de toute ambiguïté) mais pourquoi ne l'a-t-il pas reconnu et surtout théorisé plus tôt. D'où la réelle gêne, en 2005, face à l'expression, canonique partout ailleurs, d'« économie sociale de marché » qui figurait au centre de ce traité défendu par l'ensemble des sociaux-démocrates européens.

 

L'expression passionnait déjà Michel Foucault au milieu des années soixante-dix lorsque, dans ses cours du Collège de France, il explorait l'histoire de l'ordo-libéralisme et de la social-démocratie allemande tout en évoquant, en incise, les batailles théoriques des congrès de Metz et de Nantes qui opposaient François Mitterrand à Michel Rocard. Au moment de la victoire du premier sur le second, suivie de son accession à la présidence de la République, une lourde chape de plomb est venue recouvrir ces débats sans que personne, depuis, ne soit parvenu à la dynamiter.

 

Au point que, trente ans plus tard, si le PS avait d'autres ambitions intellectuelles que la rédaction d'une creuse déclaration de principes (à laquelle on imagine mal un Michel Foucault s'intéresser), il pourrait presque reprendre la discussion là où il l'avait laissée.


Ce serait pourtant oublier que pendant que ce parti, trop occupé à gouverner sans doute, s'arrêtait ou presque de penser, d'autres, à gauche, s'emparaient avec curiosité de la question du libéralisme.

 

S'inscrivant précisément dans le sillage d'un Foucault, ils prenaient soin, comme lui, d'éviter d'être classés à l'extrême gauche et s'affichaient davantage, à l'anglo-saxonne, comme des radicals et des... liberals. Face aux silences des socialistes et à l'antilibéralisme revendiqué de l'extrême gauche et des communistes, ces intellectuels qui pourraient aussi se reconnaître dans l'expression gauche de gauche (et non gauche de la gauche, nuance chère à Pierre Bourdieu) n'entendaient pas abandonner le libéralisme à une droite néo-libérale en pleine tentative de reconquête de l'hégémonie culturelle.

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