Jeremy Rifkin: «Dans les tuyaux, une nouvelle révolution industrielle»

Fukushima, révolutions arabes, Wikileaks, crise de l'Europe, etc. L'intellectuel américain, dont le dernier et très optimiste best-seller, Une nouvelle conscience pour un monde en crise, vante les mérites de l'«empathie», esquisse pour Mediapart les contours d'un monde en train de basculer.

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Le dernier pavé (656 pages) de Jeremy Rifkin est sans doute son essai le plus ambitieux et risqué: dans Une nouvelle conscience pour un monde en crise (édition Les Liens qui libèrent), l'Américain né en 1945, ex-conseiller de Bill Clinton, propose une relecture de l'histoire de l'humanité tout entière, en y intégrant l'évolution des sentiments et des émotions. L'homme ne serait ni bon, ni mauvais par essence, mais «empathique». L'«élan empathique», cette capacité à comprendre les émotions d'autrui, serait ainsi la «force motrice» de notre Histoire. «Quand nous disons civiliser, nous voulons dire “empathiser”», écrit Rifkin, à la tête de la Fondation pour les tendances économiques.
Mais l'empathie est menacée. L'auteur du best-seller La Fin du travail (1997, La Découverte) reprend ici un concept issu des sciences physiques, l'entropie, qui désigne, à l'origine, les pertes d'énergie utile, pour englober ces dynamiques destructives, qui nous confrontent au risque d'extinction de l'espèce humaine. En vrac, l'invention du nucléaire, la crise écologique et les menaces sur la biosphère, etc. Rifkin se montre intarissable, en particulier, sur l'«abîme entropique planétaire», qu'illustrerait à merveille l'échec des négociations sur le climat, à Copenhague en 2009.
En résumé, notre «puissance empathique» ne cesse de croître, comme le montre l'essor des réseaux sociaux sur internet. Mais le «risque entropique» aussi. Notre avenir dépend donc, estime Rifkin, de la bataille incertaine entre altruisme et catastrophisme. C'est à décrire cette confrontation, ancienne, mais qui entrerait dans sa dernière ligne droite, que cet essai monstre est consacré. Une nouvelle conscience... est un livre total, érudit, foisonnant, mais aussi fumeux par endroits, et pas toujours très rigoureux. Qu'importe – il stimule et formule des dizaines d'hypothèses pour tenter de comprendre les multiples strates de la crise que nous traversons, économique et énergétique, démocratique et climatique.
En fin d'ouvrage, le penseur américain plaide pour l'émergence d'un «capitalisme distribué», où la «sensibilité empathique» peut se déployer pleinement, où «la coopération l'emporte sur la compétition, où les droits d'accès ont autant d'importance que les droits de propriété et la qualité de la vie autant de poids que le désir d'enrichissement personnel». Surprise: en ces temps de convulsions européennes, Jeremy Rifkin continue de faire du Vieux Continent un modèle, d'où pourraient surgir les révolutions à venir... Entretien.
Que répondez-vous aux lecteurs qui jugent votre thèse beaucoup trop optimiste?
Je propose une nouvelle lecture de l'Histoire. Nous verrons si elle passera l'épreuve du temps. Si certains jugent ma thèse trop optimiste, c'est parce que notre compréhension de l'Histoire de l'humanité vient des historiens. A l'exception des tenants de l'histoire sociale, leur lecture de l'Histoire n'est qu'une succession de guerres, de conquêtes, d'abus sociaux. Ces événements laissent des traces indélébiles. Le problème, c'est qu'en chroniquant l'Histoire comme un récit extraordinaire d'événements inhabituels, notre vision de l'Histoire s'assombrit.

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