Théâtre Entretien

« L’esprit critique » : autour des spectacles « Les Frères Karamazov », « Huit heures ne font pas un jour » et « The Jewish Hour »

Au moment où le mouvement #MeTooThéâtre ébranle le monde du spectacle vivant, l’émission culturelle de Mediapart est consacrée aux mises en scène de Sylvain Creuzevault (« Les Frères Karamazov »), Julie Deliquet (« Huit heures ne font pas un jour ») et Yuval Rozman (« The Jewish Hour »).

Cet article est en accès libre.

Pour soutenir Mediapart je m’abonne

Joseph Confavreux

31 octobre 2021 à 13h00

PDF

«J’ai été violée par un comédien de la Comédie-Française pendant le premier confinement, pendant que je faisais un malaise. » C’est ainsi que débutait le témoignage sur les réseaux sociaux de Marie-Coquille Chambel, qui tient une chaîne YouTube sur le théâtre et se trouve à l’origine du mouvement #MeTooThéâtre qui ébranle aujourd’hui le monde du spectacle, quatre ans après être parti de l’univers du cinéma et des révélations sur Harvey Weinstein.

Cette « vlogueuse » avait déjà publié, il y a deux ans, les photos de son visage tuméfié sur les réseaux, en accusant un sociétaire de la Comédie-Française. Juste avant l’été, ce dernier a été condamné par le tribunal de Paris à six mois de prison avec sursis pour menaces de mort, assortis de deux ans de probation et d’une interdiction d’entrer en contact avec elle.

Mais la nouvelle vague de témoignages exprimés dans la foulée de la prise de parole publique de Marie-Coquille Chambel se heurte à des réactions particulièrement vindicatives, en provenance notamment du directeur du théâtre de la Colline, Wajdi Mouawad, qui défend fermement le fait d’avoir programmé Jean-Pierre Baro, metteur en scène dont la plainte pour viol déposée à son encontre a été classée sans suite, et le musicien Bertrand Cantat, qui a purgé sa peine après avoir tué sa compagne Marie Trintignant.

On commence donc par tenter, sans prétendre à l’exhaustivité, de saisir les spécificités de ce moment #MeToo dans le théâtre, avant d’ouvrir une table ronde critique consacrée à trois spectacles, Les Frères Karamazov, mis en scène par Julien Creuzevault, Huit heures ne font pas un jour, de Julie Deliquet, et The Jewish Hour, signé Yuval Rozman.

 Les Frères Karamazov

Les Frères Karamazov, roman fleuve de Dostoïevski publié en 1880, est mis en scène par Sylvain Creuzevault à l’Odéon-Théâtre de l’Europe dans le cadre du Festival d’Automne. On y retrouve les principaux personnages du roman et l’intrigue, mais le metteur scène tranche dans le texte traduit en français par André Markowicz, choisit certains passages, accélère et parfois ajoute, pour proposer un spectacle à la fois profus et maîtrisé, comique et tragique, qui prend pied dans une Russie qui pourrait être aussi bien celle du tsar Alexandre II que celle de Vladimir Poutine.

La pièce, créée en juillet 2021 au Centre dramatique du Limousin, est visible à l’Odéon-Théâtre de l’Europe jusqu’au 13 novembre, avant de tourner dans plusieurs villes de France, notamment Strasbourg, Brive, Montpellier, La Rochelle ou Annecy.

Écouter la première partie de l'émission, autour du spectacle Les Frères Karamazov 

Huit heures ne font pas un jour

Julie Deliquet, nommée l’année dernière à la tête du Théâtre Gérard-Philipe (TGP) de Saint-Denis, a ouvert la saison de ce TGP avec la création Huit heures ne font pas un jour, adaptation d’une proposition faite pour la télévision allemande par Rainer Werner Fassbinder, qui cherchait ainsi à toucher un public qui ne venait pas voir ses films ni ses pièces de théâtre.

Après avoir notamment monté sur les planches Fanny et Alexandre d’Ingmar Bergman, puis Un conte de Noël d’Arnaud Desplechin, Julie Deliquet creuse ainsi un sillon consistant à s’emparer d’objets audiovisuels pour en faire une matière théâtrale.

Les représentations de Huit heures ne font pas un jour au Théâtre Gérard-Philipe sont terminées mais la pièce tournera durant toute l’année 2022 au Théâtre des Célestins à Lyon, à la Maison de la culture de Grenoble, à La Coursive, scène nationale de La Rochelle, au Théâtre de la cité à Toulouse, mais aussi à Marseille, Limoges ou Reims.

Écouter la deuxième partie de l’émission, autour du spectacle Huit heures ne font pas un jour :

The Jewish Hour

 The Jewish Hour est le titre de la nouvelle pièce de Yuval Rozman, présentée au 104 et qui a reçu le dernier prix Impatiences 2020 récompensant la jeune création. C’est aussi le deuxième volet de la trilogie que le metteur en scène israélien installé en France consacre à son pays d’origine et dont le premier, Tunnel Boring Machine, évoquait l’histoire d’amour entre un soldat israélien et un Palestinien dans un de ces tunnels de Cisjordanie qui servent au passage d’armes et de denrées.

« The Jewish Hour », dans la pièce, c’est le nom de l’émission de radio animée par deux jeunes français à Netanya, une petite ville d’Israël connue pour accueillir un grand nombre de Juifs français ayant fait leur alya, c’est-à-dire leur « montée » pour s’installer en Israël. Une émission en forme d’Israeli Pride, qui convoque dans le studio différents invités incarnés par le même acteur jouant successivement un rabbin, un sportif et Bernard-Henri Lévy.

The Jewish Hour était visible il y a quelques semaines au Montfort, il y a quelques jours au 104, et sera joué de nouveau à la fin novembre à Toulouse, en clôture du festival Supernova, à Bordeaux en février, puis dans plusieurs villes de France.

Écouter la troisième partie de l’émission, autour du spectacle The Jewish Hour.

Pour discuter de ces trois spectacles, trois critiques :

Caroline Châtelet, qui travaille notamment pour la revue Regards.

Jean-Pierre Thibaudat, dont le blog Balagan, consacré au spectacle vivant, est hébergé sur Mediapart.

Ysé Sorel, dont vous pouvez lire les textes sur le quotidien d’idées en ligne AOC.

« L’esprit critique » est réalisé par Samuel Hirsch et enregistré dans les studios de Gong.  


6 commentaires

Derniers podcasts

L’esprit critique
« L’esprit critique » autour des spectacles « Mère », « The Notebook » et « Istiqlal »
L’émission culturelle hebdomadaire de Mediapart est consacrée aujourd’hui aux mises en scène de Wajdi Mouawad (« Mère »), du collectif Forced Entertainment (« The Notebook ») et de Tamara al-Saadi (« Istiqlal »).
par Joseph Confavreux
L’esprit critique
« L’esprit critique » : autour des romans de Christine Angot, J. M. Coetzee et Mika Biermann
Notre émission culturelle hebdomadaire débat des ouvrages « Le Voyage dans l’Est » de Christine Angot, « La Mort de Jésus » de J. M. Coetzee et « Téké » de Mika Biermann.
par Joseph Confavreux
Articles audio
Dupond-Moretti, Nouvelle-Calédonie, politique d’intégration... Nos articles audio de la semaine
Chaque week-end, retrouvez notre sélection d’articles lus par les comédiens Arnaud Romain et Christine Pâris tout au long de la semaine.
par La rédaction de Mediapart
L’esprit critique
« L’esprit critique » : autour des films « Cry Macho », « Tre Piani » et « Les Olympiades »
Notre émission culturelle hebdomadaire est cette emaine consacrée au cinéma et débat du dernier opus de Clint Eastwood, de la plongée urbaine de Jacques Audiard et du drame entre voisins de Nanni Moretti.
par Joseph Confavreux

Nos derniers articles lus

Extrême droite
La candidature de Zemmour prend une mauvaise tournure
L’ancien éditorialiste de CNews et du Figaro a officialisé, mardi, sa candidature à l’élection présidentielle dans un clip reprenant toutes ses obsessions identitaires. Sur le terrain, sa campagne est devenue particulièrement compliquée.
par Lucie Delaporte
Armement
À travers le monde, des armes « made in France » répriment et tuent
À la veille de la tournée dans le Golfe du président français Emmanuel Macron, du 3 au 4 décembre, les preuves s’accumulent sans émouvoir au sommet de l’État. Des armes « made in France » participent à la répression politique dans plusieurs pays, au meurtre de civils dans les pires conflits de la planète, au mépris des valeurs et des engagements internationaux de Paris.
par Rachida El Azzouzi
Gauche(s) — Analyse
Affaire Hulot : Yannick Jadot met « en retrait » un pilier de sa campagne
Proche de Nicolas Hulot, Matthieu Orphelin a été mis « en retrait » de la campagne de Yannick Jadot, en raison d’interrogations sur la connaissance qu’il aurait pu avoir des agissements de l’ancien ministre, accusé de violences sexuelles et sexistes. Une « décision courageuse » de la part du candidat écologiste à la présidentielle, salue Sandrine Rousseau.
par Mathieu Dejean
International
Chili, Barnier, discriminations à l’embauche... Nos articles audio de la semaine
Chaque week-end, retrouvez notre sélection d’articles lus par les comédiens Arnaud Romain et Christine Pâris tout au long de la semaine. Écoutez Mediapart, écoutez l’indépendance.
par La rédaction de Mediapart

Soutenez un journal 100% indépendant Et informez-vous en toute confiance grâce à une rédaction libre de toutes pressions Mediapart est un quotidien d’information indépendant lancé en 2008, lu par plus de 200 000 abonnés. Il s’est imposé par ses scoops, investigations, reportages et analyses de l’actualité qui ont un impact, aident à penser et à agir.
Pour garantir la liberté de notre rédaction, sans compromis ni renoncement, nous avons fait le choix d’une indépendance radicale. Mediapart ne reçoit aucune aide ni de puissance publique, ni de mécène privé, et ne vit que du soutien de ses lecteurs.
Pour nous soutenir, abonnez-vous à partir de 1€.

Je m’abonne