EDF prêt à fondre sur le groupe nucléaire British Energy

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Le gouvernement britannique a mis en vente sa participation dans l'électricien nucléaire British Energy. EDF étudie une offre de rachat et aurait obtenu le feu vert de ses administrateurs. Mais les Allemands E.On et RWE sont aussi sur les rangs. Une bataille franco-allemande sur le nucléaire se profile.

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Mais qu'a donc Pierre Gadonneix ? Réputé jusqu'alors pour sa prudence voire son effacement, le président d'EDF semble brusquement avoir toutes les audaces. Il est candidat pour la reprise des activités gazières belges (Distrigaz) que Suez doit vendre dans le cadre de sa fusion avec GDF. Sans précaution, il est aussi parti à l'attaque de l'électricien espagnol Iberdrola. L'affaire est si mal partie qu'elle risque cependant de ne jamais aboutir. Dans le même temps, EDF travaille d'arrache-pied sur un éventuel rachat du groupe d'électricité British Energy. Sur ce dossier, EDF a le complet soutien du gouvernement et même peut-être un peu plus. Lors de son voyage à Londres, Nicolas Sarkozy, qui ne manque jamais de mettre en avant les qualités du nucléaire français, aurait évoqué le sujet avec le Premier ministre britannique. Dans la foulée, le groupe public a accéléré le pas et, selon nos informations, aurait obtenu en début de semaine le feu vert de ses administrateurs. Interrogé, EDF s'est refusé à tout commentaire.
British Energy, c'est une cible idéale pour EDF. Sixième producteur en Grande-Bretagne, il est surtout le premier électricien nucléaire de l'île. Celui-ci souhaite renouveler son parc vieillissant, qui rencontre de très importants problèmes d'entretien et de sécurité, et cherche des partenaires pour l'aider à passer à une nouvelle génération. Le gouvernement britannique qui souhaite favoriser la relance du nucléaire en Grande-Bretagne, et a proposé tout un plan en ce sens cet hiver, a fait savoir qu'il était prêt dans ce cadre à céder les 35,2% qu'il détient dans British Energy. À la mi-mars, pour couper court aux spéculations multiples qui enflammaient son cours de Bourse, le conseil du groupe avait confirmé être « en discussions avec les parties intéressées dans le contexte de son avenir et de ses projets de jouer un rôle central dans tout nouveau programme nucléaire». «Ces discussions, avait-il précisé, peuvent amener à une combinaison d'activité ou à une offre pour le groupe, bien qu'il n'y ait pas de certitude qu'une offre sera faite.»
Pour faire monter les enchères, le gouvernement britannique a contacté, comme l'a raconté le Financial Times, les principaux groupes européens susceptibles d'être intéressés pour racheter British Energy. Les Allemands E.ON et RWE, le Britannique Centrica et bien sûr EDF sont sur les rangs. Une vraie bataille s'annonce entre Français et Allemands sur le dossier, chacun entend y affirmer son territoire dans l'énergie nucléaire.

Jeux financiers

Les électriciens allemands se montrent particulièrement pugnaces. Depuis des années, ils militent pour que l'Etat allemand revienne sur sa décision de renoncer au nucléaire et de fermer toutes les centrales d'ici à la fin de la décennie prochaine. En attendant, ils cherchent à garder leur expertise en ce domaine, tout en diversifiant leurs sources de production. L'offre de la Grande-Bretagne, prête à ouvrir largement ses portes à des producteurs étrangers pour financer un nouveau parc, tombe donc à pic. RWE comme E.On pensent pouvoir y faire la démonstration qu'ils peuvent être les nouveaux champions dans cette énergie qu'ils estiment d'avenir. Et ils sont décidés à y mettre un certain prix. Selon le quotidien allemand Die Welt, le conseil de RWE aurait autorisé le groupe à aller jusqu'à 2,5 milliards d'euros pour racheter les 35,2% détenus par le gouvernement. La capitalisation boursière du groupe correspond aujourd'hui à l'équivalent de 8,6 milliards d'euros.

EDF ne peut offrir moins. Il pourrait même être tenté de proposer beaucoup plus. Il a des arguments stratégiques, et d'autres laissant à penser qu'il en fait une question d'orgueil. D'une part, le groupe estime qu'il est la référence en matière d'électricité nucléaire dans le monde. Aucun autre électricien n'a cette expérience de gestion d'un parc de plus de 53 centrales, ne manque-t-il pas de souligner auprès de ses interlocuteurs. Et il n'a aucune envie de se voir contester ce savoir-faire. Déjà implanté en Grande-Bretagne depuis le rachat de London Electricity, il est, en plus, en terrain connu et pourrait rapidement mettre en œuvre des rapprochements entre les deux groupes.

Enfin le groupe cherche à réaffirmer sa puissance. Depuis l'annonce de la fusion entre Gaz de France et Suez, EDF est déstabilisé. Il n'imagine son avenir que par des jeux financiers, en allant acheter des parts de marché à l'étranger. Si, en plus, il le fait en allant porter la bannière du nucléaire, il est assuré d'avoir l'assentiment de tous les pouvoirs publics.