EPR Flamanville: de nouvelles et graves anomalies au cœur du réacteur

Par Pascale Pascariello

Un rapport confidentiel de l’IRSN révèle de graves dysfonctionnements de pièces importantes de l’EPR de Flamanville (Manche). Ce document, que Mediapart publie intégralement, pointe « de multiples modes de défaillances aux conséquences graves » sur les soupapes de sûreté. Ces nouvelles anomalies viennent s’ajouter aux défauts de fabrication de la cuve du réacteur.

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Le devenir du chantier de l'EPR de Flamanville tourne au cauchemar pour Areva. Quelques semaines après la révélation de problèmes sérieux sur le fond de cuve du futur réacteur nucléaire, un rapport confidentiel de l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN) révèle de nouveaux et graves dysfonctionnements de pièces très sensibles de l’EPR. Ce document, que Mediapart a pu se procurer, avertit sur « de multiples modes de défaillances aux conséquences graves » sur les soupapes de sûreté, équipements servant à dépressuriser le réacteur.

Alors que le sort d’Areva a été débattu, mercredi 3 juin, à l’Élysée en présence du président François Hollande, ce nouveau rapport sur les anomalies de l’EPR plombe un peu plus l’entreprise. D'autant que ces nouvelles anomalies viennent s’ajouter aux défauts de fabrication de la cuve du réacteur, dont tous les problèmes n’ont pas été rendus publics par l’Autorité de sûreté nucléaire, comme le montre une seconde note interne de l’IRSN que Mediapart a consultée (elle est à lire ici).

Chantier du bâtiment réacteur de l'EPR à Flamanville (©EDF). Chantier du bâtiment réacteur de l'EPR à Flamanville (©EDF).

Dans un premier rapport de près de 80 pages (il est à lire ici), datant de février 2015 et non rendu public, l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire relève des anomalies dans les équipements de contrôle de la pression du réacteur : les soupapes de sûreté. En cas de surpression du circuit primaire, dans la zone du réacteur, l’un des composants, le pressuriseur, est équipé de soupapes qui doivent s’ouvrir pour laisser partir la vapeur et faire ainsi baisser la pression.

Chauffée par le cœur nucléaire, l'eau est maintenue à haute pression dans le circuit primaire. Pour éviter une surpression qui pourrait abîmer les équipements et provoquer des fuites ou une explosion, les soupapes permettent de réguler cette pression et d'évacuer de la vapeur vers un autre circuit. Dans une centrale nucléaire, ces pièces sont déterminantes en cas d’accident. Leur dysfonctionnement a d’ailleurs été l’une des principales causes de l’accident nucléaire de Three Mile Island en mars 1979, le plus grave aux États-Unis, qui a conduit à l’arrêt du programme nucléaire américain.

Tout avait commencé à Three Mile Island par une surchauffe du réacteur, l’augmentation de la pression puis l’ouverture des soupapes. Alors qu’elles devaient toutes se refermer une fois la situation redevenue normale, une des soupapes était restée ouverte. Le circuit s’est ainsi vidangé de toute son eau et, comme à Fukushima, le cœur du réacteur a fini par fondre, provoquant des rejets radioactifs dans l’environnement. Le bon fonctionnement de ces soupapes est donc bien crucial.

  • « Risques de fuites, risque d’ouverture intempestive, risque d’ouverture prématurée, modes de défaillances multiples »

À l’EPR de Flamanville, les premiers essais montrent une série de défaillances jugées graves par l’IRSN. Les pilotes censés déclencher ces soupapes ne fonctionnent pas. Pire, ils fuient fréquemment, provoquant un comportement aléatoire et incontrôlable des soupapes. L’IRSN parle même « d’ouverture intempestive » des soupapes. Le modèle de soupape dit « Sempell », retenu pour l’EPR, pose des problèmes techniques et réglementaires. Certains essais n’ont pu se poursuivre, étant donné que les soupapes se coinçaient dès la deuxième tentative.

La liste des dysfonctionnements établie par l'IRSN est longue : « Risques de fuites de fluide primaire », c’est-à-dire de l’eau qui doit refroidir le réacteur, « échec à l’ouverture observé », « échec à la fermeture observé ». Au regard de la gravité des faits, l’institut tient à surligner qu’« aucune fuite n’est acceptable » et que cette multitude de défaillances peut avoir des « conséquences graves ».

Les choix d’Areva en termes de sûreté soulèvent de nombreuses questions de la part de l’IRSN qui note que, non seulement le fabricant ne s’est pas donné les moyens de détecter l’ensemble des anomalies, mais il a opté pour des modèles de soupape dont la conception est moins fiable que celle des modèles utilisés jusqu’à présent sur le parc nucléaire français. Pour les nouvelles soupapes, les constats faits par l’IRSN se passent de commentaires : « Areva responsable de la conception. Pas d’expérience d’Areva dans la conception de soupape. Pas d’implication de Sempell (le fabricant) lors des essais de qualification. »

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L’Institut de Radioportection et de sûreté nucléaire, (IRSN)  a tenu à revenir dans une  « note d’information » sur l’article de Mediapart publié le 8 juin sur les nouvelles anomalies constatées sur l’EPR. Sur le fond, l’IRSN confirme les faits relatés : des défaillances ont été constatées notamment lors des essais de pilotage des soupapes . Mais c’est sur la forme que l’IRSN a tenu à réagir : il ne s’agit pas d’un rapport confidentiel mais d’un document de travail (de « transparents ») dans le cadre de l’instruction de l’IRSN qui devrait se conclure durant l’été. Contacté par Mediapart, Thierry Charles, directeur général adjoint de l’IRSN, précise que  « ce n’est pas confidentiel car ce n’est pas caché mais ce n’est pas rendu public non plus. C’est une question de dénomination  des documents et  du stade de l’instruction qui est encore en  cours ».  Sur le fond de l’article, «  rien à dire puisqu’il s’agit de l’intégralité de nos observations à ce stade ».  Enfin , Thierry Charles conclut que « les examens et études qui doivent encore être faits pour  la cuve risquent de prendre encore un an ». Pour les soupapes, « c’est également  une affaire de longue durée ». Jean-Bernard Levy, PDG d’EDF, a fait part de son souhait d’ouvrir l’EPR fin 2017, le directeur de l’IRSN a tenu à rajouter « au mieux »…