La Grèce au temps de Syriza

Grèce: encore cinq jours de suspense, au moins

Athènes va formuler d'ici jeudi une demande pour un nouveau programme d'aide aux contours encore très flous. Un conseil européen à 28 se réunira dimanche pour y répondre. Où l'avenir de la Grèce sera tranché : dans ou hors de la zone euro.

Ludovic Lamant

8 juillet 2015 à 07h53

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De notre envoyé spécial à Bruxelles. - Deux jours après le triomphe du « non » au référendum grec, le sommet des chefs d'État et de gouvernement de la zone euro convoqué mardi à Bruxelles n'a débouché sur aucune décision majeure (lire le communiqué). Les plus optimistes, à l'issue du sommet, assuraient qu'un nouvel élan politique avait été enclenché, et qu'un compromis d'ici la fin de semaine restait à portée de main. Les plus inquiets, à l'inverse, notaient qu'une sortie de la Grèce de la zone euro n'était plus un sujet tabou pour aucun des dirigeants présents.

La réunion a tout de même permis de préciser un calendrier. « La dure réalité est qu'il ne nous reste plus que cinq jours pour parvenir à un accord définitif », a estimé le Polonais Donald Tusk, le président du conseil européen. Athènes va introduire d'ici jeudi soir une demande formelle pour un nouveau plan d'aide auprès du Mécanisme européen de stabilité, le MES (ce qui constituerait le troisième « bail-out » depuis 2010, ces programmes d'aide en échange de réformes). Pour rappel, le deuxième programme a expiré fin juin, faute d'accord avec les créanciers. Ce programme porterait sur au moins deux années. Si l'on en croit François Hollande, il pourrait être précédé d'un plan-relais de quelques mois, pour aider la Grèce à faire face à ses remboursements de court terme.
Athènes aura ensuite jusqu'à « vendredi 8 h 30 », a précisé Jean-Claude Juncker, le président de la commission, pour faire parvenir le détail des « conditionnalités », c'est-à-dire les engagements de réformes que Tsipras s'engage à accomplir sur la période. Les « institutions » les étudieront, et un Eurogroupe (réunion des ministres des finances de la zone euro) se prononcera samedi à Bruxelles. Aucun montant pour ce futur plan d'aide n'a été avancé.
Enfin, un conseil européen est annoncé dimanche. Il pourrait être précédé d'un sommet des dirigeants de la zone euro, à 19, mais ce n'est pas acquis. C'est la première fois, depuis le début de la crise grecque, qu'une réunion à 28 est convoquée spécialement pour discuter de la Grèce, ce qui faisait dire à certains, mardi soir, qu'il serait surtout question de « Grexit » dimanche… Mais sur le papier, l'enjeu de la réunion de dimanche reste ouvert : préparer un Grexit accompagné d'un « plan d'aide humanitaire », selon l'expression en vogue à Bruxelles, ou à l'inverse, acter le principe d'un nouveau programme d'aide, qu'il resterait ensuite à négocier dans le détail.
« Les discussions se sont déroulées dans une atmosphère positive. Le processus sera rapide. Il débutera dans les heures qui viennent avec l'objectif de conclure au plus tard à la fin de la semaine », a affirmé Alexis Tsipras à la sortie de la réunion. Quant à la BCE, François Hollande en est convaincu, l'institution – qui est indépendante – « assurera jusqu'à dimanche la liquidité minimale pour la Grèce ».

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Autre point important de la journée : le nouveau ministre des finances grec, Euclide Tsakalotos, a réussi son entrée bruxelloise, et semble avoir fait bonne impression, lors de l'Eurogroupe mardi après-midi. Les Grecs avaient d'abord, une fois de plus, déstabilisé leurs interlocuteurs, arrivant au sommet les mains vides, alors que les créanciers leur avaient demandé des propositions « précises et crédibles », selon les mots du couple Merkel-Hollande la veille à Paris, pour avancer. Mais l'ambiance semble s'être décrispée progressivement.
Mais la difficulté reste l'Allemagne (et d'autres États membres qui emboîtent son pas). Berlin semble toujours aussi réticent à l'idée de restructurer d'une manière ou d'une autre la dette grecque. C'est pourtant une demande pressante d'Athènes, qui plaide depuis des mois pour une solution « viable ». Hollande a répété, lui, qu'un « reprofilage » de la dette était nécessaire à ses yeux. Sur ce front, les positions ont peu évolué depuis cinq mois.

Et pour ne rien arranger, il est possible que les conditions fixées par les créanciers pour un plan d'aide sur deux ans, soient en fait bien plus dures que celles négociées par Athènes ces dernières semaines, pour obtenir ce qui n'était qu'une dernière ligne de prêt – sept milliards d'euros – du deuxième programme d'aide. En clair, il n'est pas du tout exclu que de nouvelles concessions soient demandées à Tsipras, qui l'obligent à aller plus loin que ce que les Grecs ont rejeté dimanche...
D'après un témoin des discussions à l'Eurogroupe, ravi de l'attitude des Grecs mardi, ce scénario n'est pas le plus probable, mais il n'est pas à exclure : « Les Grecs disent : nous sommes forts du soutien manifesté lors du vote de dimanche, nous sommes aussi forts de la déclaration des cinq partis hier à Athènes, donc on ne représente pas seulement 60 %, mais bien au-delà, et nous venons discuter, modestement. Ils n'ont pas eu une attitude revancharde. Leur message, c'est : je suis plus fort qu'avant, je suis capable de passer des compromis. » Quitte, donc, à avaler davantage de couleuvres qu'en amont du référendum ?
« S'il n'y avait pas d'accord, les conséquences seraient graves, il y aurait la recherche d'une autre option, ce n'est pas là-dessus que la France travaille », a déclaré François Hollande. « Je suis opposé au Grexit, mais je ne peux pas l'empêcher, tant que le gouvernement grec ne fait pas ce qu'il a à faire. Nous avons un scénario détaillé de Grexit, en ce qui concerne le volet aide humanitaire », a fait savoir, de son côté, Juncker, qui semble très remonté à l'encontre d'Athènes depuis la victoire du non. « Nous pouvons parvenir à un accord dimanche. Je ne suis pas pessimiste », a affirmé, de son côté, l'Italien Matteo Renzi.

Ludovic Lamant


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