A la gare du Nord, le «noyau dur» des grévistes muscle la mobilisation

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En assemblée générale, les militants syndicaux de la gare du Nord ont sauté le pas de la grève reconductible. Pour se faire entendre face à Emmanuel Macron, sûr de son fait. Mais aussi pour tenter d'agréger les foyers de contestation, alors qu'ils s'interrogent sur la solidité de l'union syndicale.

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« La grève est reconduite jusqu’à lundi ! » Monique Dabat, déléguée syndicale Sud Rail de la gare du Nord à Paris, infatigable organisatrice des grèves dans la gare parisienne (et récente invitée d’un Mediapart Live), a le sourire aux lèvres lorsqu’elle donne le résultat du vote en assemblée générale, ce vendredi 13 avril à la mi-journée. Pour la première fois depuis le 3 avril et le lancement de la grève « en pointillé » à la SNCF, des cheminots de Sud, de la CGT et de FO, venus de plusieurs secteurs de l’entreprise, vont poursuivre le mouvement au-delà des deux jours de mobilisation sur cinq.

Certes, l’« AG interservices » avait déjà voté le principe de la grève reconductible, le jour de la grande manifestation parisienne du 22 mars, et lors de la dernière AG, le 9 avril. Mais ces prises de position, comme à Saint-Lazare ou au Bourget, étaient surtout symboliques. Ce vendredi, pour la première fois, certains cheminots sont en position de réellement déborder du calendrier établi par l’intersyndicale. Ils en parlaient depuis le premier jour et, cette fois, ils sont un certain nombre à vouloir rester en grève jusqu’au mercredi 18 avril, prochain jour « officiel » de mobilisation.

Monique Dabat (Sud Rail) met au vote la grève reconductible, à l'AG à la gare du Nord, le 13 avril. © D.I. Monique Dabat (Sud Rail) met au vote la grève reconductible, à l'AG à la gare du Nord, le 13 avril. © D.I.

Ils sont bien sûr loin de représenter tous leurs collègues, et ils le savent. Sur les quelque 120 cheminots présents, ils sont 76 à avoir voté pour « la reconductible », cette forme de grève qui est reconduite chaque jour en AG. Ce matin, ils se sont surtout retrouvés entre militants syndicaux aguerris, habitués aux prises de parole, et ils étaient au moins deux fois moins nombreux que le 9 avril. Qu’importe. « À Paris Nord, on est à l’avant-garde du mouvement ! », exhorte Anasse Kazib, emblématique délégué Sud Rail au Bourget, qui ne manque jamais de rappeler que la gare du Nord est « la première gare d’Europe en termes de passagers » et que ses représentants ont à ce titre un devoir d’exemplarité.

Les prises de parole qui se sont succédé sont en tout cas loin de traduire un essoufflement de la détermination des cheminots qui se rassemblent ici régulièrement. Les chiffres officiels de mobilisation sont en baisse en ce sixième jour de grève des cheminots, avec un taux de grévistes de 22,5 % selon la direction, dont 38 % chez les personnels indispensables à la circulation. 66 % des conducteurs, 60 % des contrôleurs et 29 % des aiguilleurs sont toujours mobilisés. Tous ces indicateurs donnent 10 points de grévistes en moins par rapport au 9 avril, mais les perturbations restent fortes : seulement un TGV et un TER sur trois, et un Intercités sur cinq en moyenne.

L’intervention d’Emmanuel Macron au « 13 heures » de TF1, la veille, n’a pas modéré leur ardeur. Monique Dabat se réjouit de constater qu’« il s’est bien gardé de mettre de l’huile sur le feu » et que « pour lui, il n’est plus question d’attaquer de front les cheminots ». Mais dans le même souffle, elle appelle à « affronter Macron et lui faire ravaler sa suffisance ». Pour Karim Dabaj, militant Sud du technicentre du Landy, à Saint-Denis, le président a pris les cheminots « pour des cons » : « Il n’a pas fait d’annonces, il fallait s’y attendre. » Le syndicaliste a compté dans son centre 150 déclarations individuelles d'intention, ces fameuses « D2I » qu’un cheminot doit déposer 48 heures avant de se mettre en grève. « On est contents, ça se maintient, un noyau dur s’est installé », se réjouit-il. Tout en étant conscient que la partie est loin d’être gagnée. « Il faut qu’on discute avec les collègues, qu’on les mette en grève, qu’on durcisse ce mouvement, s’époumone-t-il. Vous voulez la perdre, cette grève ? » Réponse immédiate et collective : « Non ! »

À l’assemblée générale de la gare du Nord, le 13 avril. © D.I. À l’assemblée générale de la gare du Nord, le 13 avril. © D.I.

Les militants se savent tenus par le calendrier. Le prochain round de grève, les 18 et 19 avril, aura lieu un jour après que l’Assemblée aura fini de débattre de la réforme de la SNCF en première lecture. Ils craignent qu’une fois actée la fin du statut de cheminot, ils ne se retrouvent obligés de défendre leurs conditions de travail dans le cadre de la convention collective du secteur ferroviaire, aujourd’hui en cours de discussion avec l’entreprise.

Une convention collective, c’est bien sûr bien moins puissant comme protection qu’un statut défini par la loi. « Le gouvernement nous dit que tout ce qu’on ne pas nous donner maintenant, on le négociera plus tard dans une négociation collective ? Honte à eux ! C’est maintenant qu’il faut aller à la bagarre », lance Philippe Herbeck, secrétaire général adjoint de la fédération FO Cheminots, non représentative au niveau national mais très présente à la gare du Nord. « Cheminots : révolution ! », hurle-t-il en conclusion, sous les acclamations.

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