France Télécom: 1000 à 2000 personnes sont «en danger»

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On n'en parle plus. Mais le malaise social reste profond chez France Télécom. Dix salariés se sont suicidés depuis janvier. Selon les syndicats qui se fondent sur l'audit social mené par Technologia, «entre 1000 et 2000» salariés fragilisés psychologiquement seraient «en danger».
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L'arrivée d'un nouveau PDG, Stéphane Richard, à France Télécom-Orange n'a pas enrayé la crise sociale. Depuis janvier, dix salariés se sont suicidés et quatre ont tenté de mettre fin à leurs jours, selon l'Observatoire du stress créé par Sud et la CGC-Unsa. Lundi 15 mars, un employé muni d'un couteau a tenté de mettre fin à ses jours dans les locaux de la direction régionale de Châlons-en-Champagne (Marne), se blessant légèrement à l'abdomen.

Même si les drames récents sont advenus hors du lieu de travail, la persistance des suicides est préoccupante: jamais autant de cas n'avaient été signalés en si peu de temps. Entre 35 et 37 suicides avaient été recensés sur vingt-quatre mois, en 2008-2009. Auparavant, une trentaine de salariés mettaient fin à leurs jours chaque année. «Si on continue à ce rythme, on terminera l'année à 50 suicides», s'alarme Patrick Ackermann, de Sud. Ce serait du jamais vu.

Alors que le déferlement médiatique est terminé, que des mesures d'urgence ont été annoncées (comme l'arrêt des mobilités forcées), deux accords sur le stress ont été signés entre certains syndicats et la direction. Mais plusieurs catégories de salariés ont été oubliées des dispositifs mis en place pour prévenir d'éventuels passages à l'acte. Lundi 15 mars, lors d'une réunion avec la direction, la plupart des syndicats ont ainsi exigé la mise en œuvre immédiate d'un «plan d'urgence» pour les salariés «isolés», bien souvent “éloignés du service” pour des raisons de santé (congé maladie...).

En lançant cette alerte, ils relaient les craintes du cabinet Technologia, mandaté par l'entreprise fin 2009 pour recueillir l'avis des salariés et proposer un plan d'action à la direction. Selon eux, le cabinerait (qui n'a pas souhaité nous répondre) estimerait qu'entre «1000 à 2000 salariés» de France Télécom se trouveraient aujourd'hui encore «en danger», en proie à des difficultés psychologiques très graves qui font peser un risque de passage à l'acte.

Selon Technologia, la population la plus exposée est justement celle des «isolés», «coupés de l'univers professionnel, même plus suivis par les assistantes sociales, déplore l'Observatoire du stress. Lorsque ces personnes réintègrent le service, elles sont d'autant plus déphasées qu'il n'est pas rare que leur manager ait changé, voire que leur poste ait été supprimé», conséquence des restructurations permanentes depuis 2006.

Trois des dix suicides enregistrés depuis le début de l'année concernent des «isolés»: deux étaient en arrêt ou en congé maladie, un autre en “essaimage” depuis novembre 2009 (pour créer sa société: France Télécom considère qu'il ne faisait plus partie des effectifs). Un quatrième, qui s'est tué à Dijon (Côte-d'Or), le 11 février, revenait d'une «longue période d'arrêt maladie», selon l'observatoire.

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Sollicité, Technologia n'a pas souhaité répondre à nos questions. Les propos des experts du cabinet lors de réunions avec la direction ont été rapportés par plusieurs syndicats, et je les ai recoupés. La direction de France Télécom n'a pas voulu commenter le chiffre de «1000 à 2000 personnes en danger», sans toutefois le démentir.