Après le CETA, Bruxelles mise sur un traité de libre-échange avec le Japon

La visite du premier ministre japonais, Shinzo Abe, ce mardi à Bruxelles, fut l’occasion d’un plaidoyer pour le libre-échange, face au protectionnisme de Trump. Un accord entre l’UE et le Japon est dans les tuyaux. Selon des documents que Mediapart s’est procurés, la négociation bloque sur le mécanisme d’arbitrage qui autorise des multinationales à attaquer des États en justice.

La lecture des articles est réservée aux abonné·es. Se connecter

Bruxelles (Belgique), envoyé spécial.- Le bras de fer sur le CETA, l’accord entre l’Union européenne (UE) et le Canada finalement adopté à Strasbourg en février, a confirmé l’ampleur de la contestation contre les traités de libre-échange. Mais la Commission européenne donne l’impression de ne pas vouloir en tirer les leçons politiques. La visite mardi à Bruxelles de Shinzo Abe, le premier ministre japonais, s’est transformée en un vif plaidoyer pour le libre-échange, en réaction au protectionnisme de Donald Trump.
« Face à des tendances protectionnistes troublantes, je trouve important que le Japon et l'UE coopèrent aussi avec les États-Unis pour donner au monde un modèle de libre-échange », a déclaré Shinzo Abe lors d’un point presse aux côtés de Donald Tusk, le président du Conseil européen, et Jean-Claude Juncker, à la tête de la Commission européenne. Le Luxembourgeois a dit « espérer » que les négociations d’un accord de libre-échange entre l’UE et le Japon (le « JEFTA »), lancées en 2013, en soient « au dernier stade ».
Dès son entrée en fonctions, Donald Trump avait fait jouer la clause de retrait des États-Unis du Traité transpacifique (TPP), cet ambitieux traité de libre-échange reliant onze pays d’Amérique et d’Asie, dont le Japon. Shinzo Abe espère désormais contrer ce retournement, en renforçant ses liens commerciaux avec l’UE. À eux seuls, le Japon et l’UE concentrent près du tiers du PIB mondial. En théorie, cet accord pourrait donc peser plus lourd que le CETA, conclu avec le Canada, qui avait pourtant été plus médiatisé.
Alors qu’un 18e round de négociations doit se tenir en avril, ce n’est pas la première fois que les Européens annoncent un accord à portée de main, dans les discussions marathon du JEFTA. En décembre, la commissaire au commerce, Cecilia Malmström, avait assuré qu’un accord était « très proche ». Mais le dernier round, qui s’est tenu à Tokyo, a confirmé de nombreux obstacles sur la voie d’un accord.
Le durcissement des négociations sur le CETA n’a pas rassuré les Japonais : elles ont prouvé la fragilité de l'assise politique des négociateurs européens. Surtout que Malström a perdu beaucoup de sa superbe, éclipsée lors du bras de fer avec la Wallonie du Belge Paul Magnette. « Bien sûr que le CETA a inquiété les Japonais, mais ils ont vu ensuite comment les choses se sont terminées », tentait de rassurer, mardi, une source proche des négociations : « Ils ont plus confiance en nous que nous-mêmes. »

1€ pour 15 jours

Résiliable en ligne à tout moment

Je m’abonne

L’info part de là

Soutenez un journal 100% indépendant : sans subventions, sans publicités, sans actionnaires

Tirez votre information d’une source de confiance

Accédez en exclusivité aux révélations d’un journal d’investigation

Déjà abonné ?

Mot de passe oublié

À ne pas manquer

Chômage
Ce que le gouvernement a fait aux chômeurs
La première réforme de l’assurance-chômage est pleinement entrée en vigueur il y a tout juste un an, et nul ne sait combien de chômeurs elle a pénalisé. Si les chiffres sont invisibles, les conséquences sur la vie des gens sont brutales. Témoignages.
par Cécile Hautefeuille
Santé — Analyse
En ville, à la mer et à la montagne : là où se trouvent les oasis médicales
Cause sans cesse perdue, la lutte contre les déserts médicaux masque une autre réalité : les médecins libéraux s’installent toujours plus nombreux comme spécialistes dans quelques zones privilégiées. Ils sont aussi toujours plus nombreux à pratiquer des dépassements d’honoraires.
par Caroline Coq-Chodorge et Donatien Huet
Qatar : le Mondial de la honte — Enquête
Les nouvelles liaisons dangereuses de Sarkozy avec le Qatar
Un rapport de la police anticorruption montre que Nicolas Sarkozy aurait fait financer a posteriori par le Qatar, en 2011, des prestations de communication réalisées par le publicitaire François de La Brosse pour sa campagne électorale de 2007, puis pour l’Élysée. Aucune d’entre elles n’avait été facturée.
par Fabrice Arfi et Yann Philippin
Europe — Reportage
Après la victoire de Giorgia Meloni, les féministes veulent réveiller l’Italie
L’accession au pouvoir du parti post-fasciste Fratelli d’Italia, de ses idées racistes, de sa culture patriarcale et de son homophobie décomplexée, fait craindre le pire en Italie. Le pays enregistre déjà un lourd retard en matière de droits des femmes. Mais une nouvelle génération entend bousculer l’ordre établi.
par Ellen Salvi