4,5 milliards! La cassette personnelle de l’ancien émir du Qatar

Par et

Une enquête de Mediapart dévoile que l’ancien émir Hamad ben Khalifa al-Thani et ses enfants ont accumulé 4,5 milliards d’euros d’avoirs à l’étranger, dont 3,3 milliards en France. Révélations sur la fortune cachée d’un monarque, qui a puisé sans compter dans les caisses de son pays.

Cet article est en accès libre. Découvrez notre offre spéciale ! S'abonner

C’est le secret le mieux gardé du Qatar. Selon une enquête de Mediapart et Marianne, le clan de l’ancien émir Hamad ben Khalifa al-Thani, qui a abdiqué en 2013 au profit de son fils Tamim, a accumulé à l’étranger des actifs physiques (entreprises, immobilier et bateaux) d’une valeur d’au moins 4,5 milliards d’euros, soigneusement dissimulés derrière une galaxie de sociétés écrans immatriculées dans des paradis fiscaux. Un chiffre colossal, deux fois plus élevé que les 2,1 milliards d’euros de fortune totale attribués jusqu’ici à Hamad al-Thani par les magazines spécialisés Time et Forbes.

Hamad al-Thani, émir du Qatar de 1995 à 2013, a abdiqué au profit de son fils Tamim. © Reuters Hamad al-Thani, émir du Qatar de 1995 à 2013, a abdiqué au profit de son fils Tamim. © Reuters

Nous avons pu calculer ces chiffres grâce à des centaines de documents confidentiels. Ils permettent, pour la première fois, de retracer l’étendue et l’histoire secrète de la fortune offshore de l’ancien émir, qui régna dix-huit ans en plein boom des hydrocarbures du Qatar, devenu le pays le plus riche de la planète par habitant. L’explosion de la fortune de Hamad al-Thani, qui n’était qu’un “simple” multimillionnaire lors de son accession au trône en 1995, montre qu’il a puisé sans compter dans les caisses de l’État, garnies de gazodollars (lire notre seconde enquête ici). Le tout pour s’assurer un style de vie aussi ruineux que décomplexé, dans une déferlante de bling-bling cinq étoiles (lire notre troisième enquête ici).

Précisons au passage que notre estimation est très conservatrice (lire la méthodologie sous l’onglet Prolonger de cet article) : elle ne comprend ni les avoirs financiers, ni les comptes bancaires, et pas non plus les biens situés au Qatar. Vu le soin apporté par sa majesté pour dissimuler ses biens et esquiver l’impôt, nous n’avons pas pu en localiser ou en estimer certains. D’autres nous ont tout bonnement échappé. Bref, Hamad al-Thani et ses enfants pèsent bien plus de 4,5 milliards d’euros.

S’il se taille la part du lion, tout ne revient pas au patriarche, âgé de 64 ans : une partie du magot, impossible à chiffrer, appartient à des membres de sa famille directe, composée de trois épouses et de vingt-quatre enfants. Dont l’actuel émir Tamim, âgé de 36 ans. Si le nouveau souverain dispose bien entendu d’une fortune personnelle au Qatar, il semble avoir laissé à son père la gestion des avoirs du clan à l’étranger, y compris ceux qui lui appartiennent. Bref, Hamad a cédé le pouvoir, mais semble avoir gardé les clés du coffre-fort familial.

Le moins qu’on puisse dire est qu’il est bien garni : nous avons recensé 74 actifs, répartis un peu partout sur la planète, dont nous publions la liste complète (voir notre infographie ci-dessous). Sans surprise, les Qataris ne jurent que par l’immobilier. Les rares entreprises de l’ex-émir sont d’ailleurs toutes liées à la pierre : les grands magasins du Printemps, avec leur navire amiral parisien du boulevard Haussmann ; et cinq hôtels, rassemblés sous l’enseigne La Cigale (en français dans le texte), le groupe hôtelier secrètement détenu par Hamad al-Thani.

Cette carte est interactive : cliquez sur le menu en haut à gauche et les icônes pour en savoir plus sur chacun des biens et sociétés. © Mediapart

La première partie de la fortune royale est constituée par les actifs privés (1,2 milliard), destinés à l'usage personnel des al-Thani. Dont dix-huit biens immobiliers, qui offrent à l'ancien émir et à ses enfants plusieurs destinations de choix pour le travail ou les loisirs. Paris et Londres, villes les plus fréquentées par la famille, sont richement dotées : cinq résidences dans la capitale française et trois au bord de la Tamise, dont un ensemble de trois maisons donnant sur Regent's Park, qui vont être réunies pour former un palais à 250 millions d’euros.

Hamad al-Thani a aussi acheté un hôtel particulier de 20 000 m2 à New York, un château dans la campagne anglaise, une maison avec parc face à la mer à Tanger, une villa géante à Marrakech, une réserve de chasse en Belgique, un domaine de 32 hectares sur les hauteurs de Cannes, ou encore un château du XVIIe siècle à Marly-le-Roi (Yvelines). Toutes ces propriétés ont été rénovées à très grands frais, façon qatarie. À l’image de l’ancien lycée français de New York, refait à neuf pour la bagatelle de 120 millions de dollars, soit six fois son prix d’achat. 

Pour les vacances, Hamad al-Thani a acheté onze yachts, d’une valeur d'environ 500 millions d’euros. De quoi satisfaire les envies de toute la famille, nombreuse il est vrai. Le fleuron de la flotte, baptisé Katara, est un monstre de 124 mètres payé 410 millions. Détail piquant : ces bateaux n’ont pas été réglés par la cassette personnelle de l’émir, mais directement par l’État, au titre des frais de représentation. Il ne faudrait pas que le souverain dégrade l’image de son pays en passant ses vacances sur un rafiot. Et dire que notre président Sarkozy fut contraint d’emprunter le yacht de son ami Vincent Bolloré pour emmener son épouse en croisière…

Prolongez la lecture de Mediapart Accès illimité au Journal contribution libre au Club Profitez de notre offre spéciale

Cette série d'enquêtes sur la fortune du cheikh Hamad al-Thani s'appuie sur des centaines de documents confidentiels obtenus par Mediapart. Nous ne pouvons en préciser ni la nature ni l'origine, étant donné la nécessité particulièrement forte de protection des sources dans ce dossier.
Sollicités par Mediapart, l'ambassade du Qatar à Paris et Chadia Clot n'ont pas donné suite.
Notre chiffre de 4,5 milliards d'euros concerne uniquement les biens physiques situés hors du Qatar détenus en propre par Hamad al-Thani et sa famille directe (voir la méthodologie sous l'onglet Prolonger).
Dans notre infographie qui recense les propriétés du clan al-Thani, nous avons choisi, pour des raisons de sécurité, de ne pas donner l'adresse de certaines propriétés privées qui sont fréquentées par la famille, notamment à Paris et à Londres. Dans ce cas, nous mentionnons seulement le quartier. Les propriétés dont nous indiquons l'adresse sont déjà publiques et/ou extrêmement sécurisées.