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Suez-Veolia : le PNF a ouvert une enquête préliminaire pour trafic d’influence

Saisi d’une plainte de l’union syndicale de Suez, le parquet national financier a ouvert une enquête préliminaire sur d’éventuels trafics d’influence, portant notamment sur le rôle du secrétaire général de l’Élysée, Alexis Kohler. L’union syndicale demande la suspension de toutes les opérations de rachat jusqu’à la conclusion de l’enquête.

Martine Orange

29 octobre 2021 à 17h32

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Le parquet national financier (PNF) a ouvert une enquête sur un éventuel trafic d’influence dans le cadre de l’OPA sur Suez par Veolia, a annoncé l’AFP le 29 octobre. Cette enquête préliminaire a été ouverte le 18 juin, nous a confirmé une source judiciaire. Elle vise à éclairer les circonstances de cette opération financière et le rôle qu’ont pu jouer certains, notamment le secrétaire général de l’Élysée, Alexis Kohler.

 L’ouverture de ces investigations fait suite à une plainte déposée par l’union syndicale de Suez (CGT, CFDT, CFTC), revendiquant 65 % de la représentativité du groupe, déposée le 22 avril. Dans cette plainte, les syndicats dénonçaient « l’intervention de l’Élysée bien en amont de l’annonce publique du rachat et les pressions constantes et répétées pour faire aboutir le projet de rachat présenté par Veolia ».

 En réaction à l’ouverture de cette enquête préliminaire, l’union syndicale de Suez demande « la suspension immédiate des opérations de rachat dans l’attente des conclusions de l’enquête du PNF ». « L’annonce de l’ouverture d’une enquête par le parquet national financier valide la démarche de l’union syndicale de Suez ainsi que le sérieux des reproches faits à cette opération », poursuit l’union syndicale dans un communiqué, en rappelant que cette opération n’obéit à aucune logique industrielle. « Il apparaît aujourd’hui que cette OPA ne serait que le fruit de décisions prises et favorisées au plus haut sommet de l’État pour dépecer le géant français des services environnementaux au seul profit de quelques-uns. »  

Les syndicats soupçonnent Alexis Kohler, le PDG de Veolia, Antoine Frérot, le président d’Engie, Jean-Pierre Clamadieu, le président du fonds Meridiam, Thierry Déau, candidat au rachat du reste de Suez après l’OPA, de s’être entendus bien en amont sur l’opération de rachat de Suez par son concurrent. Les syndicats indiquaient notamment l’existence de réunions impliquant le gouvernement, d’un accord avec Meridiam signé dès le 20 juillet alors qu’Engie à cette date n’avait pas annoncé son intention de vendre sa participation dans Suez et que le projet d’offre de Veolia a été déposé le 30 août, de l’intervention directe de nombreux acteurs proches du pouvoir et surtout de celle d’Alexis Kohler dans cette opération, en particulier lors de la vente de la participation des 30 % de Suez par Engie, le 5 octobre (lire ici ou là).

Lors de la commission d’enquête parlementaire portant notamment sur l’OPA de Suez par Veolia, Antoine Frérot avait nié toute intervention de l’Élysée. Il avait cependant reconnu avoir informé l’exécutif « courant août ». Les représentants de la CFDT d’Engie, directement mis en cause pour leur rôle dans cette vente, ont nié devant la même commission toute pression de l’Élysée et toute intervention d’Alexis Kohler. L’Élysée avait également réfuté tout rôle du secrétaire général dans cette opération. Convoqué devant la commission d’enquête parlementaire, Alexis Kohler a refusé de s’y rendre.

La plainte des syndicats vise également l’Autorité des marchés financiers pour avoir à la fois autorisé Veolia à ne racheter que 29,9 % de la participation de Suez à Engie, afin de contourner la législation sur les OPA, et surtout pour la mise en demeure adressée au conseil de Suez le 2 avril, qui semble avoir eu un effet déterminant sur le conseil de Suez pour le pousser à négocier avec Veolia.

Par la suite, les syndicats ont élargi leur plainte à Gérard Mestrallet, ancien PDG d’Engie et de Suez, et à la société Equanim, après avoir découvert les dessous de la médiation et les dix millions d’honoraires payés à M. Mestrallet pour une médiation décidée le 7 avril et bouclée le 11 avril.

 Après avoir obtenu l’accord du conseil de Suez, Veolia a déposé fin juillet une offre publique sur les 70,1 % du capital de Suez qu’elle ne détient pas encore.

Nous republions ci-dessous notre enquête « Suez : l’histoire d’une destruction programmée »

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 Rien n’est encore signé. Rien n’est encore fait. Et pourtant tout se défait déjà sous leurs yeux. Il n’a pas fallu longtemps, quelques jours, deux à trois semaines peut-être après la signature de l’« accord » avec Veolia le 12 avril, pour que les salariés de Suez prennent la mesure de ce qui les attend.Un arrachement brutal à venir, à leur vie d’avant, la séparation annoncée d’avec des collègues avec lesquels ils ont travaillé pendant des années, la destruction de leur groupe, qu’ils connaissent depuis des années, parfois des décennies. Car Suez est – était – un groupe où l’on fait des carrières longues : certains y ont travaillé toute leur vie.

Le siège du groupe Suez, à la Défense. © Joël Saget/ AFP

À la Défense, dans le siège de Suez encore à moitié déconfiné, de nouvelles appellations ont surgi dans la bouche des responsables qui préparent le démantèlement à venir. Il n’y a plus les Suez eau France, les gens du Recyclage et de la valorisation, Suez Europe ou Suez international.Désormais, il y a les « Rouges », appelés à partir avec armes et bagages chez le concurrent Veolia, les « Verts », qui doivent normalement rester dans ce qui va subsister de Suez, et enfin les « Bleus », ceux dont on ne sait pas où ils vont aller, chez Suez ou chez Veolia, c’est selon. Certains soupçonnent qu’il existe aussi les « Noirs », ceux qu’on aimerait bien voir partir à l’occasion de cet éclatement, parce qu’ils sont trop vieux, trop chers, « inadaptés » ou enquiquineurs.

Combien resteront chez Suez au jour de la conclusion ? Personne ne sait exactement. De plus de 90 000 salariés dans le monde, le groupe ne va plus en employer que 40 000 à 45 000. Au mieux.

Les grandes lignes de l’accord déjà arrêtées dessinent un rétrécissement sans précédent. Veolia, nouveau géant mondial de l’eau selon la définition du gouvernement, devrait passer de 26 à 36 milliards d’euros de chiffre d’affaires en s’emparant de l’essentiel des activités internationales et technologiques de son concurrent.Le « new Suez », comme disent des responsables du groupe, ou le « mini Suez », comme préfèrent l’appeler des salariés pour marquer leur réprobation, devrait voir son chiffre d’affaires diminuer de 18 à 7 milliards d’euros environ. L’essentiel (5 milliards) sera dans les activités eau et déchets en France.

Mais tout est encore mouvant jusqu’au conseil de Suez du 29 juin et à l’assemblée générale du lendemain, et peut-être au-delà. Des échos arrivent, feutrés, déformés, de discussions compliquées et parfois houleuses entre Veolia et le consortium formé par Meridiam et GIP – qui doit se porter acquéreur des restes de Suez.

Veolia, qui va payer beaucoup plus cher que ce qu’il escomptait au départ pour détruire son rival, veut rafler le maximum d’actifs intéressants, quitte à les revendre au plus vite par la suite. Il entend aussi transférer un maximum de dettes au nouveau groupe afin d’alléger sa surcharge financière. En face, le consortium bataille pour garder des actifs de valeur et éviter d’être plombé par l’endettement.

La valeur des incinérateurs par rapport à celle des terrains d’enfouissement des déchets, les centres de recherche, les technologies, les brevets, les engagements contractuels pris à l’égard de tel client public ou industriel, le périmètre de telle activité…, tout est sujet à évaluation, à négociation, à bras de fer.Cela finit par ressembler au sordide spectacle des disputes entre cousins autour de l’héritage de la grand-tante pour savoir qui prendra les assiettes, qui prendra l’argenterie.

Bertrand Camus, directeur général de Suez, et Antoine Frérot, PDG de Veolia. © Joël Saget / AFP

Au sein du groupe, les salariés assistent au triste spectacle de la comédie humaine. Il y a les ralliés de la dernière heure, ceux dont on découvre qu’ils avaient discrètement commencé à jeter des ponts chez le concurrent bien avant que l’issue soit connue. Il y a ceux qui se sont empressés d’aller faire des offres de service chez Veolia et ceux qui se battent pour les places à prendre chez Suez. Ils ne constituent pas une majorité, loin de là, selon les témoignages de plusieurs salariés, mais leur jeu participe de l’ambiance délétère du moment.

Alors que Bertrand Camus a annoncé le 16 juin qu’il quitterait ses fonctions et le groupe dès que l’ensemble des opérations serait achevé, les candidats à sa succession commencent à se bousculer. Le conseil d’administration de Suez a déjà élaboré une liste de quatre noms (deux femmes, deux hommes) qu’il a transmise au consortium pour qu’il choisisse. Mais à l’intérieur comme à l’extérieur, d’autres ont fait connaître leur intérêt.

La bataille pour les postes se poursuit même au sein du conseil. L’ancienne présidente d’Areva, Anne Lauvergeon, amie de longue date de Gérard Mestrallet qui siège au conseil d’administration du groupe depuis 2014, a fait savoir qu’elle se verrait bien à la présidence du conseil du nouveau Suez.Sans attendre, l’ancien PDG de la SNCF, Guillaume Pepy, administrateur de Suez entre 2008 et 2020, a obtenu de se faire nommer président de la société marocaine Lydec, qui exploite la concession d’eau de Casablanca. Un des seuls actifs internationaux que Suez a pu garder dans l’accord avec Veolia.

Cette nomination a été accueillie avec quelques grincements de dents dans le groupe. « Après ce qu’a fait Gérard Mestrallet, je ne m’étonne plus de rien », relativise Paul*, dans le groupe depuis 17 ans. La découverte du rôle qu’a eu l’ancien président de Suez dans la médiation avec Veolia, l’accord qu’il a soutenu et qui s’apparente pour beaucoup à une capitulation, et pour finir les 10 millions d’honoraires demandés, ont indigné tout le monde. Cela est vu comme l’ ultime trahison, le dernier coup de poignard dans le dos.

Écœurés, démoralisés, beaucoup assistent impuissants à cet écroulement, l’arme au pied. À quoi bon s’investir ? Tous les contrats que pourrait remporter Suez d’ici à la séparation effective des activités, prévue normalement pour le 1er décembre, sont censés revenir à Veolia. « Jusqu’à cette date, Suez n’a plus les mains libres pour aller sur les marchés, pour négocier des contrats », a confirmé Éric Guillemette, représentant de la CFE-CGC, lors de l’audition des syndicats de Suez par la commission d’enquête de l’Assemblée nationale.

« L’ambiance est dramatique. Jamais je n’aurais cru assister à l’effondrement de ce groupe, aussi rapidement, s’alarme un ancien haut responsable de Suez. Mais jamais je n’aurais cru non plus que le pouvoir donnerait son accord à la destruction de Suez. Parce qu’une opération comme celle-ci ne peut pas se faire sans l’aval de l’Élysée. » Avant de conclure, amer : « Suez est détruit. Il en faut du temps pour construire un tel groupe. Et tout cela est liquidé en un tour de main. »

Dans le combat pour la sauvegarde de Suez, nous avons toujours été seuls

Philippe Jacq, délégué CFTC de Suez

Les salariés de Suez partagent la même sidération. Comment l’Élysée a-t-il pu donner non seulement son assentiment mais aussi apporter son soutien à une opération sans aucun sens économique, qui conduit au dépeçage d’un groupe par son concurrent ?

Ultime affront : cette attaque a été menée en plein Covid, alors que nombre de salariés de Suez (éboueurs, fontainiers) faisaient partie de ces « premiers de corvée » qui continuaient à assurer les services publics essentiels.

« Dans le combat pour la sauvegarde de Suez, nous avons toujours été seuls. Ce n’est pas faute d’avoir été voir les élus, les maires, les responsables politiques locaux , l’association des maires de France. Personne ne nous a aidés », a raconté, accablé, Philippe Jacq, délégué CFTC de Suez. Il résume en quelques mots le sentiment général d’abandon des salariés.

Pendant neuf mois, ils ont essayé de résister. Mais malgré leur détermination, ils ne sont pas parvenus à desserrer les mâchoires d’un piège conçu de longue date et aboutissant à un crime industriel et social.

En repensant à ces mois de folie, de bataille, et parfois d’espoir, beaucoup de membres de Suez – salariés, syndicalistes, responsables ou anciens responsables – ont le sentiment d’avoir été pris dans un jeu de dupes, une mise en scène pour masquer un projet qui se tramait en petit comité de longue date.

« On ne l’a pas compris sur le moment. Mais le vrai déclenchement de l’attaque de Veolia contre Suez, ce n’était pas le 30 août quand Antoine Frérot a annoncé son offre mais le jour de l’éviction d’Isabelle Kocher de la direction générale d’Engie [limogée le 6 février 2020 à la suite d’un conflit ouvert avec Gérard Mestrallet, qui a cumulé pendant des années la présidence d’Engie et de Suez – ndlr]. Si elle était restée, elle nous aurait peut-être totalement rachetés ou vendus [Engie était alors le principal actionnaire de Suez, avec 32 % du capital – ndlr]. Mais en tout cas, elle ne nous aurait pas traités de la sorte. C’est à partir de cette date que le complot contre Suez a commencé », analyse Bérénice*, salariée depuis plus de 20 ans.

Avec Mestrallet, quand les planètes s’alignent, c’est qu’il a beaucoup travaillé à cet alignement

Jérôme*, ancien cadre dirigeant de Suez

Ancien cadre dirigeant de Suez, Jérôme* a côtoyé pendant des années Gérard Mestrallet, et travaillé avec lui. Il se dit aujourd’hui « écœuré » par le comportement du président d’honneur de Suez. Lui aussi lit l’attaque contre Suez comme un complot ourdi de longue date. « Avec Mestrallet, quand les planètes s’alignent, c’est qu’il a beaucoup travaillé à cet alignement », remarque-t-il. L’alignement des planètes est en effet assez troublant.

Gérard Mestrallet – tout comme Antoine Frérot d’ailleurs – l’a répété devant la commission d’enquête de l’Assemblée nationale : cette fusion entre Suez et Veolia, il en caressait le projet depuis longtemps. Depuis 2012.

Loin d’être un industriel, Gérard Mestrallet a joué au Monopoly financier durant toute sa carrière. À la tête de la Financière Suez, considérée à l’époque comme un des coffres-forts du capitalisme français, il avait aussi le contrôle de la Générale de Belgique, estimée à l’époque comme pesant le tiers du PIB belge.Puis il y a eu l’absorption de Lyonnaise des eaux-Dumez, Tractebel et Electrabel – équivalent belge d’EDF belge –, Gaz de France, International Power, pour ne parler que des opérations les plus spectaculaires. À chaque opération, il s’agit de créer un géant français, européen, mondial ou intergalactique.

Au bas mot, Gérard Mestrallet a jonglé avec 200 et 300 milliards d’euros d’actifs en un peu plus de 20 ans pour aboutir à… rien. Engie (ex-GDF Suez) est sans stratégie et criblé de dettes. La destruction de valeur est sans équivalent dans l’histoire récente du capitalisme français (lire ici ou ). Mais cela ne l’empêche pas de rêver à une nouvelle opération avec Suez. Une de plus. La dernière.

De son côté, Antoine Frérot, qui vit sous la menace récurrente d’un putsch (lire ici, ici ou ), cherche un moyen de conforter son pouvoir et d’augmenter des résultats passables. Quelle plus grande victoire de fusionner Suez et Veolia, d’en finir avec une rivalité centenaire entre les deux groupes !

Mais après quelques semaines de travail avec Antoine Frérot et des conseillers, Jean-Louis Chaussade décide de jeter l’éponge : l’opération est trop compliquée, trop destructrice de valeur. Pour parvenir au rapprochement entre les deux groupes, il faut en détruire un. Face à l’opposition du directeur général de Suez, Gérard Mestrallet et Antoine Frérot doivent abandonner. Le projet semble définitivement enterré.

Il refait surface pourtant, à la faveur de la guerre entre Gérard Mestrallet et Isabelle Kocher. Choisie par Gérard Mestrallet pour lui succéder, la directrice générale a des velléités d’indépendance, à peine nommée à la direction d’Engie, qui blessent puis outragent son mentor.Leur différend vire au divorce sur la place publique : ce que l’un veut, l’autre le refuse. Suez devient l’enjeu central de leur bagarre personnelle : puisque Isabelle Kocher veut qu’Engie prenne le contrôle total de Suez, Gérard Mestrallet, qui jusqu’alors en défendait l’idée, y est totalement opposé.

Refusant d’arbitrer ce conflit, l’État actionnaire à hauteur de 23 % d’Engie laisse pourrir la situation et n’accorde pas à Gérard Mestrallet ce qu’il réclame à cor et à cri : la tête d’Isabelle Kocher. Son successeur va s’en charger.

Atteint par la limite d’âge, Gérard Mestrallet est obligé en 2018 d’abandonner la présidence d’Engie. Il désigne pour lui succéder Jean-Pierre Clamadieu. Discrètement écarté de la présidence du groupe Solvay – auquel il avait apporté Rhodia, qui regroupait l’essentiel de la chimie française – pour cause d’opérations américaines calamiteuses, l’homme est à la recherche d’un poste pour rebondir.Cette candidature ne plaît pas à Bercy mais elle a l’appui de l’Élysée : avec Gérard Mestrallet, Jean-Pierre Clamadieu a été un de ceux qui ont imposé Emmanuel Macron comme secrétaire général adjoint de l’Élysée à François Hollande en 2012, comme l’a rapporté Le Monde.

À peine nommé en mai 2018, le nouveau président du conseil d’Engie reprend la ligne tracée par Gérard Mestrallet et ses obsessions : le projet de fusion entre Suez et Veolia reprend corps. « Je sais qu’Antoine Frérot est allé voir Jean-Pierre Clamadieu dès l’été 2018. Je sais aussi que le PDG de Veolia a eu des contacts avec Gérard Mestrallet. Et il y en a eu plusieurs », assure un connaisseur du dossier.

Mais il faut lever plusieurs obstacles. Les circonstances favorisent le projet. En coulisses, Gérard Mestrallet est à la manœuvre.

Frappé par la limite d’âge, Jean-Louis Chaussade, qui a dirigé Suez pendant des années, est contraint de quitter la direction générale en 2019 pour ne conserver que la présidence du conseil. Il a donné une recommandation pour désigner son successeur : que ce dernier ait les contacts politiques nécessaires pour défendre Suez.

Plusieurs candidats sont sélectionnés par le comité de nomination pour le remplacer. Mais à la dernière minute, Gérard Mestrallet sort un nom de son chapeau : Bertrand Camus. Celui-ci a fait l’essentiel de sa carrière à l’international, n’a aucun relais politique en France.C’est pourtant lui qui est choisi pour prendre la direction générale grâce à l’appui de trois membres du comité de nomination d’alors : Anne Lauvergeon, Valérie Bernis, amie très proche de Gérard Mestrallet et de Jean-Marie Messier (banquier d’affaires pour Veolia dans l’OPA), et Nicolas Bazire, numéro deux de LVMH.

Dans la foulée, la direction d’Engie, qui s’était pourtant engagée à maintenir Jean-Louis Chaussade à la présidence de Suez pendant plusieurs années afin d’assurer une transition en douceur, change de pied. Après l’avoir nommé en février 2019, le groupe annonce son remplacement en décembre 2019.En avril 2020, Philippe Varin, ancien président du groupe sidérurgique Corus, puis président du directoire de Peugeot avant de prendre la présidence du conseil d’Areva en pleine déconfiture, est nommé pour le remplacer. Ainsi, le groupe Suez se retrouve en moins d’un an avec deux nouveaux dirigeants, dont l’un ne connaît rien aux métiers du groupe et l’autre n’a aucun relais politique.

Lorsqu’il quitte la présidence de Suez, Jean-Louis Chaussade aurait recommandé à ses deux successeurs de garder à l’œil Veolia, une attaque étant toujours possible. Prudente recommandation : l’éviction d’Isabelle Kocher, qui devient effective après l’assemblée générale de Suez en avril 2020, laisse le champ libre à toutes les manœuvres.

Jean-Pierre Clamadieu, qui s’est vu refuser par le ministère des finances le poste de PDG d’Engie, en assume la fonction de fait. Il prend les pleins pouvoirs pendant plus de huit mois – la nouvelle directrice générale d’Engie, Catherine MacGregor, n’est désignée qu’en octobre 2020 et n’a pris effectivement ses fonctions qu’en janvier 2021. Huit mois décisifs pour Suez.

En ce qui concerne Suez, tout est ouvert

Jean-Pierre Clamadieu, président du conseil d’Engie, le 31 juillet 2020

« En ce qui concerne Suez, tout est ouvert », lance Jean-Pierre Clamadieu lors de la présentation des résultats semestriels d’Engie fin juillet. À Philippe Varin et Bertrand Camus qui se précipitent pour connaître ses intentions, le président du conseil d’Engie délivre les mêmes propos rassurants. Il les assure qu’ils ont le temps pour trouver des investisseurs candidats au rachat de la participation d’Engie. L’opération, leur dit-il, devrait aboutir fin 2020, début 2021.

Mais en coulisses, beaucoup de monde s’active déjà pour faire tomber Suez du côté de Veolia. Dès le 2 juin, selon nos informations, Antoine Frérot est allé à l’Élysée pour parler de son opération et en a obtenu le feu vert. Le PDG de Veolia a démenti cette information devant la commission d’enquête. Nous la maintenons. Il a tout de même convenu avoir informé l’Élysée « courant août », soit bien avant qu’il ait déposé son offre. L’Élysée a bien donné sa protection et son feu vert à une opération de destruction d’un groupe industriel français.

De son côté, Jean-Pierre Clamadieu, selon nos informations, s’est aussi rendu au printemps à l’Élysée pour parler d’Engie. Sans parler de Suez ? « Compte tenu des pratiques de ce pouvoir qui entend tout contrôler, où toutes les décisions sont centralisées dans le bureau d’Alexis Kohler [secrétaire général de l’Élysée – ndlr], cela me semble impossible », dit un connaisseur des allées du pouvoir actuel.

Alors que Veolia et ses conseils s’activent, Jean-Pierre Clamadieu continue de mentir et d’endormir les dirigeants de Suez. « Ils ont le temps, ils se verront début septembre pour parler de l’avenir », assure-t-il à Bertrand Camus lors des journées du Medef fin août, selon le témoignage du directeur général de Suez devant la commission d’enquête.

Jean-Pierre Clamadieu, comme il l’a reconnu devant la même commission, a pourtant reçu un appel téléphonique d’Antoine Frérot pour fixer un rendez-vous le dimanche avant de lancer son offre sur Suez. Le président d’Engie n’en dira rien aux dirigeants de Suez et par la suite refusera de les rencontrer à maintes reprises, malgré leurs multiples demandes.

Lorsque le 31 août Antoine Frérot lance son OPA sur Suez, tout est bouclé. Le démembrement de Suez pour contourner les problèmes de concurrence est tracé. Le repreneur est déjà choisi : il s’agit de Meridiam, un fonds d’investissement spécialisé dans les infrastructures, dirigé par Thierry Déau, ancien organisateur de la campagne d’Emmanuel Macron à Londres en 2017.Selon des documents consultés par Mediapart, dès le mois de juillet, soit avant qu’Engie ait officiellement annoncé son intention de vendre sa participation dans Suez, les deux groupes ont signé un accord pour organiser la reprise des activités eau en France.

Tout en déposant une offre au prix de 15,50 euros par action, Veolia pose ses conditions. Il entend ne racheter que 29,9 % de la participation détenue par Engie afin de ne pas être obligé de lancer une OPA sur la totalité du groupe tout de suite. Une exigence que le groupe gazier accepte complaisamment mais surtout que l’Autorité des marchés financiers avalise, acceptant sans broncher qu’un groupe détourne la loi boursière sur les OPA.

La deuxième condition prend la forme d’un ultimatum : l’offre de Veolia est à prendre ou à laisser, elle n’est valable qu’un mois. « C’est juste se moquer du monde. Suez est une opération stratégique pour Veolia. Elle n’a pas de limite dans le temps. En tout cas, cela ne se règle pas en un mois », réagit aujourd’hui Julien*, cadre de Suez.

La mise en scène de l’impuissance de l’État

Pourtant, Jean-Pierre Clamadieu et le conseil d’Engie feignent de croire à cette menace et acceptent les contraintes d’un calendrier impossible fixé par Veolia. Ce délai permet d’empêcher de monter toute offre alternative. Et puis Jean-Pierre Clamadieu ne peut pas différer éternellement la nomination de la remplaçante d’Isabelle Kocher. Le temps où il a les mains totalement libres lui est compté.

En dépit de l’opposition ouverte de Bruno Le Maire, de toutes les tentatives du ministère des finances pour trouver des compromis amiables, des efforts désespérés des dirigeants de Suez pour monter des contre-offres alternatives, le PDG d’Engie marche la main dans la main avec celui de Veolia et refuse de changer les délais.La seule concession faite à Bercy est de repousser du 1er au 5 octobre le conseil actant la vente, faite sans appel d'offres, de 29, 9 % de Suez à Veolia. Comment croire que Jean-Pierre Clamadieu, qui, sur d’autres sujets, s’incline sans discuter, puisse tenir tête de la sorte à son autorité de tutelle, s’il n’ a d’autres protections plus puissantes ?

La rumeur du rôle d’Alexis Kohler intervenant en coulisses dans ce dossier se fait d’ailleurs de plus en plus insistante. Elle se concrétise lors du conseil du 5 octobre 2020, cette journée des dupes (lire ici et ).Alors que Bruno Le Maire, furieux de voir ses ordres et ses conseils ignorés et peut-être conscient des risques juridiques à venir, donne un ordre écrit aux représentants de l’État de voter contre le projet de vente, en coulisses, le secrétaire général de l’Élysée vient en appui de Jean-Pierre Clamadieu et organise la mise en scène de l’impuissance de l’État. Il appelle les responsables de la CFDT pour leur demander de ne pas participer au vote, malgré les consignes de la fédération énergie. Par quatre voix contre sept, l’État est mis en minorité.

« L’Élysée n’est jamais intervenu dans le dossier », assure le porte-parole du gouvernement, Gabriel Attal, en réaction à nos informations au lendemain de ce conseil. Invité par deux fois à venir s’expliquer sur son rôle devant la commission d’enquête de l’Assemblée nationale, le secrétaire général de l’Élysée n’a pas répondu à ses convocations. La loi oblige pourtant toute personne à se rendre aux convocations des commissions d’enquête parlementaires, sous peine d’amende et de peine de prison.

Guerre de tranchées

En emportant en moins d’un mois 30 % du capital de Suez, Veolia est quasiment en passe de réussir sa Blitzkrieg sur son rival. Mais les dirigeants, les salariés résistent, bien plus que cela n’avait été anticipé. Pendant des mois, une guerre de tranchées s’installe entre les deux groupes.

Tous les moyens juridiques, financiers sont mis en œuvre pour contrer l’attaque de Veolia. Suez est même en passe d’y réussir : les fonds d’investissement Ardian et GIP ont fait une contre-offre, et le 20 avril une fondation néerlandaise reprenant toutes les activités eau en France doit être activée, rendant impossible toute OPA sur le groupe, si un compromis n’est pas trouvé d’ici là entre les deux groupes. Et aucun compromis ne se dessine. En mars, Antoine Frérot a refusé l’accord échafaudé par le directeur du Trésor, Emmanuel Moulin : un Suez pesant 9 milliards d’euros de chiffre d’affaires, c’est encore trop gros pour lui.

La situation semble dans l’impasse. Et le temps presse. La fondation risque d’entrer en vigueur. Du côté de l’Élysée, on s’impatiente aussi, semble-t-il : ce dossier doit être bouclé d’ici à l’été afin de ne pas polluer la campagne présidentielle.

Le 2 avril, l’Autorité des marchés financiers se réveille opportunément et adresse une mise en garde aux administrateurs de Suez, estimant qu’ils ne respectent pas les règles boursières. Du jamais-vu là aussi. Au sein du conseil, certains membres s’inquiètent et commencent à plaider pour un compromis. Les avocats, jusqu’alors très confiants, distillent le doute : la responsabilité des administrateurs pourrait peut-être être engagée. L’épouvantail parfait pour les administrateurs.

Les conseils, il est vrai, commencent à s’inquiéter. Cinq à six banques d’affaires de chaque côté, tous les grands cabinets d’avocats d’affaires, des agences de communication… : dans ce combat de Veolia contre Suez, « toute la place de Paris a été achetée », pour reprendre l’expression utilisée au moment de la vente d’Alstom à GE. Il y a beaucoup d’argent, d’honoraires, de success fees en jeu dans cette affaire.

Antoine Frérot a reconnu que Veolia va dépenser 130 millions d’euros de conseils, montages financiers, dans l’opération. Selon nos informations, les montants en jeu sont plus élevés : il est question de 400 millions d’euros de frais de conseil au total pour les deux groupes (pour mémoire, Veolia a annoncé 500 millions d’euros d’économies de coûts après l’absorption de Suez).

Gérard Mestrallet ne s'est pas proposé directement. Il a été plus habile. Il a avancé le nom d’Equanim

C’est à ce moment-là que Gérard Mestrallet resurgit. Jusqu’alors, le président d’honneur d’Engie et de Suez s’est fait très discret dans cette bataille. Il a fait le service minimum en n’écrivant qu’une tribune dans Le Figaro au début des hostilités pour condamner la méthode agressive de Veolia contre Suez. Le 1er avril, il publie une nouvelle tribune dans Les Échos : le temps de l’apaisement est venu entre Veolia et Suez, écrit-il.

Discrètement, il va aussi plaider cette cause auprès de Philippe Varin et Bertrand Camus. « C’est à ce moment-là que Gérard Mestrallet est revenu voir Philippe Varin et Bertrand Camus. Il leur a suggéré de lancer une nouvelle médiation. Il ne s’est pas proposé directement. Il a été plus habile. Il a avancé le nom d’Equanim », raconte un proche du dossier.

Le nom de cette société, censée être une plateforme de médiation internationale, est alors totalement inconnu. Elle a été créée par Patrick Klugman et l’ancien ministre socialiste Matthias Fekl début février 2021, sous l’inspiration de Maurice Lévy (Publicis) et de Gérard Mestrallet justement.

Au nom du principe de la confidentialité, cette proposition de médiation est gardée secrète. Le conseil d’administration de Suez est tenu à l’écart de toute la procédure. Philippe Varin et Bertrand Camus sont les seuls à accepter le principe de la médiation puis la désignation de Gérard Mestrallet et le contrat de 10 millions d’euros (5 millions pour chacune des parties).

Car, en dépit de la charte de déontologie écrite par Equanim, qui exclut la nomination comme médiateur de « toute personne ayant eu une relation d’ordre privé ou professionnel antérieure avec l’une des parties », le nom de l’ancien président d’Engie et de Suez est proposé, puis retenu. Pourquoi Suez et Veolia ont-ils accepté tous les deux un tel médiateur ?

Surtout, pourquoi Bertrand Camus a-t-il accepté de se retirer des négociations ? Devant la commission d’enquête, celui-ci a assuré que ce retrait lui avait été demandé. Par qui, puisque le conseil d’administration n’a été informé de son existence qu’au moment où elle était en train d’aboutir ? Pourquoi la présidente de France Télévisions, Delphine Ernotte, qui a participé aux discussions avec Veolia en tant que présidente de comité ad hoc de Suez, a-t-elle accepté une telle situation ? A-t-elle pris part à cette mise à l’écart ? Interrogée, celle-ci ne nous a pas répondu.

Le fait est là : lorsque les deux parties se retrouvent à l’hôtel Bristol le 11 avril, la partie est totalement déséquilibrée. Côté Veolia, il y a Antoine Frérot et Louis Schweitzer, président du conseil de Veolia, côté Suez, Philippe Varin et Delphine Ernotte. Deux représentants qui ne connaissent rien au groupe, à ses activités. D’une certaine façon, ils n’ont aucune affectio societatis avec lui.

C’est la médiation la plus rapide dans l’histoire du monde des affaires. Nommé officiellement le 7 avril, Gérard Mestrallet boucle sa mission le 11 avril. Dans la foulée, le conseil d’administration est pressé de signer le texte dans la nuit, sans prendre le moindre temps de réflexion ou d’analyse : le communiqué de Bourse annonçant l’accord entre les deux groupes ne saurait attendre. Seuls les trois administrateurs représentant les salariés votent contre, dénonçant une capitulation en rase campagne.  

« L’accord entre Veolia et Suez tenait sur une feuille A4 », racontent les syndicats de Suez. Ce détail, qui n’en est pas un, dit tout à leurs yeux. L’inconsistance de cet accord, la rapidité et l’opacité du processus…, voilà qui condense tout le mépris à l’égard des salariés, l’humiliation infligée à un groupe de 150 ans d’histoire, la trahison de leurs dirigeants et du conseil.

L’accord signé est le décalque du schéma proposé par Veolia fin août. Suez est rétréci jusqu’à la limite de viabilité. Et son rival entend lui tenir la bride courte : outre la définition de son périmètre, Veolia dans l'accord a été associé à  la géographie actionnariale de Suez (le seul point qui changera par la suite après le retrait d'Ardian), le poids de chacun de ses actionnaires, les règles de gouvernance et même les modalités de cession des actifs. C’est ce qui s’appelle la concurrence libre et non faussée.

Veolia n’a consenti que deux aménagements par rapport à son offre initiale : le prix et les activités déchets. Augmenter le prix de l’offre était une obligation pour emporter l’adhésion des hedge funds, qui à partir de l’offensive en août ont spéculé à outrance sur le titre Suez. Ceux-ci ont fixé leurs conditions aux banquiers de Veolia, selon nos informations : ils voulaient au moins 20 euros. Ils ont obtenu 20,50 euros.

Quant aux déchets, Veolia a pris conscience qu’il lui serait difficile, pour des raisons de concurrence notamment, de reprendre les sociétés de ramassage et de traitement des déchets en France, et de les revendre pour se faire de l’argent dessus, comme il en avait le projet au départ.

De son côté, l’exécutif, craignant les répercussions d’éventuels mouvements sociaux, poussait aussi à des aménagements sur ce point : des villes croulant sous les poubelles parce que les salariés des sociétés de ramassage issues de Suez refusent d’être vendus à l’encan, cela fait désordre en pleine campagne présidentielle. Antoine Frérot s’est donc rallié à l’idée de laisser cette activité dans le « mini Suez ». À charge pour les repreneurs de les vendre par la suite.

Une offre à 20,50 euros par action, en augmentation de plus de 30 % par rapport à la première offre : les administrateurs de Suez ont l’impression d’avoir bien rempli leur mission : ils ont bien défendu les actionnaires. C’est le seul point qui peut leur être accordé. Pour le reste…

Avec le recul, certains d’entre eux se demandent s’ils n’ont pas pris trop rapidement la décision d’approuver l’accord avec Veolia, si un jour on ne viendra pas les interroger sur leurs responsabilités dans la défense de l’intérêt social de l’entreprise. Leur autre mission, celle qu’ils ont totalement oubliée.

Sous la pression de Bercy qui tente de sauver la face dans ce naufrage, Veolia comme les repreneurs du « mini Suez » se sont engagés à garder les emplois et tous les acquis sociaux des salariés de Suez pendant quatre ans pour le premier et cinq ans pour les seconds. Avertis par le précédent d’Alstom, les syndicats ne font aucune confiance à ce type d’engagements, qui tiennent pour eux à des promesses de papier.

En dehors des salariés qui sont directement liés à des contrats de concession ou qui travaillent pour tel ou tel client sur le terrain, beaucoup d’entre eux, d’ailleurs, ont du mal à imaginer leur avenir dans l’un ou l’autre groupe. Surtout chez Veolia. « Aller chez Veolia, le concurrent contre lequel je me suis battue pendant 15 ans ? C’est impossible. C’est physiquement impossible », dit Bénédicte*, quasiment en larmes.Lors de la commission d’enquête, Antoine Frérot a dit qu’il comptait beaucoup sur la médiation de Gérard Mestrallet pour l’aider à combler le fossé culturel entre les deux groupes.

Mais des salariés appelés à rester chez Suez ne se voient pas plus continuer dans un groupe diminué, vaincu. Ils n’ont plus envie de se mobiliser pour un groupe, des dirigeants qui les ont trahis.

Certains commencent à faire leurs comptes. Les engagements de quatre ou cinq années de maintien de l’emploi constituent pour eux la base de négociation pour obtenir une rupture conventionnelle. Et c’est sans doute aussi la façon de voir des deux groupes qui, croulant sous les dettes et les charges, n’auront d’autre objectif que de réduire en silence les effectifs.

Mais la blessure infligée aux salariés de Suez est telle que l’hémorragie pourrait être beaucoup plus grave qu’ils ne l’ont anticipée. Les dirigeants, les administrateurs si attentifs aux intérêts des actionnaires, se rendront peut-être alors compte qu’une partie de la valeur d’une entreprise, de son capital, part tous les soirs par l’escalier.

Martine Orange


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