Bernard Kouchner, naufrage au Quai d'Orsay

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Bernard Kouchner quitte le gouvernement. Une sortie annoncée depuis des semaines au point de flirter avec le ridicule.

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Bernard Kouchner quitte le gouvernement. Une sortie annoncée depuis des semaines. Nous publions à nouveau notre enquête sur les raisons d'un naufrage.

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Dans un courrier, remis en mains propres au président de la République le 25 août, juste après le premier Conseil des ministres de la rentrée (et que le Nouvel Observateur a révélé début octobre), Bernard Kouchner fait état de trois raisons pour justifier sa volonté de quitter le gouvernement. Premièrement «l'inflexion sécuritaire». Deuxièmement «la fin de l'ouverture». Et troisièmement, les «humiliations» subies de la part des conseillers du président «qui croient bien vous servir».

C'est évidemment ce troisième aspect qui est le plus intéressant. Comme nous l'écrivions dans l'enquête que nous republions ci-après (mise en ligne originellement le 1er septembre dernier), le patron du Quai d'Orsay n'a cessé d'être écarté par les deux hommes du président : son bras droit Claude Guéant, et le conseiller diplomatique Jean-David Levitte. Ceux-ci ont centralisé la politique étrangère de la France à l'Élysée et n'ont eu de cesse de marcher sur les plates-bandes du ministre en titre.

Cela fut particulièrement flagrant sur l'Afrique, que Guéant considérait comme sa chasse gardée – il était encore le week-end dernier en Côte d'Ivoire pour rencontrer tous les acteurs de la future présidentielle. Jusqu'ici, Kouchner avait toujours balayé d'un revers de la main les critiques de ceux qui disaient qu'il «ne tenait pas son ministère», qu'il «était dépassé», «impuissant». Aujourd'hui, dans cette lettre, il confirme pourtant ces «humiliations».

Enfin, puisque Bernard Kouchner ne saurait renoncer aussi facilement à son maroquin, cette lettre n'est pas franchement un acte de démission. Il parle en effet de quitter le gouvernement, mais seulement une fois achevée sa grande réforme, celle de l'Agence française d'action artistique, qui doit devenir Culture France et prendre en charge toute l'action culturelle française à l'étranger. Réforme qui doit s'achever ces jours-ci, mais sans date précise. Il évoque aussi dans sa missive l'offre que lui a faite Nicolas Sarkozy, lors d'un tête-à-tête le 3 août, d'occuper la fonction nouvellement créée de «Défenseur des droits», une sorte de médiateur chargé de veiller au respect des droits et libertés. Il écrit qu'il « va réfléchir » à cette proposition. Mais l'on imagine que cette fonction ne sied pas tout à fait à ses ambitions.

Le 6 octobre, l'ex-french doctor, après avoir un temps refusé de commenter la lettre parue dans le Nouvel Observateur, s'est décidé à publier un communiqué dans lequel il explique : «Je souhaite réaffirmer que mes rapports avec le Chef de l'Etat ont toujours été empreints de loyauté et de sincérité».

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Cet article a été publié pour la première fois sur Mediapart le 1er septembre 2010. Nous avons rajouté une actualisation le 6 octobre 2010 pour faire état des révélations du Nouvel Observateur sur la lettre de soi-disant démission de Bernard Kouchner, puis le 15 novembre, à l'occasion du remaniement.

Les diplomates sont, par la nature de leur fonction, des gens discrets qui n'aiment pas voir leur nom dans les journaux. Mais, dans le cadre de cette enquête, la demi-douzaine de diplomates interrogés, occupant pour la plupart des postes élevés dans la hiérarchie du Quai d'Orsay, ont exigé un anonymat absolu. Plusieurs ont demandé à ce que leur fonction ne soit pas mentionnée, même en termes vagues, afin de ne pouvoir être identifiés, et donc punis.
Néanmoins, afin que l'anonymat n'ouvre pas la porte à des règlements de comptes ou des attaques ad hominem, nous avons systématiquement écarté tous les commentaires, ou toutes les assertions, qui n'étaient pas repris ou recoupés par au moins deux interlocuteurs.